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Inclusion et RSE : nouvelles exigences qualité dans la formation professionnelle

La formation professionnelle française est entrée dans une nouvelle ère : celle de la responsabilité

Après cinquante ans d’efforts centrés sur la qualité des contenus et la traçabilité des financements, les pouvoirs publics, les financeurs et les entreprises exigent désormais des organismes de formation (OF) qu’ils démontrent leur engagement sociétal

Inclusion des publics éloignés, égalité femmes-hommes, réduction de l’empreinte carbone, accessibilité numérique, lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme : ces thématiques, longtemps périphériques, deviennent aujourd’hui des critères de performance.

Les chiffres confirment cette montée en puissance. En 2024, plus de 145 000 organismes titulaires d’un Numéro de Déclaration d’Activité étaient recensés, dont environ 45 000 déjà certifiés Qualiopi

La réforme de la loi « Avenir professionnel » a élargi le champ de la formation tout en renforçant les exigences de qualité. 

Dans le même temps, la loi antifraude de juin 2025 et les nouvelles règles de dépôt des certifications auprès de France Compétences introduisent explicitement la prise en compte de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) et des actions inclusives dans les dossiers d’enregistrement.

Pour les organismes de formation, la question n’est donc plus de savoir s’il faut intégrer la RSE et l’inclusion, mais comment le faire de manière stratégique pour rester éligible aux financements publics et privés (CPF, OPCO, France Travail, régions) tout en renforçant leur attractivité auprès des entreprises clientes. 

Cet article analyse les ressorts de cette mutation : un cadre réglementaire qui se densifie, l’inclusion comme levier de performance pédagogique et la mise en œuvre d’une véritable stratégie RSE.

1. De la qualité à la responsabilité : un cadre réglementaire renforcé

1.1 Origines et évolutions

1.1.1 De la loi de 1971 à la loi « Avenir professionnel » de 2018

La RSE n’est pas apparue ex nihilo. La loi fondatrice de 1971 avait déjà inscrit le droit à la formation dans une logique de responsabilité collective : obligation de financement pour les entreprises, reconnaissance de la formation comme levier d’égalité des chances. 

Les réformes successives (2004, 2014, 2018) ont progressivement intégré des notions d’accessibilité et de lutte contre les discriminations. 

La loi « Avenir professionnel » franchit un cap en plaçant la qualité et la transparence au cœur du système, conditionnant l’accès aux financements publics à la certification Qualiopi.

1.1.2 Montée en puissance des normes RSE et influence européenne

En parallèle, la norme ISO 26000 (2010) définit un référentiel international de responsabilité sociétale couvrant sept domaines, dont l’environnement, les droits de l’homme et les bonnes pratiques d’emploi. 

La Loi Pacte (2019) invite les entreprises françaises – y compris les organismes de formation – à repenser leur raison d’être en intégrant les enjeux sociaux et environnementaux. 

Au niveau européen, le Green Deal et la directive sur le reporting de durabilité (CSRD) poussent vers une convergence des obligations extra-financières. 

Même si tous les OF ne sont pas directement soumis à ces textes, les financeurs publics et les grandes entreprises clientes utilisent désormais ces référentiels pour sélectionner leurs partenaires de formation.


(Pour un éclairage sur la montée en puissance des normes qualité, voir Comment mettre en place un système de management Qualiopi).

1.2 Les nouvelles obligations des organismes de formation

1.2.1 Intégration de la RSE dans les dossiers France Compétences

Depuis 2025, les porteurs de certifications inscrites au RNCP ou au Répertoire Spécifique (RS) doivent démontrer, dans leur dossier d’enregistrement, la prise en compte d’indicateurs sociaux et environnementaux : politiques de diversité, mesures d’égalité femmes-hommes, actions de réduction de l’empreinte carbone, dispositifs d’inclusion numérique. 

Les commissions d’examen valorisent les certifications qui documentent ces engagements et pénalisent celles qui restent muettes.

1.2.2 Exigences Qualiopi

La version actuelle du Référentiel National Qualité (RNQ) comprend déjà plusieurs indicateurs liés à l’inclusion : accueil des personnes en situation de handicap, adaptation des parcours aux publics spécifiques, lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme (indicateur 26), information des apprenants sur leurs droits (indicateur 1). 

