1. Introduction générale
1.1. À qui s’adresse ce dossier
Ce dossier s’adresse à toutes les personnes et structures qui veulent comprendre et utiliser les dispositifs du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC) et des Pactes Régionaux d’Investissement dans les Compétences (PRIC).
Il est conçu pour des acteurs de terrain, pas pour des spécialistes.
Il vise ceux qui ont envie d’agir mais qui trouvent souvent les textes officiels trop compliqués, trop longs ou trop techniques.
Vous êtes peut-être :
- un organisme de formation (OF) ou un centre de formation d’apprentis (CFA/OFA) qui veut élargir son offre et accéder à des financements publics ;
- une association d’insertion qui souhaite proposer des parcours de formation adaptés à ses publics ;
- une entreprise qui cherche à répondre à ses besoins de recrutement par la formation ;
- une collectivité locale ou un porteur de projet territorial qui souhaite agir pour l’emploi dans son territoire.
Ce dossier est donc votre mode d’emploi pour comprendre les dispositifs, leurs logiques et les conditions pour y participer concrètement.
1.2. Pourquoi ce dossier a été rédigé
Le système français de la formation professionnelle peut sembler complexe, car il combine une politique nationale (le PIC) et des déclinaisons régionales (les PRIC).
Beaucoup de porteurs de projet pensent pouvoir « postuler » directement au PIC, alors que ce n’est pas possible : le PIC est une stratégie et un financement national, pas un guichet.
Les PRIC, eux, sont les dispositifs opérationnels, concrets et accessibles.
L’objectif de ce dossier est donc triple :
- Expliquer le fonctionnement général du PIC et des PRIC en langage clair.
- Donner les repères pour identifier les portes d’entrée dans chaque région.
- Fournir une méthode pas à pas pour monter un projet aligné, crédible et finançable.
1.3. Le contexte de création du PIC
Pour comprendre le PIC, il faut revenir à sa genèse.
En 2017, la France fait face à un chômage élevé, en particulier chez les jeunes peu qualifiés, les bénéficiaires du RSA, et les personnes éloignées de l’emploi.
En même temps, de nombreux secteurs recrutent sans trouver de candidats : industrie, bâtiment, transport, hôtellerie, numérique, aide à la personne.
Le gouvernement décide alors de miser sur la formation comme levier de retour à l’emploi.
C’est la naissance du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC), lancé officiellement en 2018 pour une première période de cinq ans (2018-2023).
L’idée de départ est simple :
→ Investir massivement dans les compétences pour réduire le chômage durablement, pas seulement par des aides, mais par des parcours qualifiants.
→ Transformer la formation professionnelle pour qu’elle réponde vraiment aux besoins du marché du travail.
Le PIC est donc à la fois un outil budgétaire, une stratégie de transformation, et une politique publique d’innovation sociale.
1.4. La logique d’investissement du PIC
Le PIC n’est pas une simple aide ponctuelle.
Il s’agit d’un plan d’investissement, au sens économique du terme : on ne dépense pas, on investit dans le capital humain.
L’État mise sur la formation pour produire des effets durables sur :
- la qualification des personnes,
- la productivité des entreprises,
- et la résilience économique des territoires.
Entre 2018 et 2023, plus de 15 milliards d’euros ont été mobilisés, faisant du PIC l’un des plus grands programmes de formation publique d’Europe.
Il a permis de financer des centaines de milliers d’entrées en formation, d’expérimenter des dispositifs innovants (AFEST, formations numériques, parcours intégrés emploi-compétences), et de renforcer le rôle des Régions comme acteurs stratégiques du développement des compétences.
Mais ce plan n’a pas été qu’un succès budgétaire.
Les évaluations de la Cour des comptes (2025) et de la Dares (2025) montrent que si les volumes de formation ont augmenté, les résultats sur l’emploi n’ont pas toujours été à la hauteur, notamment pour les publics les plus fragiles.
Cette observation a conduit à réformer la gouvernance et à lancer une nouvelle génération : les PRIC 2024-2027.
1.5. Du national au régional : pourquoi les PRIC existent
Le PIC est national. Il fixe les grandes orientations, les cibles et les budgets.
Mais la France est un pays de territoires : les besoins ne sont pas les mêmes en Auvergne, en Guyane ou en Bretagne.
Les Régions connaissent mieux que quiconque :
- leurs secteurs économiques ;
- leurs bassins d’emploi ;
- leurs publics prioritaires.
C’est pour cette raison que le PIC a été territorialisé à travers des Pactes Régionaux d’Investissement dans les Compétences (PRIC).
Chaque Région signe avec l’État une convention pluriannuelle qui traduit la stratégie nationale dans un plan d’action régional concret.
Le PRIC, c’est le bras opérationnel du PIC.
C’est là que les appels à projets, marchés publics et conventions sont publiés.
C’est là que les porteurs de projet peuvent proposer, agir, former, évaluer.
1.6. Pourquoi ce dossier parle surtout des PRIC
Parce que c’est là que tout se joue.
Le PIC est important à connaître pour comprendre les objectifs globaux et les exigences nationales.
Mais si vous êtes un porteur de projet, un formateur, une structure d’insertion ou une entreprise, votre interlocuteur n’est pas le PIC, mais votre Région.
Le PRIC est donc le niveau utile, celui où vous pouvez :
- répondre à un appel à projet,
- obtenir un financement,
- créer un parcours de formation qui aide réellement les personnes à retrouver un emploi.
Comprendre le PRIC, c’est donc savoir où et comment agir.
1.7. Le rôle du présent dossier dans la stratégie nationale
Ce dossier n’est pas un simple guide administratif.
C’est une traduction accessible des textes officiels et des rapports d’évaluation, adaptée à des acteurs de terrain.
Il vise à réduire la distance entre les politiques publiques et les acteurs qui les mettent en œuvre.
Vous y trouverez :
- des explications claires, sans jargon, sur les PIC et PRIC ;
- des méthodes concrètes pour monter un projet ;
- des exemples régionaux inspirants ;
- et des outils pratiques : check-lists, fiches, modèles de gouvernance, tableaux de bord.
Chaque chapitre est conçu comme une étape de compréhension :
- Comprendre le cadre national (PIC).
- Comprendre la déclinaison régionale (PRIC).
- Agir concrètement dans sa région.
- Piloter et évaluer son action.
1.8. Une lecture adaptée aux besoins du lecteur
Ce document suit la méthode FALC :
- les phrases sont courtes ;
- les paragraphes ne contiennent qu’une idée à la fois ;
- les mots compliqués sont expliqués dès leur première apparition ;
- les transitions entre les parties permettent de comprendre le fil conducteur.
Un lecteur peut ainsi :
- lire tout le dossier d’un trait pour comprendre la logique d’ensemble ;
- ou n’en lire qu’une partie (par exemple la section sur sa région) pour agir directement.
1.9. Un outil pour l’action et la décision
La formation professionnelle ne se limite pas à des dispositifs : c’est un levier de transformation sociale et économique.
Le PIC et les PRIC permettent à chaque territoire de faire le lien entre compétences, emploi et inclusion.
Ce dossier aide donc à :
- décoder la politique publique ;
- comprendre le rôle de chaque acteur (État, Région, entreprises, OF, OPCO, France Travail, associations) ;
- se situer dans la chaîne d’action ;
- et construire un projet solide et évaluable.
En résumé, vous trouverez ici tout ce qu’il faut pour :
Comprendre le système, s’y inscrire, y contribuer et en mesurer l’impact.
Avant d’entrer dans les aspects pratiques des PRIC, il est essentiel de bien comprendre le fonctionnement du PIC.
C’est lui qui fixe la philosophie, les obligations, les indicateurs et les exigences de résultat.
La Partie 2 vous expliquera donc :
- pourquoi le PIC existe,
- ce qu’il finance,
- ce qu’il demande aux Régions,
- et comment il a donné naissance à la nouvelle génération des PRIC 2024-2027.
