Alors que les mutations économiques, sociales et écologiques s’accélèrent, la formation professionnelle demeure un levier central de réponse aux inégalités d’accès à l’emploi, aux tensions de recrutement, et aux besoins en compétences émergents. Si de nombreux dispositifs nationaux irriguent ce champ – du CPF à la POEI en passant par les appels à projets France Travail – c’est bien au niveau régional que s’opèrent les arbitrages les plus concrets en matière d’offre de formation pour les publics éloignés de l’emploi.
Dans ce paysage, le Plan Régional de Formation (PRF) joue un rôle pivot. Instrument de planification et de financement, il traduit les choix stratégiques des Régions en matière d’accès à la qualification, d’adéquation emploi-formation, et de développement des compétences sur les territoires. Mis en œuvre via des marchés publics ou des conventions, le PRF permet à des milliers de demandeurs d’emploi de bénéficier chaque année de formations gratuites, certifiantes ou professionnalisantes, ciblées sur les métiers porteurs ou en tension.
Mais au-delà de ce rôle opérationnel, le PRF est aussi un outil de régulation, d’anticipation et d’innovation. Il articule les priorités économiques, les spécificités territoriales et les réalités sociales, tout en s’inscrivant dans des cadres budgétaires contraints. Il est soutenu par des financements mixtes (régionaux, étatiques, européens) parmi lesquels figure le « jaune budgétaire » annexé chaque année au projet de loi de finances, qui éclaire la participation de l’État à la politique régionale de formation.
Cet article propose une exploration complète et détaillée du PRF : ses fondements, ses objectifs, ses modalités, ses articulations avec les autres dispositifs (PRIC, CPF, OPCO…), ses enjeux actuels, et ses perspectives d’évolution.
1. Définition et cadre juridique du PRF
Le Plan Régional de Formation (PRF) est le principal dispositif de financement de la formation professionnelle des demandeurs d’emploi au niveau régional. Il est conçu, financé et piloté par chaque Conseil régional, dans le cadre de ses compétences exclusives en matière de formation des personnes en recherche d’emploi, attribuées depuis la loi du 13 août 2004 et confortées par la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) du 7 août 2015.
1.1 – Cadre législatif
Le socle juridique du PRF est défini aux articles L6121-1 à L6121-4 du Code du travail, qui précisent les missions de la Région :
« La région définit et met en œuvre la politique de formation professionnelle des personnes à la recherche d’un emploi. Elle organise à cette fin des actions de formation professionnelle et en assure le financement. »
— Article L6121-1, Code du travail
La Région élabore son PRF en cohérence avec :
- le Contrat de plan État-Région (CPER) ;
- les orientations du Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) ;
- et surtout le Contrat de plan régional de développement des formations et de l’orientation professionnelles (CPRDFOP), principal document de pilotage régional sur les questions emploi-formation-orientation.
1.2 – Définition opérationnelle
Le PRF est donc à la fois :
- Un cadre stratégique : il reflète les choix régionaux en matière de secteurs prioritaires, de publics ciblés, de priorités d’insertion.
- Un dispositif financier : il regroupe les crédits affectés aux formations des publics sans emploi, sous forme d’achats de places auprès d’organismes de formation.
- Un levier de structuration de l’offre : via les appels d’offres, la Région sélectionne les prestataires, fixe les volumes, les zones géographiques, les niveaux de certification visés.
Il permet ainsi de planifier une offre de formation cohérente avec les besoins des bassins d’emploi, et de garantir un accès gratuit à des parcours qualifiants ou professionnalisants pour les personnes les plus éloignées du marché du travail.
1.3 – Publics cibles
Le PRF s’adresse principalement à :
- Les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, avec ou sans indemnisation ;
- Les jeunes sortis du système scolaire sans qualification, parfois dans le cadre de dispositifs conjoints avec les Missions locales ;
- Les bénéficiaires du RSA, dans certaines régions ayant conclu des conventions avec les Conseils départementaux ;
- Les personnes en reconversion ou en recherche d’évolution, sous certaines conditions validées par les prescripteurs.
Dans tous les cas, le PRF s’inscrit dans une logique d’insertion durable et de réduction des inégalités d’accès à la qualification.