La prochaine V10 du guide Qualiopi, attendue pour 2025, devrait aller plus loin en renforçant les exigences de reporting environnemental et en harmonisant les contrôles avec ceux de la Caisse des Dépôts pour le CPF.


(Pour une lecture complète du référentiel actuel, voir Qualiopi 2025 : guide ultra-complet).

1.2.3 Réformes récentes et articulation des contrôles

La loi antifraude du 30 juin 2025 renforce le contrôle des financements publics, en particulier sur le CPF. Elle élargit les motifs de suspension d’un Numéro de Déclaration d’Activité (NDA) et prévoit des échanges d’informations inter-services (DREETS, Caisse des Dépôts, OPCO). 

Dans ce contexte, les exigences RSE deviennent aussi un outil de lutte contre la fraude : la transparence des pratiques sociales et environnementales sert de filtre supplémentaire pour sélectionner les prestataires. Parallèlement, la nouvelle obligation de reporting extra-financier issue de la directive européenne CSRD s’applique progressivement aux grandes entreprises clientes. Ces dernières exigent désormais de leurs sous-traitants – y compris les organismes de formation – des garanties en matière de durabilité et d’inclusion.

Ce cadre normatif n’est pas seulement une contrainte administrative. Il ouvre la voie à une conception plus inclusive de la formation, qui devient un levier de performance pédagogique.

2. L’inclusion comme levier de performance pédagogique

2.1 Accessibilité universelle

2.1.1 Handicap : du principe légal à la mise en œuvre opérationnelle

Depuis la loi de 2005 sur l’égalité des droits, chaque organisme doit garantir l’accessibilité des formations aux personnes en situation de handicap. 

La réforme Qualiopi a rendu le référent handicap obligatoire et exige des preuves de mise en œuvre : adaptation des supports, aménagement des évaluations, accompagnement individuel. 

Les financeurs publics (OPCO, régions, France Travail) vérifient désormais la présence de procédures documentées, y compris dans les actions financées par le CPF.
 

(Pour un guide complet, voir Handicap en Formation : Comprendre, Accompagner, Transformer et Qualiopi et les PSH).

2.1.2 Accessibilité numérique : une obligation désormais incontournable

Avec la généralisation du e-learning et des classes virtuelles, l’accessibilité ne se limite plus aux locaux. 

Les organismes doivent rendre leurs plateformes et documents conformes au RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) et aux standards WCAG

Les contrôles s’intensifient : une plateforme non conforme peut entraîner la perte d’un marché public ou d’un financement. 

Les bonnes pratiques incluent, notamment, l’utilisation de sous-titres synchronisés, la description des images, la navigation clavier et la compatibilité avec les lecteurs d’écran.

(Pour des tutoriels détaillés, voir Normes d’accessibilité numérique).

2.2 Publics éloignés et diversité

2.2.1 Lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme

Près de 20 % de la population active en France est confrontée à l’illettrisme ou à l’illectronisme. 

Les organismes de formation sont donc invités – et parfois financés – pour proposer des modules de remise à niveau ou des parcours d’accompagnement numérique. 

L’indicateur 26 de Qualiopi impose de démontrer les actions engagées pour identifier ces besoins et y répondre. 

Des appels à projets spécifiques (ex. France Travail, ANLCI) soutiennent les initiatives combinant formation de base et inclusion digitale.

2.2.2 Égalité femmes-hommes et diversité socioculturelle

La loi impose déjà l’égalité salariale et l’accès des femmes aux formations, mais les financeurs vont plus loin en demandant des actions proactives : partenariats avec des associations pour recruter des femmes dans les filières techniques, communication non genrée, suivi statistique des inscriptions et des abandons selon le sexe. 

Les organismes qui démontrent une véritable politique d’égalité bénéficient d’un avantage concurrentiel dans les appels d’offres.

2.3 Impact pédagogique et qualité

2.3.1 Effet sur la conception des parcours

L’inclusion n’est pas seulement une exigence administrative ; elle améliore directement la qualité des formations. 

