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Nouvelles attentes des apprenants et des entreprises : vers une formation plus agile et personnalisée

La formation professionnelle française s’est imposée depuis la loi fondatrice de 1971 comme un pilier de la compétitivité et de l’inclusion sociale. Après les réformes de 2014 et de 2018, le paysage a encore changé avec la conversion du Compte Personnel de Formation (CPF) en euros en 2019, offrant aux individus une autonomie inédite pour financer directement leurs parcours.

Ce bouleversement survient dans un contexte de mutations rapides des métiers, accélérées par la transition numérique, l’essor de l’intelligence artificielle (IA) et les impératifs environnementaux.

Le marché français représente aujourd’hui 30 à 35 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont plus de 2 milliards pour le seul CPF en 2024. On compte environ 145 000 organismes disposant d’un numéro de déclaration d’activité (NDA), 45 000 certifiés Qualiopi et près de 13 000 référencés sur Mon Compte Formation (EDOF).

Dans ce contexte, les modèles traditionnels – catalogues figés, sessions présentielles planifiées longtemps à l’avance – ne suffisent plus. Les apprenants exigent des parcours souples, personnalisés et immédiatement valorisables, tandis que les entreprises recherchent des résultats mesurables et un retour sur investissement rapide.

Cet article explore ces évolutions en trois étapes :
– les nouvelles attentes des apprenants,
– celles des entreprises,
– les conséquences stratégiques pour les organismes de formation.

1. Les apprenants de 2025 : des acteurs autonomes et exigeants

1.1 Individualisation et flexibilité

1.1.1 Choix et personnalisation

Le passage du CPF en euros a transformé la relation pédagogique.

Chaque individu peut désormais sélectionner un organisme, comparer les offres en ligne et s’inscrire directement via Mon Compte Formation.

Cette autonomie confère aux apprenants un rôle de client-acteur : ils choisissent, évaluent et parfois négocient leurs formations.

Selon une enquête Centre Inffo 2024, plus de 60 % des utilisateurs privilégient des parcours modulaires ou des formations courtes pour cibler des besoins précis.

La personnalisation ne se limite pas au contenu : les apprenants veulent définir la durée, l’ordre des modules, le niveau d’accompagnement et même les modalités d’évaluation.

En sciences de l’éducation, les recherches sur l’autodétermination montrent que cette liberté de choix renforce la motivation et la persévérance, à condition que l’organisme fournisse un cadre clair pour éviter la dispersion.

1.1.2 Hybridation des modalités

La flexibilité des formats est devenue un critère essentiel.

Le blended learning, qui combine présentiel et distanciel synchrone (classe virtuelle) ou asynchrone (e-learning), permet de concilier formation, activité professionnelle et vie personnelle.

Le mobile learning, accessible sur smartphone ou tablette, répond aux contraintes de mobilité et à la demande d’instantanéité.

Cette hybridation favorise également l’accessibilité pour les publics en situation de handicap ou géographiquement éloignés, en cohérence avec les normes RGAA et WCAG abordées dans Comprendre les normes d’accessibilité numérique.

Depuis la crise sanitaire, la possibilité de suivre un module en ligne puis de le compléter par un atelier en présentiel est devenue la norme attendue, une pratique que l’on retrouve dans les dispositifs AFEST, MOOC, e-learning et micro-learning.

1.2 Expérience d’apprentissage immersive et engageante

1.2.1 Influence des standards numériques

Habitués à l’ergonomie fluide des plateformes grand public (Netflix, YouTube) et à l’interactivité des jeux vidéo, les apprenants comparent leur parcours de formation à ces standards UX.

Ils attendent des interfaces claires, des parcours scénarisés et des interactions régulières avec les formateurs.

Les LMS (Learning Management Systems) doivent offrir la même fluidité de navigation et la même réactivité que les services de divertissement.

La moindre friction – connexion complexe, ressources mal organisées – peut entraîner un décrochage immédiat.

1.2.2 Outils de motivation et feedback en temps réel

Pour maintenir l’engagement, les organismes intègrent des mécanismes de gamification (badges, niveaux, défis) ou des serious games.

Les outils de learning analytics, déjà évoqués dans Data, learning analytics et IA générative, mesurent la progression et le temps de connexion, permettant d’envoyer des feedbacks personnalisés.

À l’instar des applications de sport, ces données facilitent l’auto-régulation de l’apprentissage et soutiennent la motivation.

L’essor de l’IA générative ouvre la voie à des parcours adaptatifs : l’algorithme ajuste les activités selon les performances, une pratique courante dans les MOOC internationaux et qui sera encadrée par l’IA Act.

1.3 Recherche de valeur et de reconnaissance des acquis

1.3.1 Certifications officielles et micro-credentials

La valeur d’une formation se mesure désormais à la reconnaissance des compétences.

