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Qualiopi et handicap : Optimiser l’accessibilité de votre organisme de formation

Comprendre la situation de handicap : au-delà des idées reçues

La notion de handicap a considérablement évolué ces dernières années. Aujourd’hui, on ne parle plus de « personne handicapée » mais de « personne en situation de handicap ». Cette évolution sémantique n’est pas anodine : elle reflète un changement de paradigme fondamental.

Une personne en situation de handicap est une personne qui rencontre des limitations dans sa participation à la vie sociale en raison d’une altération de ses fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques. Le handicap résulte de l’interaction entre les caractéristiques individuelles de la personne et l’environnement dans lequel elle évolue.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1 français sur 6 est en situation de handicap, et 1 personne sur 2 sera confrontée au handicap au moins une fois dans sa vie. Plus significatif encore, 80% des handicaps sont invisibles, ce qui complique leur identification et leur prise en compte.

La loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances a posé la compensation du handicap comme un droit fondamental. La loi de 2018 pour l’avenir professionnel a renforcé ce cadre en instaurant la certification obligatoire Qualiopi pour les prestataires de formation.

Qualiopi : une certification au service de la qualité et de l’inclusion

La certification Qualiopi, mise en place par le ministère du Travail, est devenue obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour tous les organismes prestataires d’actions concourant au développement des compétences (OPAC) souhaitant bénéficier de financements publics ou mutualisés.

Basée sur le Référentiel National Qualité (RNQ), cette certification garantit la qualité du processus de délivrance des actions de formation. Elle s’articule autour de 7 critères et 32 indicateurs qui couvrent l’ensemble du parcours de formation : de l’information du public à l’évaluation des prestations, en passant par la conception des formations et les moyens mis en œuvre.

La certification est délivrée pour une durée de 3 ans, avec un audit de surveillance entre le 14ème et le 22ème mois suivant sa délivrance. Ce cycle permet de garantir une démarche d’amélioration continue de la qualité des prestations.

Les indicateurs Qualiopi liés au handicap : un impératif d’accessibilité et d’inclusion

Le référentiel Qualiopi accorde une importance particulière à l’accessibilité des formations aux personnes en situation de handicap. Voici une analyse complète des indicateurs qui abordent spécifiquement cette thématique :

Critère 1 : Information du public

  • Indicateur 1 : Le prestataire doit diffuser une information accessible au public sur l’accessibilité aux personnes handicapées concernant les locaux et l’adaptation des moyens de la prestation.

Critère 2 : Conception des prestations

  • Indicateur 4 : Le prestataire doit démontrer qu’il prend en compte les situations de handicap et les besoins de compensation (pédagogie, matériel, moyens techniques, humains…) lors de la conception des prestations.
  • Indicateur 9 : Le prestataire doit informer les publics bénéficiaires des conditions d’accueil et d’accès des personnes en situation de handicap, et adapter ses prestations selon les besoins spécifiques identifiés.

Critère 3 : Adaptation des modalités pédagogiques

  • Indicateur 10 : Le prestataire doit mettre en œuvre et adapter la prestation, l’accompagnement et le suivi aux publics bénéficiaires, y compris les personnes en situation de handicap.
  • Indicateur 12 : Le prestataire doit favoriser l’engagement des bénéficiaires et prévenir les ruptures de parcours, notamment pour les personnes vulnérables.
  • Indicateur 13 : Pour les formations en alternance, le prestataire doit assurer la coordination des apprentissages entre le centre et l’entreprise, en tenant compte des besoins spécifiques des personnes en situation de handicap.
  • Indicateur 16 : Le prestataire doit respecter les exigences formelles concernant les aménagements d’examens pour les personnes en situation de handicap.

Critère 4 : Adéquation des moyens

  • Indicateur 20 : Le prestataire doit disposer d’un référent handicap, élément essentiel pour garantir l’accessibilité des formations.

Critère 5 : Qualification et compétences des formateurs

  • Indicateur 21 : Le prestataire doit sensibiliser son personnel à l’accueil du public en situation de handicap et développer ses compétences dans ce domaine.