2. Le PIC expliqué simplement… comme une politique publique
2.1. Un plan national pour répondre à une double urgence : sociale et économique
Le Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC) a été lancé en 2018 par le gouvernement français dans un contexte précis :
le chômage restait élevé malgré les réformes successives, et de nombreux secteurs professionnels manquaient de main-d’œuvre qualifiée.
D’un côté, une partie importante de la population — environ 2 millions de personnes — était éloignée de l’emploi : jeunes sans qualification, bénéficiaires du RSA, travailleurs handicapés, demandeurs d’emploi de longue durée.
De l’autre, les entreprises signalaient un manque de compétences disponibles dans les métiers essentiels à l’économie : industrie, bâtiment, santé, numérique, logistique, transition écologique.
Le PIC est donc né d’un paradoxe français :
il y a des personnes sans emploi et, en même temps, des emplois sans personnes.
Le pari du gouvernement a été de réconcilier ces deux réalités en investissant massivement dans la formation, pour transformer les publics éloignés du marché du travail en acteurs compétents de la relance économique.
2.2. Un plan d’investissement, pas un plan de subvention
Le mot investissement a été choisi volontairement.
L’État n’a pas voulu créer un énième dispositif de subvention ou d’aide ponctuelle, mais une stratégie d’investissement à long terme dans le capital humain.
Autrement dit, il s’agit d’un plan de transformation structurelle de la formation professionnelle.
Cette philosophie repose sur trois convictions fortes :
- La compétence est la vraie richesse d’un pays moderne.
Investir dans les compétences, c’est investir dans la compétitivité, la cohésion sociale et l’emploi durable. - L’investissement doit être évalué.
Il ne suffit pas de financer des heures de formation : il faut mesurer les résultats réels sur la qualification et l’emploi. - Les solutions doivent être adaptées aux territoires.
Chaque région connaît ses besoins : l’État donne le cadre, les Régions agissent.
C’est pourquoi le PIC a été conçu comme une politique publique d’investissement territorial, avec une gouvernance partagée et des conventions signées avec chaque région de France.
2.3. Les objectifs du PIC (2018-2023)
Les objectifs fixés par le gouvernement étaient à la fois ambitieux et mesurables.
Ils se répartissaient en trois axes :
Axe 1 : Former massivement les publics les plus fragiles
Le PIC visait à financer un million de formations pour les jeunes et un million pour les demandeurs d’emploi peu qualifiés.
Ces publics étaient considérés comme prioritaires car ils avaient le plus à gagner d’une montée en compétence.
Axe 2 : Transformer l’offre de formation
Il ne s’agissait pas seulement d’augmenter les volumes, mais de moderniser les pratiques pédagogiques :
– nouvelles formes de formation (AFEST, e-learning, hybride) ;
– adaptation des contenus aux besoins réels des entreprises ;
– intégration des compétences de base (langue, numérique, raisonnement).
Axe 3 : Territorialiser et évaluer les résultats
Le PIC devait être piloté localement par les Régions, avec des indicateurs communs de suivi : taux de qualification, taux d’insertion à 6 mois, satisfaction des bénéficiaires et des entreprises.
Ces trois axes forment la colonne vertébrale du dispositif encore aujourd’hui.
2.4. La gouvernance du PIC : une architecture à plusieurs étages
Le PIC a été pensé comme un système à trois niveaux : national, régional et local.
Niveau national : l’État stratège
Le ministère du Travail et la DGEFP (Délégation Générale à l’Emploi et à la Formation Professionnelle) définissent le cadre, les règles et la répartition budgétaire.
Ils évaluent les résultats à l’échelle nationale, avec l’appui de la DARES, du Comité scientifique d’évaluation du PIC et de la Cour des comptes.
Niveau régional : les Régions actrices
Chaque Région signe une convention avec l’État, appelée PRIC (Pacte Régional d’Investissement dans les Compétences).
Cette convention précise les publics cibles, les filières prioritaires, les enveloppes financières, les indicateurs de suivi et les engagements de cofinancement.
Niveau local : les acteurs de terrain
Les organismes de formation, les structures d’insertion, les entreprises, les OPCO et France Travail mettent en œuvre les actions concrètes sur le terrain.
Ce sont eux qui recrutent les bénéficiaires, animent les parcours, assurent le suivi et mesurent les résultats.
Cette gouvernance multiniveau est l’une des spécificités du PIC : elle associe pilotage national et mise en œuvre territoriale, ce qui suppose coordination et clarté des rôles.
2.5. Les instruments du PIC
Le PIC ne se résume pas à une enveloppe budgétaire.
Il a introduit des instruments concrets pour transformer la formation :
- Les conventions bilatérales État–Région : elles fixent les priorités locales et les objectifs chiffrés.
- Les appels à projets nationaux et régionaux : pour expérimenter de nouvelles pratiques (AFEST, numérique inclusif, formation dans les zones rurales).
- Les programmes spécifiques : par exemple, « 100 % inclusion » pour l’innovation sociale, « Repérer et mobiliser les publics invisibles », ou « Prépa-apprentissage ».
- L’évaluation scientifique : pilotée par la DARES et un comité indépendant, afin de mesurer les effets réels sur les bénéficiaires.
Le PIC n’est donc pas un seul guichet : c’est un écosystème de dispositifs articulés autour d’une même logique d’investissement durable.
2.6. Les publics visés : les invisibles, les oubliés, les éloignés
Le PIC a ciblé en priorité les publics qui bénéficiaient le moins des dispositifs classiques de formation.
Il s’agit :
- des jeunes sans diplôme ni emploi, parfois qualifiés de NEET (Not in Employment, Education or Training) ;
- des bénéficiaires du RSA et des demandeurs d’emploi de longue durée ;
- des personnes en situation de handicap confrontées à des obstacles d’accès à la formation ;
- et des travailleurs faiblement qualifiés exposés à l’automatisation et à la précarisation des emplois.
L’idée était de redonner une place dans l’économie à ceux qui en étaient exclus, non pas par manque de volonté, mais par absence d’opportunité, de qualification ou d’accompagnement adapté.
Cette orientation sociale est restée centrale dans les PRIC 2024-2027.
2.7. Le financement du PIC
Le PIC a représenté 15 milliards d’euros sur 5 ans (2018-2023), répartis entre :
- une part nationale gérée directement par l’État (environ 4,4 milliards) pour les appels à projets innovants et expérimentations ;
- une part déconcentrée vers les Régions (plus de 7 milliards), via les conventions PRIC ;
- et une part complémentaire mobilisée par les opérateurs (OPCO, entreprises, FSE+, collectivités locales).
Cette architecture a permis de multiplier les initiatives, mais aussi de rendre le pilotage complexe.
Certaines régions ont très bien utilisé ces fonds, d’autres ont eu du mal à mobiliser les acteurs et à mesurer les résultats.
2.8. Les résultats du PIC (2018-2023)
Selon les rapports de la Cour des comptes (janvier 2025) et du Comité scientifique du PIC (avril 2025), les résultats du plan sont contrastés.
Des avancées importantes
- Plus de 2 millions de personnes ont bénéficié d’une formation financée par le PIC.
- Le dispositif a permis de développer des innovations pédagogiques (AFEST, pairagogie, numérique inclusif).
- La coopération État–Régions s’est renforcée, posant les bases d’une gouvernance partagée durable.
Des limites constatées
- Les publics les plus éloignés (notamment certains bénéficiaires du RSA) ont parfois peu accédé aux formations.
- Les résultats à long terme (insertion à 6 mois ou 1 an) sont restés variables selon les territoires.
- Les indicateurs de suivi n’ont pas toujours permis de distinguer les effets du PIC des autres dispositifs (CPF, Plan régional classique).
- Certaines actions ont été trop centrées sur le volume, pas assez sur l’impact réel.
Ces constats ont conduit à une évolution profonde du modèle à partir de 2024.
