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Référentiels RNCP/RS et GEP-P : parler le même langage des compétences pour anticiper et développer l’emploi

« Arrêter d’apprendre, c’est comme arrêter de s’entraîner : un jour ou l’autre, ça se voit dans le jeu. »
Allan Busi

Dans un contexte de mutations accélérées – transition écologique, révolution numérique, diffusion de l’intelligence artificielle – cette citation illustre parfaitement l’enjeu auquel sont confrontées les entreprises et les organismes de formation : continuer à apprendre pour rester dans la course.

Les métiers évoluent, de nouvelles compétences apparaissent, d’autres deviennent obsolètes. 

Pour les entreprises comme pour les organismes de formation, il ne suffit plus de réagir ; il faut anticiper, cartographier et sécuriser les parcours professionnels.

Deux outils, parfois perçus comme distincts mais en réalité profondément complémentaires, permettent d’y parvenir :

  • les référentiels de certification – qu’il s’agisse du Référentiel d’Activités et de Compétences (REAC) pour les titres inscrits au RNCP ou du référentiel de compétences pour les certifications du Répertoire Spécifique (RS) – qui traduisent le travail en compétences reconnues par l’État ;
  • la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEP-P), qui succède à la GPEC et offre un cadre stratégique pour planifier les mobilités, les formations et les évolutions de carrière.

Cet article montre comment référentiels et GEP-P se nourrissent mutuellement, et comment certaines modalités de formation, comme l’AFEST, facilitent leur mise en œuvre concrète.

1. Les deux cadres : missions différentes mais finalité commune

1.1 Référentiels RNCP et RS

Les certifications enregistrées par France Compétences se répartissent en deux grands répertoires.

  • RNCP : il regroupe les certifications attestant la capacité à exercer un métier complet. Chaque titre RNCP est adossé à un Référentiel d’Activités et de Compétences (REAC) qui décrit les activités professionnelles (missions, responsabilités, situations de travail) et les compétences associées.
  • RS : il enregistre les certifications attestant une compétence complémentaire ou transversale. Ici, le référentiel se concentre sur les tâches précises et les compétences opérationnelles à maîtriser, sans décrire l’ensemble d’un métier.

Cette différence explique que l’on parle d’activités dans un REAC (vision globale du métier) et plutôt de tâches dans un référentiel RS (vision ciblée d’un savoir-faire).

La complémentarité est forte : un professionnel peut, après l’obtention d’un titre RNCP, actualiser ou enrichir son profil grâce à une ou plusieurs certifications RS. Un technicien réseaux RNCP peut ainsi valider une certification RS en cybersécurité ; un responsable RH certifié RNCP peut compléter son profil par une certification RS en pilotage de projet Agile. Ces combinaisons permettent de rester au niveau du marché du travail et d’assurer un maintien durable dans l’emploi.

1.2 La GEP-P

La Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEP-P), issue de la loi Rebsamen (2015) et renforcée par les ordonnances de 2017 (Code du travail, art. L.2242-20 et suivants), vise à :

  • anticiper les évolutions des emplois et des compétences ;
  • cartographier les métiers et repérer les compétences clés ;
  • planifier les mobilités, les formations et les reconversions.

Elle se matérialise par un diagnostic prospectif des emplois, des compétences disponibles et des écarts à combler, puis par un plan d’action RH mobilisant la formation, la VAE, la mobilité interne ou le recrutement.

Ces deux cadres – référentiels et GEP-P – poursuivent donc une même finalité : décrire, anticiper et développer les compétences pour sécuriser les parcours professionnels.

2. Un langage commun : la compétence comme point de jonction

2.1 L’analyse des postes comme base partagée

Qu’il s’agisse de concevoir une certification ou de bâtir un plan GEP-P, tout commence par l’analyse du travail réel : observation des postes, entretiens, décomposition des activités, repérage des situations de travail.
Ces données alimentent à la fois :

  • la rédaction ou la révision d’un REAC (activités et compétences d’un métier) ou d’un référentiel RS (tâches et compétences ciblées) ;
  • la cartographie des emplois et des compétences utilisée dans la GEP-P.

2.2 Du poste au référentiel et retour

Dans une entreprise, le diagnostic GEP-P produit le matériau brut qui nourrit un référentiel. Les missions observées, les savoir-faire implicites, les conditions de réalisation deviennent des blocs d’activités ou des unités de compétences.
En retour, le référentiel validé par France Compétences offre à la GEP-P une grille normée pour mesurer les écarts entre compétences détenues et compétences attendues, et pour planifier les actions de formation.