Critère 6 : Investissement dans l’environnement professionnel

  • Indicateur 23 : Le prestataire doit réaliser une veille légale et réglementaire sur le handicap.
  • Indicateur 25 : Le prestataire doit développer des partenariats et des réseaux avec les acteurs du handicap pour améliorer ses pratiques d’accessibilité et actualiser ses connaissances en matière d’inclusion.
  • Indicateur 26 : Le prestataire doit mobiliser les expertises, outils et réseaux nécessaires pour accueillir et accompagner les publics en situation de handicap.

Qualiopi critère 7 : Appréciations et amélioration continue

  • Indicateur 30 : Le prestataire doit recueillir les appréciations des PSH afin de suivre les difficultés rencontrées.
  • Indicateur 31 : Le prestataire doit traiter les réclamations, notamment les problématiques liées aux PSH (accès, satisfaction, réussite).
  • Indicateur 32 : Le prestataire doit assurer une démarche d’amélioration continue, avec des actions correctives, retour d’expérience partagé, notamment autour des dispositifs en lien avec les PSH.

Cette palette d’indicateurs couvre ainsi l’ensemble du processus de formation, depuis la communication initiale jusqu’à l’évaluation finale, en passant par les aspects pédagogiques, techniques et organisationnels de l’accessibilité.

Comment se mettre en conformité avec Qualiopi sur l’accessibilité au handicap ?

Pour répondre aux exigences de Qualiopi concernant l’accessibilité aux personnes en situation de handicap, les organismes de formation et CFA doivent mettre en place plusieurs actions concrètes :

1. Nommer un référent handicap

Cette personne sera le point de contact identifié pour les apprenants en situation de handicap. Elle devra coordonner la politique d’accessibilité de l’organisme et veiller à la mise en place des aménagements nécessaires. Le référent handicap joue un rôle central dans la mise en œuvre de la politique d’inclusion.

2. Former le personnel

Sensibiliser l’ensemble des collaborateurs (formateurs, administratifs, accueil) à l’accueil et à l’accompagnement des personnes en situation de handicap est essentiel. Cette sensibilisation doit être régulière, documentée et inclure des mises à jour sur les nouvelles pratiques et réglementations.

3. Adapter les locaux et le matériel pédagogique

L’accessibilité physique des locaux est un prérequis, mais il faut également prévoir des adaptations pédagogiques : supports accessibles, outils numériques adaptés, mobilier ergonomique, etc. Une attention particulière doit être portée à l’accessibilité numérique des contenus pédagogiques.

4. Développer un réseau de partenaires spécialisés

Conformément aux indicateurs 25 et 26, l’organisme doit s’entourer d’experts et d’acteurs du handicap pour l’accompagner dans sa démarche d’accessibilité. Ces partenariats sont précieux pour adapter au mieux les formations selon les différents types de handicap.

5. Mettre en place une procédure d’accueil spécifique

Cette procédure doit permettre d’identifier les besoins particuliers de chaque apprenant en situation de handicap et de proposer des solutions adaptées, en lien avec les partenaires spécialisés si nécessaire. Elle doit être formalisée et connue de tous les collaborateurs.

6. Assurer la veille réglementaire

La législation sur le handicap évolue régulièrement. L’organisme doit se tenir informé des nouvelles dispositions légales et adapter ses pratiques en conséquence. Cette veille peut s’appuyer sur les ressources de l’Agefiph et d’autres acteurs spécialisés.

7. Communiquer sur l’accessibilité

L’information sur l’accessibilité des formations doit être claire et visible sur tous les supports de communication de l’organisme (site internet, catalogues, plaquettes…). Conformément à l’indicateur 9, il est essentiel d’informer en amont les apprenants des conditions d’accès et d’accueil.

8. Évaluer et améliorer en continu

La démarche d’accessibilité n’est pas figée. Elle doit s’inscrire dans une logique d’amélioration continue, avec des évaluations régulières des dispositifs mis en place et des ajustements si nécessaire.

La démarche de progrès avec l’Agefiph : vers une accessibilité optimale

L’Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées) a développé une démarche de progrès pour accompagner les organismes de formation et CFA dans l’amélioration continue de leur accessibilité.