2.9. Leçons tirées pour la nouvelle génération (2024-2027)
Les évaluations ont été claires : pour être efficace, le dispositif devait devenir plus ciblé, plus exigeant, et plus lisible.
Ainsi, la nouvelle génération (PIC 2) repose sur trois priorités principales :
- Cibler mieux les publics réellement fragiles (avec des preuves de repérage).
- Agir plus localement via les Régions et leurs partenaires économiques.
- Mesurer plus rigoureusement les résultats d’insertion.
Ce changement d’approche marque le passage d’un pilotage par les moyens à un pilotage par les preuves.
On ne demande plus combien de personnes sont formées, mais combien trouvent un emploi ou une qualification durable.
2.10. Le PIC aujourd’hui : un cadre de référence
En 2025, le PIC n’est plus un dispositif ponctuel, mais un pilier structurel de la politique de l’emploi et de la formation en France.
Il constitue désormais un cadre permanent de financement et d’expérimentation, sur lequel s’appuient :
- les PRIC 2024-2027,
- les plans régionaux de formation (PRF),
- les programmes nationaux thématiques (inclusion numérique, métiers de la transition écologique, reconversion industrielle).
Le PIC fixe la cohérence d’ensemble.
Les PRIC traduisent cette cohérence dans des actions locales concrètes.
Ainsi, on peut dire que :
Le PIC est la colonne vertébrale de la stratégie compétences.
Les PRIC en sont les muscles et les nerfs.
2.11. Pourquoi on ne peut pas postuler au PIC
C’est une confusion fréquente.
Le PIC n’est pas un guichet.
Il n’existe aucun appel à projets national ouvert au public sous le nom “PIC”.
L’État ne sélectionne pas directement les opérateurs.
Ce sont les Régions, dans le cadre de leur PRIC, qui reçoivent les crédits du PIC et les redistribuent à travers :
- des appels à projets régionaux,
- des marchés publics,
- ou des conventions avec les acteurs locaux.
En résumé :
On ne postule pas au PIC.
On agit à travers un PRIC.
Cette distinction est essentielle.
Elle permet de comprendre où se situe la porte d’entrée opérationnelle : dans votre région, pas à Paris.
Vous savez maintenant ce qu’est le PIC, à quoi il sert, comment il est structuré et pourquoi il ne s’adresse pas directement aux porteurs de projet.
La prochaine étape est de comprendre les PRIC, c’est-à-dire la mise en œuvre régionale du PIC.
C’est dans les PRIC que se trouvent :
- les priorités locales,
- les appels à projets,
- les modalités concrètes de financement,
- et les outils d’évaluation.
La Partie 3 expliquera donc en détail :
→ comment un PRIC fonctionne,
→ comment il est construit,
→ qui le pilote,
→ et comment un porteur de projet peut s’y inscrire concrètement.
3. Les PRIC : la porte d’entrée opérationnelle
3.1. Les PRIC, c’est quoi ?
Le Pacte Régional d’Investissement dans les Compétences (PRIC) est une convention signée entre l’État et une Région.
Chaque PRIC dure quatre ans et fixe les priorités régionales pour la formation des publics éloignés de l’emploi.
Le PRIC, c’est la version territoriale du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC).
Le PIC donne la stratégie, le PRIC la met en œuvre.
Le PIC fixe les règles générales, les PRIC les appliquent selon les besoins du territoire.
Concrètement, le PRIC est le contrat régional de formation.
Il définit :
– les publics prioritaires à former (jeunes sans diplôme, demandeurs d’emploi de longue durée, bénéficiaires du RSA, etc.) ;
– les secteurs économiques sur lesquels concentrer l’effort (industrie, BTP, logistique, numérique, santé, transition écologique, etc.) ;
– les moyens financiers mobilisés par l’État et la Région ;
– les indicateurs de suivi et les modalités d’évaluation.
Chaque Région dispose donc de son propre PRIC, adapté à ses réalités locales.
3.2. Pourquoi les PRIC existent-ils ?
Les PRIC ont été créés pour répondre à un constat simple :
L’emploi et la formation ne se pilotent pas efficacement depuis Paris.
La France est composée de territoires très différents :
une zone industrielle du Nord n’a pas les mêmes besoins qu’un littoral touristique, qu’un bassin agricole ou qu’un territoire ultramarin.
Les entreprises, les profils des demandeurs d’emploi, les infrastructures et les priorités économiques changent d’une région à l’autre.
Les PRIC permettent donc à chaque Région de construire une stratégie de formation sur mesure, en cohérence avec la stratégie nationale du PIC mais en tenant compte des réalités locales.
C’est ce qu’on appelle une décentralisation intelligente :
le cadre est national, mais les choix sont régionaux.
3.3. Une convention entre l’État et la Région
Le PRIC prend la forme d’une convention pluriannuelle, signée par :
- le Préfet de région (au nom de l’État) ;
- le Président du Conseil régional (au nom de la collectivité).
Cette convention précise :
- la stratégie partagée (objectifs communs) ;
- la répartition des financements entre l’État et la Région ;
- les publics et les filières ciblées ;
- la gouvernance (comités, indicateurs, bilans).
Chaque année, une convention financière annuelle complète le pacte.
Elle fixe les crédits de l’année, les jalons de versement, et les modalités d’évaluation.
Ainsi, la Région reçoit des crédits du PIC pour quatre ans, mais elle doit prouver chaque année que les résultats sont au rendez-vous pour continuer à en bénéficier.
3.4. Ce que finance un PRIC
Un PRIC finance des actions de formation, d’insertion et d’accompagnement à destination des publics ciblés.
Ces actions peuvent prendre plusieurs formes :
- des formations qualifiantes ou certifiantes (préparation à un titre RNCP ou RS) ;
- des parcours d’accès à la qualification (remise à niveau, prépa compétences, etc.) ;
- des actions d’accompagnement vers et dans l’emploi ;
- des actions de formation en situation de travail (AFEST) ;
- des dispositifs innovants d’apprentissage, de tutorat ou de pairagogie.
Chaque action financée par un PRIC doit démontrer un lien clair avec l’emploi, c’est-à-dire un bénéfice concret pour le retour à l’emploi durable.
Le financement peut prendre la forme :
- d’un marché public régional (procédure formelle avec cahier des charges) ;
- d’un appel à projets (AAP) ouvert à des opérateurs qualifiés ;
- ou d’une convention directe avec un organisme partenaire.
3.5. Les acteurs impliqués
Un PRIC repose sur une gouvernance partagée entre plusieurs acteurs :
1. L’État
Par le Préfet de région et la DREETS, il garantit la cohérence nationale et veille à ce que les fonds du PIC soient utilisés conformément aux objectifs nationaux.
2. La Région
Elle pilote la mise en œuvre, définit les priorités locales, sélectionne les opérateurs, suit les résultats et anime la coordination territoriale.
3. France Travail (ex-Pôle emploi)
Il identifie les publics cibles, oriente les bénéficiaires vers les actions, et participe au suivi des parcours et des insertions.
4. Les OPCO
Ils assurent le lien entre entreprises et formation, notamment pour les salariés et alternants, et cofinancent parfois des actions.
5. Les entreprises
Elles participent en accueillant des stagiaires, en co-construisant les parcours et en recrutant les bénéficiaires.
6. Les organismes de formation et structures d’insertion
Ils conçoivent et réalisent les parcours de formation, assurent le suivi pédagogique et participent à la mesure des résultats.
Cette gouvernance multi-acteurs est la clé du succès du PRIC : aucun acteur ne peut agir seul, mais chacun a un rôle précis dans la chaîne de valeur.
3.6. Les publics prioritaires du PRIC
Les PRIC s’adressent à des publics identifiés comme étant éloignés de l’emploi et nécessitant un accompagnement renforcé.
Les principaux publics ciblés sont :
- les jeunes sans diplôme ou sortis du système scolaire sans qualification ;
- les demandeurs d’emploi de longue durée (plus d’un an sans activité) ;
- les bénéficiaires du RSA ;
- les personnes en situation de handicap ;
- les travailleurs précaires ou faiblement qualifiés souhaitant se reconvertir.