2. Objectifs stratégiques du PRF
Le Plan Régional de Formation n’est pas un simple catalogue de stages. Il est au cœur d’une vision stratégique portée par chaque région, avec des finalités économiques, sociales et territoriales. Son objectif est clair : conjuguer efficacité de l’action publique et équité dans l’accès à la qualification.
Objectif 1 – Répondre aux besoins en compétences des territoires
Chaque région élabore son PRF en s’appuyant sur une analyse fine des tensions sur le marché du travail. Cela inclut :
- les diagnostics des observatoires régionaux emploi-formation (OREF) ;
- les données de France Travail sur les offres non pourvues ;
- les priorités définies dans le PRIC (Pacte régional d’investissement dans les compétences) ou le CPRDFOP.
Exemples :
- En Occitanie, des places sont fléchées sur les métiers du bâtiment liés à la rénovation énergétique.
- En Bretagne, l’agroalimentaire bénéficie d’actions sur mesure co-construites avec les branches.
Objectif 2 – Réduire les inégalités d’accès à la formation
Le PRF est un outil de justice sociale territoriale. Il vise à corriger les déséquilibres d’accès :
- entre zones urbaines et zones rurales ;
- entre demandeurs d’emploi qualifiés et peu qualifiés ;
- entre publics français et primo-arrivants ;
- entre publics autonomes et publics en difficulté d’apprentissage ou de mobilité.
Cela passe par :
- des actions de remise à niveau ou de formation de base (lutte contre l’illettrisme, FLE…) ;
- des actions de préparation à l’entrée en formation qualifiante ;
- la gratuité des formations et des frais annexes (transport, hébergement, restauration).
Objectif 3 – Soutenir les transitions professionnelles
Les mutations en cours (écologique, numérique, sanitaire, industrielle) nécessitent des compétences nouvelles. Le PRF permet aux Régions d’investir dans la reconversion ou l’adaptation des compétences :
- reconversion des anciens métiers industriels vers les métiers de la fibre, du numérique ou de la robotique ;
- développement de formations sur les métiers du soin et de l’accompagnement, dans un contexte de vieillissement de la population.
Le PRF devient ainsi un outil d’anticipation et de sécurisation des parcours, complémentaire du CPF ou du PTP (Projet de transition professionnelle).
Objectif 4 – Soutenir le développement économique local
En finançant des formations ciblées sur les métiers porteurs, le PRF renforce la compétitivité des entreprises locales. Il alimente les viviers de recrutement, réduit les pénuries de main-d’œuvre et favorise l’attractivité des territoires. Il s’inscrit aussi dans les politiques de revitalisation (ZRR, QPV, reconquête industrielle…).
3. Modalités de mise en œuvre du PRF
Le Plan Régional de Formation ne repose pas sur une logique de guichet, mais sur un dispositif de programmation contractualisée, structuré par des procédures d’achat public et des conventions pluriannuelles. Sa mise en œuvre reflète une combinaison entre logique de planification, exigences de qualité, territorialisation de l’offre et innovation pédagogique.
3.1 – Appels d’offres régionaux
Chaque région publie des marchés publics ou des appels à projets pour mettre en œuvre son PRF. Ceux-ci définissent :
- les objectifs et publics cibles par lot ou axe prioritaire ;
- les référentiels attendus (RNCP, RS, formations métiers, modules préqualifiants…) ;
- les exigences pédagogiques (individualisation, modularisation, accompagnement renforcé…) ;
- les territoires ou bassins concernés ;
- les volumes de places à former.
Ces appels sont souvent pluriannuels (3 ou 4 ans), avec des remises en concurrence par lots. Certains dispositifs peuvent être complétés par des conventions ciblées (ex. : dispositifs expérimentaux, formations prioritaires sur tensions majeures).
3.2 – Référencement et conventionnement des organismes de formation
Pour répondre aux marchés du PRF, les organismes doivent :
- être déclarés et certifiés Qualiopi (obligatoire) ;
- avoir des capacités logistiques et pédagogiques sur le territoire visé ;
- démontrer leur capacité à insérer les bénéficiaires durablement, à travers les bilans d’insertion, les partenariats avec les employeurs, etc.
