J’ai connu Benoît PERREAU dans l’été 2020, à l’occasion d’une visio-conférence. Sa vision du handicap et surtout des apports que l’adaptation au handicap peut aussi apporter aux valides en termes de confort m’a séduite. Par exemple, dans le choix des chaises : prendre de vraies chaises de bureau plutôt que des chaises de réunion permet de prendre en compte les problèmes d’assises et de posture vertébrale des personnes handicapées, mais aussi d’éviter que les participants (valides ou pas) soient assis inconfortablement, aient mal au dos, et finalement se désintéressent de ce qu’ils étaient venus chercher, leur préoccupation première étant de trouver une position antalgique qu’il leur est difficile d’atteindre.
Etat des lieux du handicap
L’article L. 114 du code de l’action sociale et des familles, définit le handicap comme étant “toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant.”
D’après l’enquête de l’INSEE de 2007, 9,6 millions de personnes, soit 24% de la population active âgée de 15 à 64 ans vivant à domicile, sont considérées comme handicapées. Ce taux ne cesse d’augmenter au fil des ans. En 2020, la France compte près de 12 millions de personnes en situation de handicap, soit près d’un Français sur cinq. Parmi elles, 18% sont au chômage, ce qui représente près du double de la moyenne nationale. 80% d’entre elles travaillent en milieu ordinaire. 67% déplorent également le manque d’accessibilité des lieux publics et déclarent avoir des difficultés à se déplacer. Une réalité au sein de la société qui l’a prise en compte par un cadre légal renforcé en Février 2005. 13 % des salariés s’occupent d’une personne proche dépendante.
Comme le dit l’APF, “Une société ouverte à toutes et à tous passe également par la prise en compte [des] attentes [des personnes handicapées] dans tous les domaines de la vie sociale.” Cela passe par une adaptation de nos locaux, mais aussi de nos pratiques pour mieux les intégrer.

La création des places handicapés a permis une prise de conscience de la réduction de mobilité de certaines personnes et certains centres commerciaux ont créé des places pour les familles avec des enfants en bas âges afin de leur permettre de sortir plus facilement la poussette ou le landau. Aujourd’hui, nous sommes d’ailleurs passés du statut de handicapé à celui de PMR (personne à mobilité réduite) qui recouvre une population bien plus large.

La création de trottoirs à la même hauteur que la route permet aux personnes qui sont atteintes d’un handicap temporaire de pouvoir continuer de se déplacer normalement, et puis évite aux valides ce petit effort supplémentaire de devoir lever la jambe un peu plus ou la descendre un peu plus, pour monter ou descendre le trottoir, en faisant attention en arrivant au bord de ne pas rater la marche, lorsqu’ils doivent déplacer quelque-chose de lourd ou d’encombrant. Aménager les abords des voies publiques pour les personnes handicapées permet aussi d’améliorer le confort des valides.

D’un autre côté, on peut être handicapé et fournir le même travail, avec la même qualité qu’un valide, offrant ainsi une force de travail supplémentaire à la société. C’est le cas des journalistes aveugles qui peuvent traiter des sujets de fond que les journalistes sur le terrain n’ont pas forcément le temps de traiter. C’est aussi le cas d’une avocate handicapée qui pourra mieux vous représenter au tribunal, en tant que victime, suite à un accident ou une agression parce qu’elle connaît le poids de votre douleur au quotidien et les efforts supplémentaires que vous devez fournir.
La création d’une police de caractères adaptée aux personnes ayant des troubles dys- permet à tous de profiter des livres qui utilisent cette police et donc d’améliorer le taux de lecture par les personnes atteintes de ce trouble. Cela permet d’améliorer leurs connaissances, mais aussi des échanges plus fructueux entre personnes atteintes du trouble et personne valide.
La prise en compte de la plus forte fatigabilité des personnes ayant des troubles psychiques permet d’alléger les séances de cours en les rendant plus ludiques et plus digestes avec l’avantage qu’apprendre par le jeu facilite la rétention et l’assimilation de l’information. Un bénéfice pour tous.

Et puis se dire que si nous venons à être atteint d’une dépression nous ne seront plus regardés comme des monstres, mais simplement comme des malades (comme c’est le cas pour n’importe quelle autre maladie), ça fait du bien à notre cerveau, car nous avons une chance sur 10 d’avoir au moins une fois dans notre vie un burn-out, un bore-out ou une dépression.
Comme le dit l’Association Droit Pluriel, « le handicap désigne les obstacles qui empêchent certains individus de participer à la vie sociale. » Or, les deux confinements et les divers couvre-feux nous montrent chaque jour à quel point il est difficile de vivre sans interactions sociales, à quel point nous pouvons tomber malade par manque de lien avec les autres.
Et la diversité dans l’entreprise, comme dans la société doit être vu et vécu comme une opportunité pour chacun de nous. Comme le dit l’assureur Aviva :