Les apprenants privilégient les programmes débouchant sur des certifications inscrites au RNCP ou au Répertoire Spécifique, mais s’intéressent aussi aux micro-credentials européens et aux open badges, décrits dans Micro-certifications et Open Badges.

Cette granularité facilite la mobilité professionnelle et l’employabilité, en particulier pour les actifs en reconversion.

1.3.2 Retour sur investissement individuel

Dans un contexte économique incertain, la formation doit prouver son efficacité.

Les participants évaluent le ROI en termes d’employabilité, de progression salariale ou de sécurisation d’un projet de reconversion.

Un certificat reconnu, une attestation de compétences ou une évolution de poste deviennent des preuves tangibles qui orientent le choix des formations et conditionnent la satisfaction finale.

Cette exigence pousse les organismes à renforcer leurs dispositifs d’évaluation et à publier des résultats chiffrés sur l’insertion ou l’évolution professionnelle, en lien avec les obligations Qualiopi.

2. Les entreprises : efficacité, traçabilité et engagement sociétal

2.1 Alignement stratégique et formation « juste-à-temps »

2.1.1 Gestion prévisionnelle des compétences

La formation professionnelle n’est plus une simple dépense sociale : elle est devenue un levier de compétitivité directement relié à la stratégie de l’entreprise.

Les directions des ressources humaines s’appuient sur la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEP-P) pour anticiper les évolutions des métiers et identifier les compétences critiques.

Cette démarche, désormais obligatoire dans de nombreuses conventions collectives, impose une analyse prospective des besoins et un dialogue structuré avec les représentants du personnel.

Les observatoires de branche, les données de France Compétences et les études du Jaune budgétaire deviennent des outils clés pour repérer les métiers émergents (cybersécurité, intelligence artificielle, transition écologique) et planifier les actions de formation en conséquence.

Pour une méthodologie complète, voir La GEP-P : anticiper les compétences, sécuriser les parcours, transformer les organisations.

2.1.2 Réactivité face aux mutations

Au-delà de la planification, les entreprises attendent des formations juste-à-temps, capables de répondre à un besoin immédiat.

Qu’il s’agisse d’intégrer une nouvelle norme, de se conformer à une réglementation environnementale ou de maîtriser un outil numérique, les programmes doivent être déployés en quelques semaines, voire en quelques jours.

Les organismes qui savent proposer des modules courts, ciblés et adaptables aux contraintes opérationnelles gagnent un avantage décisif.

La crise sanitaire a démontré l’importance de cette réactivité : il a fallu, en urgence, former des milliers de salariés au télétravail, à la sécurité sanitaire et à de nouvelles pratiques managériales.

2.2 Mesure de la performance et obligation de résultats

2.2.1 Indicateurs de performance

La logique de financement évolue.

Les directions financières exigent désormais des données chiffrées : taux de complétion, progression des compétences, réduction du turnover, impact sur la productivité ou sur le chiffre d’affaires.

Ces indicateurs conditionnent le renouvellement des budgets et l’éligibilité aux financements publics.

Dans certains groupes, la validation d’un projet de formation dépend d’un business case comparable à celui d’un investissement matériel.

Les organismes de formation doivent donc produire des tableaux de bord précis, documentés et exploitables lors des audits des OPCO, de la Caisse des Dépôts ou de France Travail.

Pour des outils et méthodes d’analyse, voir Guide complet du BPF – campagne 2025.

2.2.2 Data et learning analytics

Les learning analytics deviennent un instrument incontournable.

En corrélant les données d’assiduité, de progression et de performance, ils permettent de démontrer l’impact réel des formations sur les résultats de l’entreprise.

Cette exploitation des données doit toutefois respecter le RGPD : consentement, limitation des finalités, sécurité des flux.

L’article Guide RGPD pour les OPAC détaille les précautions nécessaires pour utiliser ces données tout en restant conforme.


2.3 Intégration RSE, inclusion et durabilité

2.3.1 Accessibilité et inclusion

Les engagements de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) renforcent les exigences en matière d’accessibilité.

Les organismes doivent garantir la conformité aux normes RGAA et WCAG, désigner un référent handicap et adapter les supports pédagogiques pour accueillir tous les publics.

La loi Handicap de 2005, les obligations Qualiopi et les attentes des financeurs imposent des preuves documentées : transcription des vidéos, documents accessibles, aménagement des parcours.

Ces efforts, bien que coûteux, deviennent un critère de sélection dans les appels d’offres.

Pour un panorama complet des normes et obligations, voir Comprendre les normes d’accessibilité numérique.