Les Régions peuvent aussi inclure des publics spécifiques selon leurs priorités :
par exemple, les femmes dans les métiers techniques, les seniors, les personnes issues des quartiers prioritaires, ou les jeunes ultramarins.
Le PRIC met donc l’accent sur la justice sociale et territoriale : il ne s’agit pas seulement de former plus, mais de former mieux et plus équitablement.
3.7. Les secteurs et filières prioritaires
Chaque PRIC détermine les filières stratégiques sur lesquelles concentrer les moyens.
Ces choix se fondent sur les études des Carif-Oref, des observatoires régionaux et des branches professionnelles.
Les filières les plus fréquemment ciblées sont :
- Industrie et maintenance (soudeurs, techniciens, mécaniciens) ;
- BTP (maçons, électriciens, plombiers, chefs de chantier) ;
- Numérique (développeurs, techniciens support, data, cybersécurité) ;
- Logistique et transport (préparateurs de commande, caristes, conducteurs) ;
- Santé, sanitaire et social (aides-soignants, accompagnants éducatifs) ;
- Tourisme et hôtellerie-restauration ;
- Métiers verts (bâtiment durable, énergies renouvelables, gestion des déchets).
Le PRIC permet d’adapter l’effort à la réalité économique de chaque région, tout en contribuant aux transitions écologique et numérique.
3.8. La gouvernance du PRIC
Chaque PRIC dispose d’une gouvernance structurée en plusieurs niveaux :
1. Le comité de pilotage régional (COPIL)
C’est l’organe central. Il regroupe la Région, l’État, France Travail, les OPCO, les partenaires sociaux et les représentants des acteurs économiques.
Il valide les orientations, suit les indicateurs et décide des ajustements nécessaires.
2. Les comités techniques
Ils gèrent la mise en œuvre opérationnelle : validation des appels à projets, suivi des marchés, suivi des bilans quantitatifs et qualitatifs.
3. Les partenaires de terrain
Ils constituent des « cellules locales » qui animent les actions dans les bassins d’emploi, notamment en lien avec les missions locales, les PLIE et les entreprises.
Cette gouvernance garantit que les projets financés répondent à de vrais besoins territoriaux, et non à des approches descendantes.
3.9. Les indicateurs de suivi et d’évaluation
Les PRIC sont soumis à une obligation d’évaluation.
Chaque convention fixe des indicateurs de résultat que les opérateurs doivent suivre et transmettre.
Les principaux indicateurs sont :
- le nombre de personnes formées,
- le taux d’accès à la qualification,
- le taux d’insertion à 3 mois et à 6 mois,
- le taux d’abandon,
- la satisfaction des bénéficiaires et des entreprises,
- et les taux de mobilisation par public prioritaire.
Cette exigence d’évaluation a une double fonction :
- Vérifier la bonne utilisation des fonds publics.
- Améliorer en continu la qualité des actions financées.
L’évaluation n’est donc pas une contrainte administrative, mais un outil d’apprentissage collectif.
3.10. Les modalités d’accès pour les porteurs de projets
C’est ici que tout devient concret.
Si vous êtes un porteur de projet, un organisme de formation ou une structure d’insertion, vous ne candidatez pas “au PRIC” en général, mais à des opportunités publiées dans le cadre du PRIC.
Trois modalités principales existent :
- Appels à projets (AAP) : ouverts à des structures éligibles pour expérimenter ou renforcer des dispositifs régionaux.
- Marchés publics : procédures formalisées, souvent pluriannuelles, pour des volumes importants de formation.
- Conventions directes : plus rares, signées avec des partenaires identifiés par la Région.
Chaque Région publie ses appels sur :
- son site institutionnel (rubrique emploi/formation),
- le portail du Carif-Oref régional,
- et parfois le site de France Travail.
Pour candidater, il faut :
- être certifié Qualiopi,
- respecter les règles RGPD,
- démontrer un ancrage territorial,
- et fournir des indicateurs de suivi précis.
3.11. L’intérêt du PRIC pour les acteurs de terrain
Le PRIC n’est pas qu’un outil de financement.
C’est aussi un cadre d’expérimentation et de coordination.
Il permet :
- d’innover dans les formats pédagogiques ;
- de créer des synergies entre formation, insertion et emploi ;
- de faire reconnaître les résultats auprès des financeurs publics ;
- et d’intégrer durablement la logique de parcours.
En participant à un PRIC, un organisme de formation devient acteur du développement économique local, pas seulement prestataire.
Il contribue à une stratégie collective qui dépasse la seule logique de commande.
3.12. Les obligations pour les opérateurs
Participer à un PRIC implique des engagements précis :
- respect des indicateurs fixés dans la convention ;
- transmission régulière de données sur les entrées, sorties, qualifications et insertions ;
- traçabilité des dépenses ;
- conformité qualité et données personnelles ;
- communication transparente des résultats.
Ces obligations garantissent la crédibilité du dispositif et la confiance entre financeurs et opérateurs.
3.13. Les points de vigilance
Les évaluations de la première génération de PRIC (2018-2023) ont mis en évidence plusieurs difficultés récurrentes :
- des projets mal ancrés territorialement ;
- une dispersion des financements sur des micro-actions isolées ;
- une faible coordination entre les acteurs ;
- et un suivi insuffisant de l’insertion à moyen terme.
Les nouvelles conventions (2024-2027) corrigent ces points en imposant :
- une logique de parcours complet (de la remobilisation à l’emploi) ;
- une co-construction avec les entreprises et les OPCO ;
- et une évaluation plus exigeante à 3 et 6 mois.
3.14. Les avantages à s’inscrire dans un PRIC
Rejoindre un PRIC présente plusieurs bénéfices concrets :
- un accès privilégié à des financements publics ;
- une visibilité accrue dans les politiques régionales ;
- la possibilité d’expérimenter des approches nouvelles ;
- et une reconnaissance institutionnelle comme acteur du développement des compétences.
C’est aussi un moyen de renforcer la coopération entre acteurs locaux, d’élargir son réseau et de consolider sa légitimité dans l’écosystème régional de la formation.
Nous avons vu ce qu’est un PRIC, pourquoi il existe, comment il fonctionne et qui y participe.
La prochaine étape est de comprendre comment y entrer concrètement :
comment repérer les appels, construire son projet, rédiger un dossier solide, organiser la gouvernance et assurer le suivi.
La Partie 4 sera donc un guide méthodologique complet, toujours en FALC, pour apprendre à monter un projet PRIC étape par étape, du diagnostic territorial jusqu’à l’évaluation des résultats.
4. Méthode pour monter un projet PRIC
4.1. Introduction : Pourquoi une méthode est indispensable
Monter un projet PRIC n’est pas une simple réponse à un appel d’offres.
C’est une démarche de conception stratégique, où chaque décision doit être justifiée par des données, des besoins réels et des objectifs mesurables.
La méthode présentée ici repose sur l’ingénierie de la formation professionnelle et l’ingénierie de projet public.
Elle suit une logique scientifique (observer, analyser, concevoir, agir, évaluer), tout en restant claire et opérationnelle.
L’idée centrale est la suivante :
Un bon projet PRIC n’est pas celui qui plaît au financeur, mais celui qui résout un vrai problème d’emploi local et le prouve par des résultats.
4.2. Étape 1 — Comprendre le territoire et les besoins réels
Avant de rédiger une ligne de dossier, il faut comprendre le terrain.
C’est l’étape du diagnostic territorial.
Cette phase consiste à répondre à trois grandes questions :
- Qui sont les publics qui ont besoin d’aide pour se former et s’insérer ?
- Quels sont les métiers qui recrutent (ou vont recruter) ?
- Quelles sont les structures déjà actives sur ce champ (OF, CFA, associations, collectivités) ?