- La diversité est d’abord un facteur de réduction du risque, notamment juridique. Elle permettra d’éviter les sanctions, aussi bien en termes financiers qu’en termes d’image.
- Assurer une certaine diversité dans l’entreprise participe à constituer une équipe représentative de la population. Cette variété permettra à l’entreprise d’être le reflet de la diversité de ses clients et ainsi de mieux les comprendre et les servir.
- Plus les profils des employés diffèrent, plus le groupe sera dynamique et productif. La diversité des individus implique une variété des caractères et de compétences et permet une richesse créative au service de la performance de l’entreprise.
Mes attentes et objectifs
Formatrice consultante en communication numérique, créatrice de sites web, référenceur, déléguée à la protection des données, je souhaite mettre aux normes et aménager mon local professionnel pour y recevoir du public (ERP), afin d’être capable d’accueillir, de conseiller, d’orienter, de former et d’accompagner les valides, mais aussi les personnes en situation de handicap, de façon adaptée, qu’ils soient apprenants, commanditaires, ou clients, et les aider dans leur projet. Chaque personne est différente, et chaque projet est différent, nécessitant une écoute attentive, mais aussi un lieu propice aux échanges pour faire mûrir les idées et avancer ensemble.
Benoît PERREAU, a répondu à un certain nombre de mes questions quant à l’aménagement des lieux, mais aussi sur ma manière d’exercer mon métier. De la confrontation de nos idées en est ressorti que mon plan, aussi ambitieux soit-il, ne l’était pas encore assez. Je pouvais encore mieux faire avec les ressources dont je dispose.
Par exemple, ne pas se limiter à installer un vidéo-projecteur, mais permettre à tout un chacun de s’y connecter depuis sa place permet à tous d’effectuer sa présentation sans se déplacer. L’avantage se traduit par un gain de temps, une meilleure acceptation des exercices par les apprenants introverti ou timides qui grâce à ce petit aménagement, ont un plus grand taux de participation, et ça c’est bien.
Utiliser une table ovale avec un pied central pour permettre aux personnes à mobilité réduite de s’asseoir n’importe où, permet aussi un gain de place, évite aussi qu’on se cogne dans les angles, et une meilleure interactivité dans le groupe puisque chacun peut se voir. Ne pas la suspendre pour éviter de perdre en visibilité, notamment par rapport au tableau interactif ou au vidéo-projections.
Et puis les fameuses chaises de bureau citées plus haut. Prendre deux couleurs différentes permet de les alterner et de mieux respecter les consignes de distanciation sociale en période épidémique (exemple : on a le droit d’utiliser les bleues et pas les rouges).
Je ne parlerai pas des boutons et des prises électriques contrastés pour mieux les repérer, du type d’éclairage aussi, ou de la demande à la Mairie pour l’aménagement d’une place handicapé à proximité.
Et surtout, je peux bénéficier de l’aide et de l’appui financier de l’AGEFIPH pour l’aménagement de mes locaux professionnels, ce qui me permettra d’être encore plus performante en termes d’accessibilité, d’accueil de la diversité et d’adaptation de mon activité aux divers publics.
Les contraintes législatives et réglementaires
Par ailleurs, en tant qu’organisme de formation, il est nécessaire :
- d’être en conformité avec la réglementation concernant les ERP (Etablissement Recevant du Public), notamment en termes d’accessibilité, et cela concerne tout type de handicap (moteur, visuel, auditif, mental…)

- d’avoir QUALIOPI dans le courant de cette année pour pouvoir continuer à permettre aux personnes de se former grâce aux dispositifs fonctionnant sur les fonds publics. Et dans QUALIOPI, il y a une prise en compte du handicap. 6 critères sur 7 l’exigent même, avec le risque de se voir infliger une non-conformité majeure.
D’autre part, chacun a une responsabilité sociale pour garantir de bonnes conditions de travail, favoriser la diversité, afin d’apporter une ouverture au dialogue. Cela entre dans la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), dans l’objectif d’avoir un impact positif sur la société, de respecter l’environnement tout en étant économiquement viable.
La Commission Européenne définit la RSE comme « la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société. » Les mesures prises en faveur de l’emploi et de l’insertion des personnes handicapées font partie des indicateurs qui doivent figurer dans le reporting RSE des entreprises (article 225 de la loi du 12 juillet 2010 dite Grenelle 2).
Depuis l’adoption de la loi Pacte promulguée le 22 mai 2019 et la modification du code civil (Art. 1833 et 1835 du Code Civil), toutes les entreprises françaises sans exception, doivent « prendre en considération » les enjeux environnementaux et sociaux dans la gestion de leurs activités.