La prise en compte des besoins spécifiques conduit à modulariser les parcours, à prévoir des évaluations différenciées et à offrir des supports multi-formats (audio, vidéo, texte). 

Ces adaptations profitent à l’ensemble des apprenants, y compris ceux qui ne présentent pas de handicap déclaré.

2.3.2 Corrélation entre inclusion et performance

Les données issues des learning analytics montrent que les organismes ayant mis en place des politiques inclusives enregistrent des taux de complétion et de satisfaction supérieurs

L’accessibilité numérique, par exemple, réduit les abandons dans les formations en ligne et augmente la participation aux évaluations finales. 

Les financeurs publics, attentifs au retour sur investissement, privilégient désormais ces prestataires capables de prouver un impact mesurable.

3. Mettre en œuvre une stratégie RSE dans un organisme de formation

3.1 Gouvernance et pilotage

3.1.1 Désigner un référent RSE/qualité

La mise en place d’une démarche RSE ne peut reposer que sur la seule bonne volonté. 

Il est recommandé de nommer un référent RSE ou d’élargir le rôle du responsable qualité pour piloter les actions sociales et environnementales. 

Cette personne cartographie les risques (sociaux, environnementaux, éthiques), définit les priorités et coordonne les initiatives.

3.1.2 Intégrer la RSE dans le système de management de la qualité

Pour éviter la duplication des démarches – déjà lourdes avec Qualiopi, le D2OF et les contrôles des financeurs –, il est stratégique d’intégrer la RSE dans le système de management Qualiopi

Les indicateurs environnementaux et sociaux sont alors suivis au même titre que les indicateurs pédagogiques ou financiers. 

Les audits croisés (Qualiopi, OPCO, Caisse des Dépôts) peuvent être préparés avec un seul tableau de bord, réduisant le temps administratif et renforçant la cohérence interne.

(Pour une méthode détaillée, voir Comment mettre en place un système de management Qualiopi).

3.2 Actions concrètes

3.2.1 Politique handicap et diversité

Au-delà des obligations légales, les organismes peuvent adopter des actions volontaires : recrutement inclusif, partenariats avec des associations spécialisées, adaptation systématique des supports pédagogiques, formation des équipes à l’accueil des publics neuro-atypiques.

(Pour des exemples opérationnels, voir Handicap en Formation).

3.2.2 Transition écologique

La réduction de l’empreinte carbone devient un critère de sélection dans les marchés publics. Les organismes peuvent agir sur plusieurs leviers : développement du distanciel pour limiter les déplacements, utilisation de matériels éco-conçus, choix d’hébergeurs web à énergie renouvelable, recyclage des supports imprimés. 

Certaines plateformes LMS proposent désormais un calcul automatique des émissions évitées grâce au e-learning, utile pour les rapports RSE et les appels à projets.

3.2.3 Communication responsable

La RSE passe aussi par la manière de communiquer. 

L’écriture inclusive, lorsqu’elle est adaptée aux contraintes d’accessibilité, permet de refléter une politique d’égalité tout en restant lisible pour les publics en situation de handicap. 

La transparence des financements (CPF, OPCO, fonds régionaux) et la publication d’indicateurs de performance renforcent la confiance des financeurs et des apprenants.

(Pour approfondir, voir Écriture inclusive en OF/CFA).

3.3 Valorisation et financement

3.3.1 Obtenir des labels pour crédibiliser la démarche

Des labels comme Lucie 26000, Engagé RSE ou la certification ISO 26000 constituent des preuves tangibles d’engagement. Ils rassurent les financeurs publics et privés, facilitent l’accès aux appels d’offres et peuvent même devenir un critère de sélection dans les marchés européens.

3.3.2 Mobiliser les dispositifs d’aide

Les organismes peuvent financer une partie de leur démarche RSE en mobilisant les subventions Agefiph (accessibilité handicap), les programmes régionaux de transition écologique ou les fonds européens (FSE+). 

Les appels à projets de France Compétences ou de France Travail intègrent de plus en plus des critères d’inclusion et d’impact social, ouvrant des opportunités pour les structures déjà engagées.