Pour obtenir ces réponses, il est essentiel de s’appuyer sur :
- les études régionales du Carif-Oref,
- les observatoires de branches professionnelles,
- les rapports de France Travail sur les métiers en tension,
- et les bilans du Conseil régional (souvent inclus dans les annexes du PRIC).
Cette analyse sert à éviter deux écueils fréquents :
- proposer une action qui existe déjà ailleurs,
- ou concevoir un projet qui ne correspond pas aux besoins réels des employeurs.
👉 Bon réflexe : citer les sources dans le dossier (par exemple : “D’après le Carif-Oref Auvergne-Rhône-Alpes 2024, le métier de soudeur manque de 3 500 profils d’ici 2027”).
Cela montre au financeur que votre projet est fondé sur des données.
4.3. Étape 2 — Identifier les priorités régionales du PRIC
Chaque PRIC fixe des priorités stratégiques.
Elles concernent les publics, les filières économiques et les valeurs transversales (égalité femmes-hommes, inclusion, transition écologique, numérique).
Lire attentivement la convention PRIC de votre région est donc une étape cruciale.
Ce document est souvent disponible :
- sur le site de la Région,
- sur le site de Centre Inffo,
- ou dans les publications de la DREETS régionale.
Cette lecture permet d’identifier :
- les publics cibles (RSA, jeunes, seniors, TH, etc.) ;
- les secteurs prioritaires (industrie, santé, numérique, etc.) ;
- les axes d’expérimentation (innovation pédagogique, AFEST, inclusion numérique, etc.) ;
- les indicateurs de performance attendus.
Un projet bien aligné avec les priorités du PRIC a deux fois plus de chances d’être retenu.
Les financeurs écartent souvent les dossiers “hors périmètre”, même s’ils sont intéressants sur le fond.
4.4. Étape 3 — Définir la problématique du projet
Une fois les besoins identifiés et les priorités régionales lues, il faut formuler le problème à résoudre.
C’est le cœur de tout projet.
Un bon énoncé de problématique doit être :
- clair : on doit comprendre en une phrase ce que vous cherchez à changer ;
- précis : il décrit une réalité mesurable ;
- réaliste : il s’appuie sur des données, pas sur une intuition.
Exemple :
“Dans le bassin de Bourg-en-Bresse, les entreprises de maintenance industrielle manquent de techniciens qualifiés.
Or, les jeunes sortant des dispositifs d’insertion manquent de bases techniques.
Le projet vise à créer un parcours mixte (remise à niveau + AFEST + stage en entreprise) pour former 80 jeunes en deux ans.”
Ce type de formulation montre que le projet s’inscrit dans une chaîne logique : un problème réel, une solution concrète, un résultat mesurable.
4.5. Étape 4 — Construire le parcours de formation
C’est l’étape la plus technique : la conception pédagogique du parcours.
Un projet PRIC doit proposer un parcours complet, pas une action isolée.
Ce parcours combine souvent :
- Une phase de repérage et de mobilisation.
- Une remise à niveau (savoirs de base, numérique, communication).
- Une formation technique sur les compétences du métier visé.
- Une AFEST ou une immersion professionnelle.
- Une préparation à la certification (titre professionnel, bloc de compétences, RS).
- Un suivi post-formation à 3 et 6 mois.
Le tout doit être personnalisé selon le public.
Les parcours modulaires et individualisés sont encouragés, notamment dans les PRIC 2024-2027.
👉 Bon réflexe : toujours adosser le parcours à un référentiel de compétences reconnu (RNCP, RS, RECTEC, etc.).
Cela garantit la transférabilité des acquis et leur reconnaissance nationale.
4.6. Étape 5 — Définir les résultats attendus
Tout financeur veut savoir ce que le projet va produire et comment cela sera mesuré.
Les résultats se déclinent à trois niveaux :
- indicateurs de moyens : nombre d’apprenants, heures de formation, budget ;
- indicateurs de résultat : taux de certification, taux de satisfaction ;
- indicateurs d’impact : taux d’emploi à 3 et 6 mois, maintien en poste, évolution professionnelle.
Les Régions demandent désormais des tableaux de bord trimestriels, avec des preuves (attestations d’emploi, fiches de présence, questionnaires).
Un bon projet anticipe cette exigence en prévoyant dès le départ un système de suivi simple et fiable.
4.7. Étape 6 — Organiser la gouvernance du projet
Un projet PRIC est collectif.
Il doit démontrer qu’il repose sur une gouvernance solide.
La structure de gouvernance comprend en général :
- un comité de pilotage (COPIL), qui prend les décisions stratégiques ;
- une équipe projet, qui gère les aspects opérationnels ;
- des partenaires associés, qui participent à la mise en œuvre (entreprises, missions locales, OPCO, associations, etc.).
👉 Bon réflexe : joindre à votre dossier une note de gouvernance précisant :
- la composition du COPIL ;
- la fréquence des réunions ;
- les responsabilités de chaque acteur ;
- le circuit de validation des décisions.
Ce formalisme est souvent négligé, mais il renforce considérablement la crédibilité du dossier.
4.8. Étape 7 — Garantir la conformité
Les projets financés sur fonds publics sont soumis à deux obligations majeures :
- la certification Qualiopi,
- le respect du RGPD.
La certification Qualiopi
Elle prouve que vos pratiques répondent au Référentiel National Qualité (RNQ).
Sans elle, vous ne pouvez pas percevoir de financements publics ou mutualisés.
Les Régions exigent une attestation en cours de validité et vérifient souvent la cohérence entre votre offre et vos capacités réelles.
Le RGPD
Tout projet PRIC traite des données personnelles (bénéficiaires, prescripteurs, partenaires).
Vous devez garantir la sécurité, la confidentialité et la traçabilité des données :
registre des traitements, clauses de confidentialité, charte d’usage, consentement explicite.
Une non-conformité peut entraîner la suspension du financement.
4.9. Étape 8 — Écrire et présenter le dossier
La rédaction du dossier est un exercice d’équilibre entre clarté, rigueur et conviction.
Les financeurs apprécient les dossiers lisibles, logiques et argumentés.
La structure type comprend :
- Résumé exécutif : présentation synthétique (2 pages maximum).
- Contexte et diagnostic : démonstration du besoin.
- Objectifs et résultats attendus : indicateurs chiffrés.
- Méthodologie : description du parcours et des moyens mobilisés.
- Gouvernance : pilotage et partenariats.
- Budget prévisionnel : dépenses, cofinancements, plan de trésorerie.
- Évaluation : suivi, bilans, indicateurs d’impact.
👉 Conseil : rédigez d’abord un schéma logique de projet (problème → action → résultats → impact).
Cela vous aidera à éviter les incohérences narratives.
4.10. Étape 9 — Soumettre et suivre le projet
Après dépôt, le projet suit un processus d’instruction par la Région, la DREETS et France Travail.
Les dossiers sélectionnés font ensuite l’objet :
- d’une convention de financement,
- d’un planning d’exécution,
- et d’un reporting régulier (trimestriel ou semestriel).
Une fois signé, le projet devient un engagement contractuel :
vous devez exécuter ce qui a été validé, documenter chaque action, et transmettre les bilans dans les délais.
4.11. Étape 10 — Évaluer et capitaliser
L’évaluation n’arrive pas à la fin : elle doit être intégrée dès le début.
Elle permet de mesurer les effets réels et d’améliorer les pratiques.
L’évaluation se fait à trois moments :
- À chaud : à la fin de la formation (satisfaction, compétences acquises).
- À froid : 3 à 6 mois plus tard (emploi, maintien, satisfaction des entreprises).
- En bilan final : synthèse des données pour valoriser le projet et préparer le suivant.
👉 Bon réflexe : produire un rapport de capitalisation.
Ce document résume les réussites, les limites, les enseignements et les recommandations.
Il peut être réutilisé pour d’autres appels à projets.