Une fois retenus, ils signent une convention ou un bon de commande précisant :
- le nombre de places attribuées ;
- les indicateurs de suivi et d’évaluation ;
- les obligations de traçabilité et de reporting (Kairos, Extranet régional, tableaux de bord…).
3.3 – Modalités pédagogiques et ingénierie de parcours
Le PRF valorise des approches de plus en plus individualisées :
- modularisation : séquences capitalisables, entrée/sortie permanente ;
- hybridation : présence, distanciel synchrone/asynchrone, FOAD ;
- AFEST : lorsque possible, les Régions peuvent intégrer des modules AFEST pour certaines filières ;
- badges de compétences : dans certaines expérimentations (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, etc.) ;
- parcours intégrés : formation + remise à niveau + accompagnement vers l’emploi.
Le suivi des parcours est souvent structuré via des outils numériques (Kairos, plateformes régionales, Extranet des OF), avec parfois des obligations d’échanges avec les prescripteurs (France Travail, Missions locales, Cap emploi…).
3.4 – Suivi, pilotage et évaluation
Les organismes sont tenus de produire régulièrement :
- des reportings quantitatifs et qualitatifs (taux d’abandon, de certification, de retour à l’emploi) ;
- des bilans pédagogiques intermédiaires et finaux ;
- des retours d’expérience (REX) en cas d’expérimentation ou d’innovation pédagogique.
Certaines Régions imposent une évaluation à froid à 6 mois, ou des enquêtes d’impact à plus long terme, intégrées dans leur démarche qualité régionale.
4. Publics éligibles au PRF
Le Plan Régional de Formation s’adresse à un large éventail de personnes éloignées de l’emploi ou ayant besoin de se qualifier. Toutefois, il ne s’agit pas d’un droit ouvert : l’accès au PRF est généralement conditionné à une prescription, un positionnement préalable et à l’éligibilité définie dans le cadre régional.
4.1 – Les publics cibles du PRF
Les Régions fixent leurs propres priorités, mais on retrouve plusieurs catégories récurrentes :
a) Les demandeurs d’emploi
- Inscrits ou non à France Travail (l’inscription est fortement recommandée, mais pas toujours obligatoire selon les régions).
- Sans condition d’indemnisation (ARE, RSA, ASP, etc.).
- Ayant un projet validé de formation ou de reconversion professionnelle.
b) Les jeunes peu ou pas qualifiés
- Sortants précoces du système scolaire.
- Jeunes suivis par les Missions locales.
- Bénéficiaires de dispositifs comme le CEJ (Contrat d’engagement jeune).
c) Les bénéficiaires du RSA
- Dans le cadre de conventions Région–Départements.
- Avec un accompagnement spécifique (par les conseils départementaux, ou en co-prescription avec France Travail).
d) Les personnes en reconversion ou en transition professionnelle
- Suite à un licenciement économique, un arrêt maladie de longue durée, une maternité, ou une inaptitude.
- Dans certains cas, en complémentarité avec le CPF, le PTP ou des dispositifs régionaux.
e) Les personnes en situation de handicap
- Sur prescription de Cap Emploi ou de structures spécialisées.
- Avec des aménagements de parcours financés en partie par l’Agefiph ou les Régions.
f) Les publics spécifiques selon les priorités régionales
- Primo-arrivants ou réfugiés.
- Femmes en retour à l’emploi.
- Travailleurs saisonniers en reconversion.
- Seniors de +50 ans.
- Travailleurs non indemnisés (anciens indépendants, etc.).
4.2 – Conditions d’éligibilité
- Résidence dans la région (ou dans un département ultramarin rattaché).
- Disponibilité pour suivre la formation.
- Projet validé dans le cadre d’un entretien avec un prescripteur habilité.
- Non-cumul avec certains financements (ex. : certaines formations CPF déjà engagées).
4.3 – Le rôle clé des prescripteurs
L’accès au PRF passe obligatoirement par une prescription validée. Les principaux prescripteurs sont :
- France Travail (anciennement Pôle emploi) ;
- les Missions locales ;
- les Cap emploi (pour les personnes en situation de handicap) ;
- les Conseils départementaux (dans le cadre du RSA) ;
- d’autres structures conventionnées par la Région.