Cette circulation permanente crée une boucle vertueuse : chaque révision d’un référentiel (tous les cinq ans maximum pour le RNCP, art. L.6113-5) entraîne une mise à jour de la GEP-P, et les diagnostics GEP-P signalent les besoins de révision des référentiels.

3. Construire des parcours de développement et de certification

3.1 De l’analyse des écarts aux actions de formation

Une fois les écarts identifiés, la GEP-P permet de transformer les blocs de compétences du référentiel en actions de formation concrètes :

  • montée en compétences sur un poste existant,
  • reconversion vers un métier voisin (titre RNCP complet ou blocs de compétences),
  • acquisition d’une compétence complémentaire (certification RS).

3.2 Financements mobilisables

L’un des avantages majeurs des certifications enregistrées par France Compétences est leur éligibilité automatique au Compte Personnel de Formation (CPF) (Code du travail, art. L.6323-6).
Mais le CPF n’est pas le seul levier ; la GEP-P peut combiner plusieurs financements :

  • Plan de développement des compétences (PDC) : financement par l’employeur, avec prise en charge partielle ou totale des coûts pédagogiques par l’OPCO.
  • Financements OPCO : abondements spécifiques ou forfaits horaires décidés par les branches professionnelles.
  • Pro-A : dispositif de reconversion ou de promotion par l’alternance permettant d’obtenir un titre RNCP ou, selon les branches, une certification RS.
  • Projet de transition professionnelle (ex-CIF) : mobilisation du CPF pour financer une formation certifiante longue, principalement RNCP.
  • FNE-Formation : co-financé par l’État et le Fonds Social Européen (FSE+), il soutient les actions de formation liées aux mutations économiques ou technologiques, y compris celles préparant une certification RNCP ou RS.
  • Aides régionales ou France Travail : contrats de professionnalisation expérimentaux, préparations opérationnelles à l’emploi, etc.

Certains dispositifs peuvent être cumulés sous réserve d’éviter le double financement, ce qui permet d’optimiser la prise en charge des parcours construits dans le cadre de la GEP-P.

4. Les modalités de formation au service de la GEP-P : l’exemple de l’AFEST

4.1 Une modalité agile et prévisible

Parmi les différentes modalités mobilisables (formation présentielle, e-learning, blended learning, VAE…), l’AFEST (Action de Formation En Situation de Travail – Code du travail, art. L.6313-2) se distingue par sa capacité à faire progresser rapidement un salarié directement sur son poste de travail.
Elle repose sur des mises en situation réelles, encadrées par un formateur interne ou un pair, alternant pratique et phases réflexives pour formaliser les acquis.

Cette organisation la rend facile à planifier dans une GEP-P : on peut intégrer l’AFEST dans le calendrier de production, cibler précisément les compétences à acquérir et évaluer la progression en continu.

4.2 Transmission et sécurisation des savoir-faire

L’AFEST est particulièrement adaptée pour :

  • former des collègues de même niveau hiérarchique à une tâche spécifique (réglage d’une machine, paramétrage d’un logiciel, procédure qualité) ;
  • préserver les savoir-faire critiques lorsqu’un expert part à la retraite, démissionne ou devient indisponible.

Le coût d’une compétence perdue peut être très élevé : perte de contrats, non-conformité réglementaire, ralentissement de la production, voire impossibilité de maintenir une activité clé.
En capitalisant les gestes professionnels pendant l’AFEST, l’entreprise évite ce risque tout en produisant une documentation utile pour mettre à jour le REAC ou le référentiel RS.

4.3 Financement et certification

L’AFEST bénéficie des mêmes financements que les autres actions de formation : CPF (lorsqu’elle prépare une certification RNCP ou RS), plan de développement des compétences, OPCO, FNE-Formation, etc.
Elle peut donc être intégrée directement dans le plan GEP-P comme modalité privilégiée de mise en œuvre des parcours certifiants.

5. Enjeux et bonnes pratiques

  • Anticiper les mutations : la révision régulière des référentiels et l’actualisation des diagnostics GEP-P permettent de rester en phase avec les évolutions technologiques et réglementaires (IA, transition écologique, normes qualité).
  • Maintenir l’employabilité : combiner un titre RNCP (socle métier) et une ou plusieurs certifications RS (compléments) sécurise la carrière des salariés et renforce l’attractivité de l’entreprise.
  • Optimiser les financements : articuler CPF, OPCO, Pro-A, FNE-Formation et PDC permet de réduire le reste à charge et d’accélérer la mise en œuvre des actions.
  • Associer les partenaires : observatoires de branche, OPCO, certificateurs et France Compétences doivent être impliqués pour garantir la cohérence entre GEP-P et référentiels.