4.12. Étape 11 — Éviter les erreurs fréquentes
Les erreurs les plus souvent observées dans les projets PRIC sont :
- des objectifs trop vagues (“aider à l’insertion” sans préciser comment) ;
- une absence d’ancrage territorial ;
- des indicateurs flous ou irréalistes ;
- des partenariats peu formalisés ;
- ou une mauvaise gestion de la trésorerie.
Chaque Région exige un suivi administratif strict : justificatifs, bilans, pièces comptables, attestations.
Anticiper ces exigences, c’est éviter les blocages et garantir la pérennité du projet.
4.13. Étape 12 — Pérenniser l’action au-delà du financement
Le PRIC est un levier, pas une fin.
Les projets les plus solides sont ceux qui créent une dynamique durable :
formation permanente, partenariat ancré, transfert de compétences, développement économique local.
Les Régions encouragent désormais les porteurs à prévoir dès la conception :
- une stratégie de pérennisation,
- un plan de communication,
- et une mise à l’échelle possible (essaimage sur d’autres territoires).
L’objectif n’est plus seulement de former 50 ou 100 personnes, mais de créer un modèle reproductible.
Cette quatrième partie a permis de détailler la méthodologie complète pour concevoir, rédiger et piloter un projet PRIC conforme et performant.
Mais il reste une dimension essentielle :
→ comment chaque Région met concrètement en œuvre son PRIC,
→ quelles sont leurs priorités spécifiques,
→ et comment un porteur de projet peut se repérer selon son territoire.
La Partie 5 présentera donc chaque PRIC régional (2024-2027), avec un résumé clair des priorités, publics, secteurs et modalités d’accès.
Ce sera la partie la plus longue du dossier, et aussi la plus directement opérationnelle.
5. Les PRIC région par région (2024–2027)
5.1. Auvergne–Rhône–Alpes : former pour la relocalisation industrielle
La région Auvergne–Rhône–Alpes (AURA) est l’une des plus industrielles d’Europe.
Son PRIC 2024–2027 vise à reconnecter la formation avec les besoins de l’économie productive.
Objectifs principaux
- Anticiper les besoins en compétences dans l’industrie, le numérique et la santé.
- Accompagner les publics en difficulté d’insertion, notamment les jeunes et les bénéficiaires du RSA.
- Renforcer la territorialisation : chaque bassin d’emploi doit piloter ses propres parcours.
Publics ciblés
Jeunes sans diplôme, chômeurs de longue durée, travailleurs handicapés, personnes en reconversion industrielle.
Secteurs prioritaires
Industrie, métallurgie, logistique, BTP, santé, numérique et économie verte.
Points clés du PRIC
AURA mise sur des parcours intégrés emploi–formation, soutenus par l’AFEST et la montée en compétence des petites entreprises.
Les appels à projets régionaux sont publiés sur le site de la Région et le Carif-Oref ARA.
La Région favorise les partenariats entre OF, entreprises et acteurs économiques territoriaux.
5.2. Bourgogne–Franche–Comté : sécuriser les parcours et les transitions
En Bourgogne–Franche–Comté (BFC), le PRIC s’articule autour d’une idée forte : la sécurisation des parcours professionnels.
Objectifs principaux
- Lutter contre les ruptures de parcours et l’abandon de formation.
- Développer les compétences dans les secteurs industriels et agricoles.
- Favoriser la montée en compétence dans les territoires ruraux.
Publics ciblés
Personnes sans qualification, jeunes sortis du système scolaire, salariés fragilisés, publics en reconversion.
Secteurs prioritaires
Agroalimentaire, métallurgie, santé, BTP, services à la personne, numérique.
Points clés
Le PRIC BFC insiste sur l’importance de la modularisation des parcours et de l’accompagnement individualisé.
Des programmes spécifiques ciblent les transitions professionnelles, notamment via des plateformes emploi-compétences cofinancées avec les OPCO.
5.3. Bretagne : la transition écologique comme moteur de formation
La Bretagne a construit son PRIC autour d’un principe : “former pour transformer”.
La région lie la montée en compétences à la transition énergétique et maritime.
Objectifs principaux
- Accompagner la mutation écologique et numérique des entreprises.
- Soutenir la formation dans les métiers porteurs : mer, agriculture durable, numérique.
- Développer les compétences de base et lutter contre l’illettrisme et l’illectronisme.
Publics ciblés
Demandeurs d’emploi, jeunes, personnes en insertion, femmes souhaitant accéder à des métiers techniques.
Secteurs prioritaires
Transition énergétique, numérique, mer et pêche, agroalimentaire, santé.
Points clés
La Bretagne privilégie les parcours de proximité et la mixité des publics.
Des appels à projets réguliers sont publiés par la Région et le GREF Bretagne (Carif-Oref).
Le PRIC soutient aussi des expérimentations sur l’AFEST dans les TPE.
5.4. Centre–Val de Loire : rapprocher la formation des territoires ruraux
Le Centre–Val de Loire se caractérise par une forte disparité territoriale.
Son PRIC vise à renforcer l’accès à la qualification dans les zones rurales et périurbaines.
Objectifs
- Donner un premier niveau de qualification à tous les publics éloignés.
- Structurer une offre de formation itinérante.
- Améliorer la visibilité des dispositifs auprès des entreprises.
Publics ciblés
Jeunes décrocheurs, personnes sans qualification, salariés peu qualifiés, demandeurs d’emploi longue durée.
Secteurs prioritaires
Industrie, logistique, services à la personne, numérique, agriculture.
Points clés
La Région déploie des “campus mobiles de formation” dans les territoires peu couverts.
Elle favorise les projets associant France Travail, les Missions locales et les organismes de formation de proximité.
5.5. Corse : lever les freins à la formation insulaire
La Corse est confrontée à des problématiques spécifiques : isolement géographique, saisonnalité de l’emploi et coût de la mobilité.
Le PRIC corse 2024–2027 met l’accent sur l’égalité d’accès.
Objectifs
- Faciliter la formation à distance et hybride.
- Soutenir les filières saisonnières (tourisme, agriculture).
- Former à la transition énergétique et au numérique.
Publics ciblés
Jeunes sans emploi, femmes en reconversion, travailleurs saisonniers, personnes handicapées.
Secteurs prioritaires
Tourisme durable, agriculture, bâtiment, numérique, santé.
Points clés
La Corse développe une stratégie de formation décentralisée avec des antennes locales et un fort recours à la visioconférence.
Des financements spécifiques sont prévus pour les projets favorisant la mobilité insulaire et la formation en alternance.
5.6. Grand Est : la coopération transfrontalière comme levier
La région Grand Est partage des frontières avec quatre pays.
Son PRIC fait de cette position une opportunité stratégique.
Objectifs
- Anticiper les besoins dans les métiers en tension liés à l’industrie et à la logistique.
- Valoriser la coopération transfrontalière avec le Luxembourg, l’Allemagne et la Belgique.
- Soutenir les reconversions liées à la transition écologique.
Publics ciblés
Travailleurs frontaliers, demandeurs d’emploi, salariés en reconversion.
Secteurs prioritaires
Industrie, transport, logistique, santé, numérique, économie verte.
Points clés
Le PRIC Grand Est s’appuie sur les observatoires transfrontaliers des métiers et sur des projets financés conjointement par le FSE+.
Des formations transfrontalières expérimentales ont été lancées avec les OPCO interrégionaux.
5.7. Île-de-France : inclusion, numérique et services essentiels
Région la plus peuplée de France, l’Île-de-France concentre de fortes inégalités sociales et territoriales.
Le PRIC 2024–2027 s’attache à réduire ces écarts.
Objectifs
- Favoriser l’accès à la formation des publics des quartiers prioritaires.
- Soutenir les métiers en tension dans la santé, la propreté, la sécurité et le numérique.
- Développer la formation par l’AFEST et l’apprentissage.
Publics ciblés
Jeunes sans emploi, femmes éloignées du marché du travail, bénéficiaires du RSA.