Le prescripteur évalue la pertinence du projet, la motivation du candidat, et oriente vers une formation du PRF disponible, en lien avec l’organisme retenu.
Un positionnement pédagogique peut ensuite être organisé avec l’OF, afin d’ajuster le parcours (entrée directe, remise à niveau préalable, adaptation de rythme…).
5. Articulations du PRF avec les autres dispositifs
Le Plan Régional de Formation est l’un des maillons d’une chaîne complexe de dispositifs nationaux, régionaux et européens. Sa complémentarité avec les autres outils est à la fois stratégique pour les Régions et décisive pour les parcours des apprenants. Bien coordonner ces dispositifs permet d’éviter les ruptures, les doublons… et les pertes de chance.
5.1 – Avec le Pacte Régional d’Investissement dans les Compétences (PRIC)
Le PRIC, signé entre l’État et les Régions depuis 2018, vise à financer des actions innovantes ou massives de formation pour les publics les plus éloignés de l’emploi.
Le PRF constitue l’un des principaux canaux de mise en œuvre du PRIC, en intégrant des actions ciblées :
- formations expérimentales ;
- parcours personnalisés renforcés ;
- modularisation et individualisation poussées ;
- actions hybrides, intégrant remise à niveau, coaching, AFEST, etc.
Dans certaines régions, des lots spécifiques « PRIC » sont intégrés directement dans les marchés PRF.
5.2 – Avec le CPF et les dispositifs individuels
Le CPF (Compte Personnel de Formation) est un outil individuel et national, tandis que le PRF est un outil collectif et régional.
Complémentarité possible :
- Le PRF prend en charge des publics qui n’ont pas ou peu de droits CPF.
- Un parcours PRF peut inclure une certification éligible au CPF, facilitant une suite de parcours financée individuellement.
- Certaines Régions cofinancent des actions CPF pour les demandeurs d’emploi (via le CPF co-construit ou l’abondement régional).
Attention : un bénéficiaire ne peut pas être conjointement financé par le CPF et le PRF pour la même action, sauf montage spécifique validé par les parties.
5.3 – Avec les OPCO et le plan de développement des compétences
Le PRF concerne les demandeurs d’emploi, mais il peut :
- intégrer des formations mixtes (par exemple : une moitié de groupe en PRF, l’autre financée par un OPCO) ;
- préparer à l’entrée en alternance (prépa apprentissage, remise à niveau, etc.) ;
- servir de passerelle vers un contrat de professionnalisation ou un contrat d’apprentissage, financé ensuite par l’OPCO.
Certaines Régions conditionnent l’entrée en alternance à un tronc commun PRF pour les publics fragiles.
5.4 – Avec l’AFEST et la VAE
- Le PRF peut inclure des modules en situation de travail (AFEST), notamment dans les secteurs en tension.
- Des expérimentations PRF intègrent également des parcours de VAE accompagnée, notamment pour les publics expérimentés mais sans diplôme.
Ces articulations nécessitent une ingénierie précise entre la Région, l’OF, les employeurs partenaires et les certificateurs.
5.5 – Avec les financements européens (FSE+)
Le PRF peut bénéficier de cofinancements du Fonds social européen dans le cadre du programme FSE+ 2021–2027, sur :
- les actions en faveur des publics fragiles ;
- les innovations pédagogiques ;
- les projets territoriaux intégrés (PTI) ;
- les dispositifs de remobilisation.
Les Régions sont autorités de gestion (ou délégataires) et peuvent labelliser certaines actions PRF comme « actions FSE+ ».
6. Financement du PRF et sources budgétaires
Le Plan Régional de Formation repose sur un montage financier hybride, associant les crédits propres des Régions, des fonds d’origine étatique, des apports européens et parfois des contributions d’autres acteurs publics. Ce maillage permet de financer des milliers de parcours chaque année, tout en ciblant des priorités variées (métiers en tension, publics éloignés, territoires fragiles, etc.).
6.1 – Budget régional : socle principal
Chaque Région dédie une part importante de son budget annuel à la formation des personnes en recherche d’emploi. Ce financement est voté lors de la séance budgétaire régionale de fin d’année, dans le cadre du budget primitif.