Les objectifs de la démarche de progrès

  • Compléter les obligations relatives à la certification Qualiopi
  • Contribuer à développer un droit à la formation plus inclusif
  • Bénéficier d’un accompagnement expert de l’Agefiph et de ses partenaires
  • Valoriser son engagement auprès des bénéficiaires et des financeurs
  • S’inscrire dans une dynamique d’amélioration continue

La plateforme d’accessibilité dématérialisée

L’Agefiph a mis en place une plateforme dédiée qui propose :

  • Un référentiel d’accessibilité complet
  • Une grille d’auto-évaluation sur 21 questions
  • Un outil de génération de plan de progrès
  • Des supports méthodologiques et de valorisation

La plateforme permet à la direction de disposer d’un outil de pilotage et de suivi efficace, tandis que le référent handicap bénéficie de supports et outils méthodologiques pour valoriser sa mission.

Les étapes de la démarche de progrès

  1. Signer la charte d’engagement et la déposer sur la plateforme
  2. Constituer un « Groupe Projet Accessibilité » au sein de l’organisme
  3. Réaliser un état des lieux du niveau d’accessibilité par auto-positionnement
  4. Co-construire un plan de progrès annuel avec au moins deux axes d’amélioration
  5. Évaluer régulièrement les progrès réalisés
  6. Communiquer auprès des publics et des partenaires sur les avancées

Cette démarche structurée permet d’inscrire l’accessibilité dans une dynamique positive et progressive, en adéquation avec les indicateurs Qualiopi, notamment les indicateurs 9 et 25 qui soulignent l’importance d’informer les bénéficiaires et de développer des partenariats avec les acteurs du handicap.

L’accompagnement par la Ressource Handicap Formation (RHF)

La RHF de l’Agefiph propose un accompagnement personnalisé comprenant :

  • Un appui aux parcours individuels et à l’accessibilité
  • L’accès à un centre de ressources numériques
  • L’animation d’une communauté de professionnels
  • Des modules de professionnalisation (Modul’Pro)

Les organismes peuvent contacter directement la RHF de leur région pour bénéficier de cet accompagnement. En Île-de-France par exemple, une équipe dédiée est répartie par département pour apporter un soutien de proximité.

De l’égalité à l’inclusion : une évolution conceptuelle essentielle

La démarche d’accessibilité s’inscrit dans une évolution conceptuelle qui va au-delà de la simple mise en conformité réglementaire. On est passé d’une approche basée sur l’égalité (mêmes conditions pour tous) à une approche d’équité (adaptation selon les besoins de chacun), pour tendre vers l’inclusion (transformation de l’environnement pour accueillir la diversité).

Cette évolution implique une transformation profonde des pratiques pédagogiques et organisationnelles des organismes de formation. Il ne s’agit plus seulement de compenser le handicap, mais de concevoir des formations accessibles à tous dès leur conception, selon les principes de la conception universelle.

Conclusion : l’accessibilité, un engagement gagnant-gagnant

La mise en conformité avec les exigences Qualiopi en matière d’accessibilité, notamment à travers les indicateurs 9 et 25, n’est pas qu’une obligation réglementaire. C’est aussi une opportunité pour les organismes de formation et CFA d’élargir leur public, d’améliorer la qualité globale de leurs prestations et de s’inscrire dans une démarche socialement responsable.

L’accessibilité ne se résume pas à l’adaptation des locaux. Elle implique une réflexion globale sur les pratiques pédagogiques, la communication, l’accueil et l’accompagnement des apprenants. Cette approche, loin d’être contraignante, est source d’innovation pédagogique et d’amélioration de la qualité pour tous les apprenants.

En s’appuyant sur les ressources et l’accompagnement proposés par l’Agefiph, les organismes peuvent progressivement développer une culture de l’accessibilité bénéfique tant pour les personnes en situation de handicap que pour l’ensemble de la communauté éducative.

N’oubliez pas : ce n’est pas à l’apprenant de s’adapter à la formation, mais à la formation de s’adapter à tous les apprenants, dans une logique d’équité et d’inclusion.

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