Secteurs prioritaires
Numérique, santé, propreté, sécurité, logistique, bâtiment.
Points clés
La Région met en œuvre des formations modulaires et de courte durée, adaptées aux réalités métropolitaines.
Des partenariats avec les départements et la Métropole du Grand Paris facilitent la coordination.
5.8. Normandie : l’industrie du futur et la transition maritime
Le PRIC Normandie 2024–2027 vise à concilier modernisation industrielle et transition écologique.
Objectifs
- Accompagner les reconversions industrielles.
- Développer les compétences dans l’économie maritime et portuaire.
- Promouvoir les métiers de la transition énergétique.
Publics ciblés
Salariés en reconversion, jeunes, demandeurs d’emploi, bénéficiaires du RSA.
Secteurs prioritaires
Industrie, maintenance, énergies marines renouvelables, logistique, numérique.
Points clés
La Région soutient la montée en compétence des entreprises locales via des plateformes régionales de formation mutualisées et des programmes AFEST inter-entreprises.
5.9. Nouvelle-Aquitaine : inclusion, numérique et ruralité
Avec son vaste territoire, la Nouvelle-Aquitaine mise sur une approche différenciée entre zones urbaines et rurales.
Objectifs
- Former dans les territoires éloignés de l’emploi.
- Soutenir la transition numérique et écologique.
- Expérimenter de nouvelles pédagogies (AFEST, apprentissage hybride).
Publics ciblés
Jeunes, seniors, femmes en reconversion, personnes éloignées du numérique.
Secteurs prioritaires
Numérique, BTP durable, santé, tourisme, agriculture.
Points clés
La Région met en avant les maisons de l’emploi et de la formation comme relais d’accès aux dispositifs.
Les appels à projets sont publiés sur le site de la Région et sur Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine.
5.10. Occitanie : “former, accompagner, insérer”
L’Occitanie a construit un PRIC ambitieux fondé sur la devise :
“Chaque citoyen doit pouvoir se former près de chez lui.”
Objectifs
- Développer les compétences dans les métiers d’avenir (aéronautique, santé, transition énergétique).
- Soutenir les parcours des jeunes sans qualification.
- Lutter contre l’illettrisme et favoriser l’inclusion numérique.
Publics ciblés
Jeunes, personnes sans diplôme, publics éloignés du numérique.
Secteurs prioritaires
Aéronautique, santé, bâtiment durable, numérique, mobilité.
Points clés
La Région déploie un réseau de Maisons de la Région qui servent de guichet unique pour les formations PRIC.
Les projets favorisant la mobilité durable et les compétences vertes sont prioritaires.
5.11. Provence–Alpes–Côte d’Azur : l’emploi durable au cœur du PRIC
Le PRIC Provence–Alpes–Côte d’Azur (PACA) se concentre sur la relation directe entre formation et emploi durable.
Objectifs
- Former pour des métiers à fort potentiel d’embauche.
- Renforcer la qualité des parcours et l’accompagnement post-formation.
- Soutenir les transitions numériques et environnementales.
Publics ciblés
Demandeurs d’emploi, jeunes, personnes en situation de précarité.
Secteurs prioritaires
Tourisme, santé, bâtiment, numérique, énergie.
Points clés
Le PRIC PACA encourage les partenariats OF–entreprises–collectivités et soutient les actions de formation en alternance et AFEST.
Des fonds spécifiques sont mobilisés pour la formation inclusive dans les quartiers prioritaires.
5.12. Pays de la Loire : industrie, transition verte et inclusion
La Région Pays de la Loire mise sur une approche pragmatique centrée sur l’industrie et la transition écologique.
Objectifs
- Soutenir les filières industrielles et la reconversion des travailleurs.
- Promouvoir les métiers verts et numériques.
- Renforcer la formation dans les territoires éloignés.
Publics ciblés
Salariés fragilisés, jeunes sans qualification, demandeurs d’emploi longue durée.
Secteurs prioritaires
Industrie, numérique, bâtiment, énergies renouvelables, services à la personne.
Points clés
La Région développe des clusters emploi-compétences par filière, avec un suivi fin des parcours.
Les OF doivent démontrer leur contribution à l’emploi local dans leurs dossiers PRIC.
5.13. Outre-mer : inclusion, mobilité et adaptation
Les régions et territoires ultramarins (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) ont des PRIC spécifiques, adaptés à leurs contextes insulaires.
Objectifs
- Renforcer les compétences de base.
- Créer des passerelles entre formation et emploi.
- Faciliter la mobilité et la formation à distance.
Publics ciblés
Jeunes sans qualification, femmes, travailleurs informels, demandeurs d’emploi de longue durée.
Secteurs prioritaires
Tourisme, agriculture, artisanat, santé, transition énergétique.
Points clés
Les PRIC ultramarins mettent l’accent sur la formation de proximité, l’autonomie numérique et la mobilité régionale.
Les partenariats avec le Fonds social européen (FSE+) sont déterminants.
Nous avons maintenant une vue d’ensemble complète de tous les PRIC régionaux.
La Partie 6 viendra conclure le dossier avec :
- une synthèse nationale des tendances et réussites,
- une check-list pratique pour les porteurs de projets,
- une FAQ claire,
- et la liste des sources et ressources pour aller plus loin.
6. Synthèse, check-list et FAQ
6.1. Synthèse nationale : le PIC et les PRIC, une alliance entre État et territoires
Le Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC) et les Pactes Régionaux d’Investissement dans les Compétences (PRIC) constituent aujourd’hui le socle d’une politique publique majeure : celle du développement des compétences pour l’emploi durable.
En 2025, ils incarnent une nouvelle gouvernance de la formation professionnelle, fondée sur la coopération entre l’État, les Régions et les acteurs économiques.
Une politique d’investissement, pas de dépense
Le PIC a été pensé comme un plan de transformation structurelle, visant à faire de la formation un investissement productif, au même titre que les infrastructures ou la recherche.
En investissant dans le capital humain, l’État et les Régions cherchent à créer un effet multiplicateur sur l’emploi, la compétitivité et la cohésion sociale.
Une territorialisation réussie
Les PRIC ont permis de rapprocher la stratégie nationale des besoins locaux.
Chaque région a pu :
- adapter ses priorités selon ses métiers en tension ;
- cibler les publics les plus fragiles ;
- mobiliser ses propres réseaux d’acteurs.
Cette territorialisation a transformé le PIC en une mosaïque d’actions concrètes, cohérentes mais différenciées.
Des résultats mesurables, mais encore inégaux
Entre 2018 et 2023, le PIC a permis la formation de plus de 2 millions de personnes, mais les résultats sur l’emploi durable varient selon les territoires.
Certaines régions (Bretagne, Grand Est, Occitanie) ont développé des démarches intégrées formation–emploi très performantes, tandis que d’autres peinent à atteindre leurs cibles d’insertion.
Les PRIC 2024–2027 cherchent à corriger ces écarts en introduisant :
- des indicateurs plus exigeants,
- un suivi à 3 et 6 mois,
- et une évaluation indépendante systématique.
Une gouvernance plus mature
Les PRIC 2024–2027 marquent aussi une évolution de la gouvernance :
les Régions ne sont plus de simples opératrices, mais de véritables stratèges des compétences.
L’État joue un rôle de garant de la cohérence et de l’évaluation, tandis que les acteurs de terrain (OF, CFA, entreprises, missions locales) assurent la mise en œuvre opérationnelle.
Un enjeu de justice sociale et territoriale
Les PRIC incarnent aussi une ambition sociale : celle de former celles et ceux qui n’avaient pas accès à la formation.
Ils favorisent l’inclusion, la mixité, la formation des femmes dans les métiers techniques, et la lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme.
Ils contribuent à rendre la formation plus équitable, plus accessible et plus utile.
Un lien renforcé entre formation et emploi
La logique des PRIC repose sur une conviction simple :
Former sans débouché professionnel ne sert ni le stagiaire ni le territoire.