3.3.3 Transformer la RSE en argument commercial

Enfin, la RSE devient un levier de différenciation commerciale

Les entreprises soumises à la directive européenne CSRD doivent démontrer que leurs sous-traitants respectent des standards sociaux et environnementaux. 

Un organisme de formation capable de fournir des indicateurs RSE précis – réduction des émissions, politique handicap, égalité femmes-hommes – dispose d’un avantage concurrentiel dans les appels d’offres privés comme publics.

Conclusion

Inclusion et RSE ne sont plus des options pour les organismes de formation : elles sont devenues des critères de compétitivité

Loin de se limiter à des obligations administratives, elles transforment en profondeur la conception des parcours, l’organisation interne et la relation avec les financeurs. 

L’accessibilité numérique améliore la qualité des formations à distance ; la lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme élargit les publics ; la transition écologique réduit les coûts et répond aux attentes des entreprises clientes.

À l’horizon 2030, l’IA Act européen et la convergence des indicateurs ESG devraient renforcer encore ces exigences. 

Les organismes de formation capables de combiner conformité réglementaire, innovation pédagogique et engagement sociétal seront les mieux placés pour sécuriser leurs financements (CPF, OPCO, France Travail) et attirer les partenaires privés. 

La RSE n’est plus un supplément d’âme : elle devient un pilier stratégique de la qualité et un moteur de performance durable dans la formation professionnelle.

FAQ – Inclusion et RSE : nouvelles exigences qualité dans la formation professionnelle

Pourquoi l’inclusion et la RSE deviennent-elles des critères incontournables ?

La loi sur la formation professionnelle et les obligations Qualiopi imposent de garantir l’égalité d’accès et de démontrer un engagement sociétal. Les entreprises, soumises au reporting extra-financier, attendent des organismes de formation des preuves concrètes de leur politique RSE.

Quelles obligations légales s’imposent aux organismes de formation ?

Les organismes doivent :
– désigner un référent handicap ;
– respecter les normes RGAA/WCAG pour l’accessibilité numérique ;
– intégrer des indicateurs d’égalité et de diversité dans leur démarche qualité.

Comment la RSE influence-t-elle les appels d’offres ?

Les financeurs publics et les grands groupes intègrent désormais des critères RSE (empreinte carbone, inclusion, égalité) dans leurs cahiers des charges. Un organisme incapable de démontrer son engagement peut être écarté, même si son offre pédagogique est compétitive.

Quels bénéfices concrets pour les organismes qui investissent dans l’inclusion ?

Au-delà de la conformité réglementaire, l’accessibilité élargit la clientèle, renforce la réputation et améliore la satisfaction des apprenants. Elle constitue aussi un argument commercial dans les appels d’offres publics ou privés.

Quels outils permettent de mesurer l’impact RSE ?

Des référentiels comme l’ISO 26000, les bilans carbone ou les indicateurs du Global Reporting Initiative (GRI) facilitent le suivi des actions (consommation énergétique, mobilité, égalité professionnelle).

Comment articuler Qualiopi et RSE ?

Le référentiel Qualiopi inclut déjà des critères liés à l’accueil des publics en situation de handicap et à la satisfaction des parties prenantes. Intégrer la RSE dans le Système de Management de la Qualité (SMQ) permet de répondre simultanément aux deux exigences.

Quelles pratiques concrètes favorisent l’inclusion en formation ?

Conception de supports accessibles (documents structurés, sous-titrage vidéo).
Adaptation des méthodes pédagogiques (temps supplémentaires, accompagnement individuel).
Sensibilisation des équipes à la diversité culturelle et au handicap.

L’IA peut-elle aider à renforcer l’inclusion ?

Oui, en générant automatiquement des sous-titres, des résumés ou des contenus adaptés aux différents handicaps. Mais l’usage de l’IA doit rester conforme au RGPD et futur IA Act.

Quels financements existent pour soutenir ces démarches ?

L’Agefiph, les OPCO et certaines régions proposent des aides financières pour adapter les locaux, former les équipes ou acquérir des outils numériques accessibles.

Quelles perspectives pour les prochaines années ?

La combinaison des obligations RSE, de l’IA Act européen et de la transition écologique fera de l’inclusion et du développement durable des critères centraux pour l’accès aux financements publics et aux marchés privés.

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