Enfin, selon la loi, tout employeur – public ou privé – disposant d’au moins 20 salariés (à temps plein ou partiel) a l’obligation d’employer des travailleurs en situation de handicap (donc possédant une RQTH) à hauteur de 6 % minimum de l’effectif total de l’entreprise, sinon il devra verser une contribution à l’AGEFIPH (Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées). Elle s’élève à 400 fois le Smic horaire par salarié manquant pour les entreprises de 20 à 199 salariés, 500 fois le Smic horaire de 200 à 749 salariés et 600 fois le Smic horaire pour plus de 750 salariés. Depuis janvier 2010, lorsque l’entreprise n’a entrepris aucune action pendant trois ans, la contribution passe à 1 500 fois le Smic horaire, majorée de 25 % par salarié manquant. Pour réduire le montant de ces versements, il est possible d’effectuer des recrutements directs (CDI, CDD, stage, intérim, contrat d’apprentissage), de mettre en place un plan de maintien dans l’emploi des handicapés, de passer des contrats de sous-traitance avec des entreprises adaptées, ou de conclure un accord d’entreprise avec les partenaires sociaux.
Mes choix et actions
Dès lors, il m’est apparu indispensable de me former et devenir référent handicap afin d’apporter une meilleure réponse à mes apprenants, mais aussi à l’ensemble des personnes que je côtoie dans ma sphère professionnelle.
Avant de rencontrer Benoît PERREAU, je ne connaissais pas cette certification et je pédalais toute seule pour trouver des solutions aux problématiques que je m’étais posées par rapport à mon activité.
J’ai choisi Benoît parce qu’il faisait déjà partie de mon réseau, que j’ai entendu parler de lui en bien, qu’il est disponible, à l’écoute de notre projet et qu’il est simple et rapide de rentrer en formation avec lui : pas d’attente, pas d’effet de rareté, pas de pression, et que j’ai pu choisir le bon moment pour moi d’entrer en formation sur ce parcours certifiant.
Le bon moment c’est celui où je peux m’y consacrer vraiment pour en faire ressortir une pépite.
Par son écoute bienveillante, son expérience, ses connaissances, il me permet de progresser dans mon cheminement pour avoir un local adapté et aussi, maintenant que je travaille également à distance (synchrone majoritairement, mais aussi asynchrone parfois), pour adapter ma pratique au plus grand nombre.
Par ailleurs, depuis octobre 2019, les centres de formation d’apprentis et organismes de formation de la Nouvelle-Aquitaine peuvent s’engager dans une démarche de progrès pour développer l’accessibilité de leurs formations.
La signature de la charte régionale les engage à désigner un référent handicap et à s’auto-positionner sur la base d’indicateurs définis pour les guider vers plus d’accessibilité. En échange de quoi diverses ressources sont mises à leur disposition dans le cadre de la politique régionale (appui territorial du CRFH / prestations Accea & aménagements / EPATECH / une offre de professionnalisation sur le handicap /…).
La liste des organismes de formation engagés dans cette démarche se trouve dans l’Annuaire des centres de formation handi-accueillants (crfh-handicap.fr).
En ayant le titre de référent handicap certifié par HandyRecrut, je pourrai accéder à cette base documentaire régionale, en plus de ce que m’apporte Benoît PERREAU, afin d’avoir une vision large et de confronter les points de vue et inscrire mon organisme de formation dans cet annuaire.
Ce que m’apporte cette formation / certification
Cette formation m’a permis d’aller plus en profondeur dans la réalisation de mon plan d’action :
- définition de mes tâches en tant que référente handicap dans ma structure,
- mise en œuvre, accompagnement et encadrement d’une politique de gestion du handicap (accueil, accompagnement, aménagements, formation, projet professionnel, évolution de carrière)
- réalisation des aménagements nécessaires et raisonnables (et à leur suivi) au regard de la spécificité de chaque situation de handicap pour rendre accessibles, à la personne en situation de handicap, les étapes de formation, cela comprenant à la fois les aménagements physiques de la salle, mais aussi la prise en compte du handicap dans la création de mes contenus et dans l’animation pédagogique de mes formations
- constitution et coordination d’un réseau opérationnel de partenaires en m’appuyant sur l’expertise et les moyens des acteurs implantés sur le territoire
- mise en conformité avec la loi n° 2018-771 « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel»
- réponse aux critères de QUALIOPI.
Cela m’a permis de mieux appréhender chacun des handicaps, m’a demandé de réfléchir sur :
- ma représentation de chacun des handicaps
- ma capacité à gérer émotionnellement ma relation à chaque type de handicap
- les besoins en fonction de chacun des handicaps, pour savoir à quels handicaps je suis en mesure de répondre dans mes adaptations.

Depuis hier, je suis accréditée Référent Handicap.
Le réseau des référents handicap créé par Benoît permet d’effectuer de la veille (légale, organisationnelle, technique), mais aussi d’échanger en toute bienveillance, et avec empathie, sur nos projets, nos plans d’action, nos expériences, nos peurs, nos limites… C’est grâce à cette intelligence collective que nous cheminons tous vers une société plus ouverte et plus inclusive.