2.3.2 Empreinte environnementale

La réduction de l’empreinte carbone figure désormais dans les cahiers des charges des grandes entreprises.
Les formations à distance, l’éco-conception des supports ou l’organisation de sessions hybrides permettent de limiter les déplacements et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Certaines entreprises exigent un bilan carbone pour chaque prestation, intégrant le nombre de participants, les kilomètres évités et la consommation énergétique des plateformes utilisées.

Les organismes capables de fournir ces données et d’engager des actions de compensation renforcent leur attractivité auprès des entreprises soumises au reporting extra-financier.

3. Conséquences et stratégies pour les organismes de formation

3.1 Refonte des offres et diversification des financements

3.1.1 Catalogues modulaires et blocs de compétences

Pour répondre à la demande croissante de parcours individualisés, les organismes refondent leurs catalogues autour de blocs de compétences.

Cette approche, prévue par la réglementation du RNCP et du Répertoire Spécifique, permet d’inscrire une formation en unités capitalisables et de proposer des certifications partielles reconnues par France Compétences.

Elle facilite l’adaptation aux appels d’offres, la mise en place de parcours personnalisés et la tarification à la carte.

Un salarié peut ainsi choisir un module spécifique (par exemple un bloc « management d’équipe ») sans suivre l’intégralité d’un diplôme, tout en conservant la possibilité de compléter ultérieurement les autres blocs pour obtenir la certification complète.

Cette logique modulaire est encouragée par l’Europe à travers le développement des micro-credentials, qui favorisent la transparence des compétences et leur portabilité.

3.1.2 Modèles économiques hybrides

La dépendance à un financeur unique – CPF, OPCO ou marché public – constitue désormais un risque majeur.

Les retards de paiement des OPCO, qui peuvent atteindre plusieurs mois, ou le déréférencement sur Mon Compte Formation exposent les organismes à des tensions de trésorerie.

Pour sécuriser leur activité, les structures diversifient leurs revenus :

  • B2C via le CPF pour les particuliers,
  • B2B intra-entreprise pour les grands comptes,
  • abonnements e-learning pour les PME ou les réseaux de franchises,
  • licences de contenus pour d’autres organismes ou partenaires internationaux.

Cette stratégie de financement mixte réduit la vulnérabilité face aux contrôles ou aux changements de réglementation.

Elle est en cohérence avec les recommandations issues du Jaune budgétaire, qui permet d’anticiper les priorités de financement public pour l’année à venir.

3.2 Transformation des compétences internes et gouvernance qualité

3.2.1 Montée en puissance des compétences numériques

L’hybridation des formations impose une montée en compétences des équipes.

Les formateurs doivent désormais maîtriser la scénarisation pédagogique multimodale, la création de contenus interactifs et l’utilisation des Learning Management Systems (LMS).

Ils doivent aussi connaître les obligations du RGPD et anticiper les futures exigences de l’IA Act, notamment pour les outils de recommandation pédagogique ou de génération de contenu.

Les coordinateurs pédagogiques, de leur côté, intègrent dès la conception des parcours les exigences Qualiopi pour éviter la duplication des démarches (Qualiopi, D2OF, Caisse des Dépôts, France Travail).

Des articles tels que IA & OPAC : innover sans se brûler les ailes ou Qualiopi 2025 : votre guide stratégique offrent des pistes pour anticiper ces changements.

3.2.2 Pilotage stratégique et veille prospective

La complexité réglementaire exige un pilotage intégré.

La mise en place d’un Système de Management de la Qualité (SMQ) permet de répondre simultanément aux exigences de Qualiopi, du D2OF, de la Caisse des Dépôts (Mon Compte Formation) et de France Travail, tout en évitant les redondances.

Le Jaune budgétaire est un outil précieux pour anticiper les orientations de la politique de l’emploi et de la formation professionnelle.

Il fournit des informations sur les budgets alloués, les priorités gouvernementales et les tendances de financement, permettant aux dirigeants d’organiser leur stratégie et leurs investissements.

3.3 Anticiper les mutations technologiques et réglementaires

3.3.1 Impact de l’IA Act et de l’IA générative

L’IA Act européen, dont la mise en application est prévue entre 2025 et 2026, classera les systèmes d’intelligence artificielle en plusieurs niveaux de risque.

Les organismes utilisant des outils d’IA pour recommander des parcours, analyser les données d’apprentissage ou générer des supports devront prouver la transparence des algorithmes, documenter les jeux de données d’entraînement et garantir une supervision humaine.

Cette obligation de traçabilité pourrait devenir un nouvel indicateur qualité, comparable à ceux de Qualiopi.

Parallèlement, l’IA générative ouvre des opportunités inédites pour produire rapidement des supports personnalisés, automatiser certaines évaluations ou analyser les feedbacks des apprenants.

Ces innovations doivent cependant être encadrées par une gouvernance éthique et une politique de protection des données renforcée.

3.3.2 Micro-credentials et blockchain

Les micro-credentials européens s’imposent progressivement comme un standard de reconnaissance des compétences.