Conclusion

Les référentiels RNCP et RS et la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels partagent une même finalité : anticiper et sécuriser les compétences.

La GEP-P fournit la vision stratégique et le diagnostic des besoins ; les référentiels apportent le cadre normatif et la reconnaissance nationale ; les modalités de formation, notamment l’AFEST, permettent de passer de la cartographie à l’action, en développant rapidement les compétences directement sur le poste de travail.

En intégrant ces trois dimensions dans une approche cohérente, entreprises, branches professionnelles et organismes de formation disposent d’un levier puissant pour faire face aux transformations économiques, maintenir l’emploi et offrir aux salariés des parcours de certification financés, reconnus et portables tout au long de la vie.

FAQ – Référentiels RNCP/RS et GEP-P

Qu’est-ce qu’un référentiel d’activités et de compétences (REAC) ?

C’est le document central des certifications inscrites au RNCP.
Il décrit les activités professionnelles (missions, fonctions, situations de travail) et les compétences mobilisées pour exercer un métier complet.
Il sert de base au Référentiel de Certification (RCe) qui définit les épreuves et les critères d’évaluation.

Qu’est-ce qu’un référentiel de compétences du Répertoire Spécifique (RS) ?

l formalise les compétences ciblées d’une certification complémentaire (ex. : cybersécurité, management de projet, rédaction web).
Contrairement au REAC, il se concentre sur les tâches précises à maîtriser, sans décrire l’ensemble d’un métier.

En quoi RNCP et RS sont-ils complémentaires ?

Le RNCP atteste la capacité à exercer un métier complet, tandis que le RS permet d’actualiser ou d’enrichir ce métier face aux évolutions du marché.
Un salarié peut donc combiner un titre RNCP et une ou plusieurs certifications RS pour maintenir ou renforcer son employabilité.

Quel est le rôle de la GEP-P dans cette articulation ?

La GEP-P (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels) vise à anticiper les évolutions des emplois et à organiser la montée en compétences.
Elle s’appuie sur l’analyse des postes pour identifier les écarts entre compétences détenues et attendues, puis mobilise les référentiels RNCP/RS comme grille de lecture et comme cible de certification.

Comment ces outils interagissent-ils dans la pratique ?

Amont : la GEP-P fournit les données de terrain (missions, situations de travail) qui nourrissent ou révisent les référentiels.
Aval : les référentiels validés par France Compétences offrent à la GEP-P une base normée pour mesurer les écarts et planifier les formations.

Quelles modalités de formation peuvent être intégrées ?

Toutes les modalités prévues par le Code du travail : formation présentielle, e-learning, blended, VAE…
L’AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) est particulièrement adaptée car elle permet de former directement sur le poste, de transmettre les savoir-faire critiques et de planifier facilement les parcours dans la GEP-P.

Quels financements sont mobilisables ?

Toutes les certifications RNCP et RS sont éligibles au CPF (Code du travail, art. L.6323-6).
On peut également mobiliser :
– le Plan de développement des compétences (avec financement OPCO),
– la Pro-A (reconversion ou promotion par alternance),
– le Projet de transition professionnelle,
– le FNE-Formation (cofinancé par le FSE+),
– ainsi que diverses aides régionales ou France Travail.

Pourquoi l’AFEST est-elle un atout particulier ?

Elle permet :
– d’accélérer l’acquisition de compétences directement sur le poste de travail,
– de préserver les savoir-faire clés (départ en retraite, démission, accident),
– d’alimenter ou d’actualiser les référentiels grâce à l’observation structurée du travail réel,
tout en bénéficiant des mêmes financements que les autres formations.

Qui doit être impliqué dans la démarche ?

La direction, les RH, les représentants du personnel, les managers, mais aussi les OPCO, les observatoires de branche et, lorsque l’objectif est une certification, les certificateurs ou organismes porteurs de titre pour garantir la cohérence entre la GEP-P et les référentiels.

Quels bénéfices pour l’entreprise ?

Anticiper les mutations (technologiques, écologiques, réglementaires).
Sécuriser l’employabilité des salariés et réduire les risques liés à la perte de compétences critiques.
Optimiser les financements grâce à l’adossement à des certifications reconnues par France Compétences.

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