Chaque parcours doit donc mener vers un métier identifié, un besoin réel, une insertion durable.
C’est ce qui différencie le PRIC d’un simple plan de formation : c’est une stratégie de compétitivité territoriale.
6.2. Les grandes tendances observées (2024–2027)
À la lecture de l’ensemble des PRIC régionaux, plusieurs tendances fortes émergent.
1. Le recentrage sur les métiers de la transition
Partout en France, la transition écologique et numérique guide les priorités.
Les métiers dits “verts” et “greentech” occupent une place centrale : bâtiment durable, énergies renouvelables, maintenance industrielle, agriculture responsable.
Le numérique est transversal : il irrigue toutes les filières.
2. La priorité aux publics fragiles
Tous les PRIC ciblent les jeunes sans diplôme, les bénéficiaires du RSA, et les demandeurs d’emploi longue durée.
Les Régions renforcent le repérage et la mobilisation via des programmes comme 100 % Inclusion ou Repérer et mobiliser les invisibles.
3. La modularisation et la flexibilité
Les PRIC 2024–2027 privilégient les formations modulaires, permettant des entrées et sorties permanentes, adaptées à des parcours discontinus.
Cette souplesse favorise la montée en compétence progressive et l’articulation avec les emplois saisonniers ou à temps partiel.
4. L’AFEST et l’apprentissage au cœur
L’AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) est devenue un levier majeur pour rapprocher la formation du réel.
Les Régions encouragent aussi la mixité apprentissage–formation continue, notamment pour les jeunes adultes et les demandeurs d’emploi.
5. L’évaluation comme culture partagée
Les nouvelles conventions PRIC introduisent une culture de l’évaluation permanente.
Les opérateurs doivent désormais prouver leur impact, pas seulement leur activité.
Cette logique transforme les pratiques : elle renforce la professionnalisation des acteurs et la transparence de la dépense publique.
6.3. Les enseignements clés pour les porteurs de projet
1. Le PRIC est une opportunité, mais exigeant
Les appels à projets PRIC sont compétitifs : seules les structures capables de démontrer leur capacité à délivrer des résultats sont retenues.
Les projets doivent être concrets, territorialisés et co-construits avec des entreprises.
2. L’ancrage territorial est déterminant
Un projet sans lien avec le territoire a peu de chances d’être financé.
Les Régions attendent des projets co-élaborés avec les acteurs locaux : OPCO, missions locales, collectivités, clusters, etc.
3. La logique de parcours remplace la logique de session
Les financeurs n’achètent plus des heures de formation, mais des parcours d’accès à l’emploi.
Chaque bénéficiaire doit être suivi du diagnostic initial jusqu’à l’emploi durable.
4. L’évaluation et la traçabilité sont incontournables
Tout projet PRIC doit intégrer un système de suivi des indicateurs, de capitalisation et de reporting dès le démarrage.
C’est souvent sur ce point que se joue le renouvellement d’un projet.
5. La qualité et la conformité ne sont pas optionnelles
La certification Qualiopi, la conformité RGPD, et la capacité à gérer des fonds publics selon les règles du Code de la commande publique sont des prérequis absolus.
6.4. Check-list opérationnelle pour préparer un projet PRIC
- Lire la convention PRIC de sa région : identifier les publics, les secteurs et les indicateurs prioritaires.
- Analyser le territoire : besoins en emploi, métiers en tension, offres existantes.
- Formuler la problématique : explicite, mesurable et fondée sur des données.
- Construire un parcours complet : diagnostic, remise à niveau, formation, immersion, suivi à 3 et 6 mois.
- Associer des partenaires : entreprises, OPCO, missions locales, associations, France Travail.
- Créer une gouvernance solide : comité de pilotage, cellule de suivi, reporting partagé.
- Garantir la conformité : Qualiopi, RGPD, traçabilité financière.
- Prévoir l’évaluation dès le départ : indicateurs, bilans, retours qualitatifs.
- Assurer la pérennité : modèle reproductible, ancrage territorial durable.
- Documenter chaque étape : preuves, bilans, témoignages, supports pédagogiques.
6.5. Foire aux Questions (FAQ)
Peut-on postuler directement au PIC ?
Non. Le PIC est un plan national, pas un dispositif d’appel à projets.
Les candidatures passent uniquement par les PRIC régionaux, gérés par les Régions en lien avec l’État.
Où trouver les appels à projets PRIC ?
Sur les sites des Conseils régionaux, des Carif-Oref, et de France Travail.
Centre Inffo centralise également les liens vers les pages régionales.
Faut-il être un organisme de formation pour candidater ?
Pas obligatoirement.
Les associations, entreprises, collectivités ou structures d’insertion peuvent être porteuses, à condition de travailler avec un organisme de formation certifié Qualiopi.
Quels publics sont prioritaires ?
Les jeunes sans qualification, les bénéficiaires du RSA, les demandeurs d’emploi longue durée, les personnes en situation de handicap et les travailleurs précaires.
Quelles formations sont financées ?
Celles qui mènent vers un emploi durable ou une qualification reconnue (titre RNCP ou bloc RS).
Les formations purement générales ou non professionnalisantes ne sont pas éligibles.
Quelle durée maximale pour un projet ?
Les projets PRIC sont en général pluriannuels (2 à 3 ans), mais les financements sont versés annuellement selon les résultats.
Les régions d’outre-mer ont-elles leurs propres PRIC ?
Oui. Chaque territoire ultramarin dispose d’une convention spécifique adaptée à ses contraintes locales et soutenue par des financements FSE+ complémentaires.
Les projets innovants sont-ils favorisés ?
Oui, à condition qu’ils répondent à un besoin réel et qu’ils soient évaluables.
Les PRIC encouragent les expérimentations pédagogiques (AFEST, numérique, pairagogie).
Quels indicateurs sont exigés ?
Au minimum : taux d’accès à la formation, taux de certification, taux d’insertion à 3 et 6 mois, satisfaction des bénéficiaires, suivi par public prioritaire.
6.6. Sources et ressources
Sources institutionnelles :
- Ministère du Travail, du Plein Emploi et de l’Insertion — Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC), dossiers officiels (2018–2025).
- DGEFP — Rapports de pilotage et conventions État–Régions 2024–2027.
- DARES (2025) — Évaluation nationale du PIC et du dispositif PRIC.
- Cour des comptes (2025) — Évaluation du Plan d’investissement dans les compétences.
- Régions de France (2024–2025) — Conventions régionales PRIC.
Ressources pratiques :
- Centre Inffo, rubrique Actions dans les territoires / Pactes régionaux d’investissement dans les compétences.
- Carif-Oref régionaux : plateformes d’informations et appels à projets.
- France Travail, rubrique Formations et dispositifs d’insertion.
- FSE+ France, pour les cofinancements européens.
Références d’évaluation :
- Comité scientifique du PIC (avril 2025) — Rapport d’impact et d’apprentissage.
- France Compétences — Analyse de la complémentarité PIC–CPF–PRF.
- Insee, Dares, CEREQ — Observations des effets emploi-formation 2019–2024.
6.7. Conclusion générale
Le PIC et les PRIC forment un dispositif structurant qui a profondément transformé le paysage de la formation professionnelle en France.
Ils ont permis de territorialiser l’action publique, d’impliquer les entreprises, et d’accélérer la montée en compétences des publics éloignés de l’emploi.
Mais leur réussite dépend désormais de trois conditions :
- La continuité : maintenir un financement stable sur plusieurs cycles.
- La cohérence : articuler PRIC, PRF, FSE+ et CPF sans redondance.
- La confiance : simplifier les relations entre financeurs et porteurs, pour libérer l’énergie de terrain.
Le PRIC n’est pas un dispositif réservé à quelques experts :
c’est un outil collectif d’intérêt général, à la croisée de l’économie, de la pédagogie et de la solidarité.
En participant à un PRIC, un organisme ne “fait pas une formation”, il contribue à façonner l’avenir économique et social de son territoire.