Ils permettent de certifier des acquis ciblés et de faciliter la mobilité professionnelle à l’échelle du continent.

La blockchain pourrait à terme sécuriser ces certificats, en rendant les diplômes numériques infalsifiables et facilement partageables.

Plusieurs universités et organismes pilotes expérimentent déjà des diplômes inscrits dans une blockchain, préfigurant une nouvelle ère de traçabilité et de portabilité des acquis.

Conclusion

La formation professionnelle se situe au croisement de deux dynamiques :

  • l’autonomisation des apprenants, qui recherchent des parcours personnalisés, certifiants et à forte valeur ajoutée,
  • l’exigence de performance des entreprises, qui réclament des preuves d’efficacité, une réactivité immédiate et une cohérence avec leurs engagements sociétaux.

Pour les organismes de formation, ces évolutions représentent autant de défis que d’opportunités.

Ceux qui sauront combiner innovation pédagogique, rigueur qualité et agilité économique transformeront ces contraintes en leviers de croissance durable.

À l’horizon 2030, la généralisation des micro-credentials, l’intégration de la blockchain et l’application de l’IA Act redéfiniront les standards de qualité et la valeur des certifications.

Les acteurs capables d’anticiper ces changements, d’investir dans la data, l’IA et la gouvernance qualité, seront les mieux placés pour accompagner la montée en compétences de millions d’apprenants tout en sécurisant leur propre avenir.

FAQ – Nouvelles attentes des apprenants et des entreprises : vers une formation plus agile et personnalisée

Quelles sont les principales évolutions dans les attentes des apprenants ?

Les individus souhaitent des parcours personnalisés, modulables en durée et en contenu, et privilégient des formations hybrides mêlant présentiel, distanciel et mobile learning. Ils recherchent une expérience utilisateur fluide, comparable aux standards du numérique (Netflix, YouTube) et des preuves de reconnaissance comme les micro-credentials ou les certifications inscrites au RNCP.

Pourquoi les entreprises exigent-elles plus de flexibilité ?

Les organisations doivent faire face à des mutations rapides (transition numérique, écologique, réglementaire). Elles attendent des formations “juste-à-temps”, directement liées à leurs besoins opérationnels, avec des indicateurs de performance clairs (taux de complétion, impact sur les compétences, ROI).

Comment le CPF influence-t-il le comportement des apprenants ?

La conversion du CPF en euros a renforcé l’autonomie d’achat des individus, qui comparent les offres en ligne, choisissent leur organisme et s’inscrivent directement via Mon Compte Formation. Cette liberté pousse les organismes à soigner la qualité perçue et la lisibilité de leur offre.

Quel rôle jouent les technologies numériques dans cette évolution ?

Les learning analytics permettent de suivre la progression, d’ajuster les contenus en temps réel et de proposer des feedbacks personnalisés. L’intelligence artificielle ouvre la voie à des parcours adaptatifs et à la création rapide de supports pédagogiques sur mesure.

La recherche de reconnaissance officielle est-elle toujours déterminante ?

Oui. Les apprenants privilégient les formations débouchant sur des certifications reconnues (RNCP, Répertoire Spécifique) ou sur des micro-credentials européens. Ces preuves facilitent l’employabilité et la mobilité professionnelle.

Comment les organismes de formation peuvent-ils s’adapter ?

En refondant leurs catalogues en blocs de compétences, en diversifiant leurs financements (CPF, B2B, abonnements e-learning) et en investissant dans des outils numériques pour centraliser la gestion qualité (Qualiopi, RGPD) et l’expérience apprenant.

Quelles nouvelles exigences RSE impactent la formation ?

Les entreprises intègrent des critères liés à l’accessibilité (RGAA, WCAG), à l’inclusion et à la réduction de l’empreinte carbone (formations à distance, éco-conception des supports). Ces attentes deviennent déterminantes dans les appels d’offres.

Quel est l’impact sur le métier de formateur ?

Le formateur doit maîtriser la conception multimodale, l’animation en présentiel et en classe virtuelle, et l’exploitation des données pour piloter l’engagement et la réussite. L’IA générative l’incite à développer de nouvelles compétences en scénarisation et en analyse des données.

Quels indicateurs surveiller pour rester compétitif ?

Les taux de satisfaction, de progression des compétences, de certification, ainsi que les données de retour sur investissement (impact métier, mobilité interne) deviennent essentiels pour convaincre les financeurs publics et les clients privés.

Quelles perspectives à moyen terme ?

La généralisation des micro-credentials, l’arrivée de l’IA Act européen et la poursuite de la transition numérique imposeront aux organismes de formation une adaptation permanente pour rester éligibles aux financements et attractifs pour les apprenants comme pour les entreprises.

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