Le détail de ces montants figure dans le « jaune budgétaire », un document officiel annexé au projet de loi de finances de l’État, permettant de repérer la part que chaque Région alloue à la formation professionnelle. Ce document est public, consultable sur le site de l’Assemblée nationale ou du ministère de l’Économie.
Exemple :
- En 2024, la Région Île-de-France a consacré plus de 240 millions d’euros à la formation des demandeurs d’emploi, hors dispositifs complémentaires.
6.2 – Cofinancement via le PRIC
Le Pacte Régional d’Investissement dans les Compétences (PRIC) permet aux Régions de bénéficier de crédits d’État (DGEFP) pour financer :
- des parcours d’accompagnement renforcés,
- des innovations pédagogiques (AFEST, FOAD, badges, etc.),
- des actions pour les publics les plus éloignés de l’emploi.
Ces crédits viennent abonder ou compléter les actions du PRF, soit sous forme de lots spécifiques, soit en intégration dans les marchés principaux.
La convention État–Région précise les montants alloués et les objectifs de formation à atteindre sur la période.
6.3 – Fonds européens : FSE+ et React-EU
Les Régions mobilisent aussi :
- le FSE+ 2021–2027 pour cofinancer les actions en faveur de l’inclusion et des publics vulnérables ;
- des reliquats de React-EU pour les dispositifs de remobilisation post-COVID ou les filières stratégiques.
Ces financements sont parfois intégrés dans des appels à projets spécifiques, ou fléchés sur certaines composantes du PRF (notamment l’axe « formation des publics peu qualifiés »).
6.4 – Autres financements possibles
Certaines actions peuvent être cofinancées par :
- les Départements, dans le cadre du RSA et de la lutte contre la pauvreté ;
- les municipalités ou agglomérations, pour des actions locales (QPV, ZRR) ;
- l’Agefiph, pour les publics en situation de handicap (aménagements, accompagnement renforcé) ;
- les Opérateurs de l’État (DREETS, ARS, etc.) pour des programmes thématiques (ex : métiers du soin, filières industrielles, transitions numériques…).
Ces partenariats sont souvent contractualisés via des conventions inter-institutionnelles ou des contrats de plan État–Région (CPER).
7. Enjeux et perspectives du PRF
Dans un contexte économique et social mouvant — accélération des transitions, crises sanitaires ou énergétiques, fractures territoriales et numériques — le Plan Régional de Formation est de plus en plus sollicité comme outil d’anticipation, de réactivité et de sécurisation des parcours professionnels. Cela suppose à la fois de repenser ses modes opératoires, ses priorités et son articulation avec les autres politiques publiques.
7.1 – Anticiper les besoins de compétences
Le PRF doit s’aligner sur :
- les dynamiques d’emploi observées via les observatoires de branche, les données de France Travail et des OPCO ;
- les enjeux de souveraineté industrielle, écologique et numérique (bâtiment durable, véhicules électriques, IA, cybersécurité, métiers du soin, etc.) ;
- les besoins spécifiques des territoires, notamment les bassins en tension ou en reconversion.
Les Régions développent des outils d’analyse prospective (cartes des tensions, cartographie des filières, diagnostic en temps réel via l’IA) pour ajuster plus finement leur offre de formation.
7.2 – Réduire les inégalités d’accès
Certaines catégories restent largement sous-représentées dans les formations du PRF :
- les femmes dans les filières techniques,
- les personnes en situation de handicap,
- les seniors ou les personnes en longue inactivité,
- les habitants des zones rurales ou des QPV.
L’enjeu est d’adapter les modalités pédagogiques, les lieux, les horaires, l’accompagnement social ou logistique (garde d’enfants, mobilité, numérique…) pour rendre les parcours réellement accessibles.
7.3 – Favoriser l’innovation pédagogique
Le PRF doit devenir un laboratoire d’expérimentation, pour tester et généraliser :
- des parcours modulaires et à entrées multiples ;
- des formats hybrides et multimodaux (présentiel/distanciel/AFEST) ;
- des logiques d’auto-formation guidée et de mentorat ;
- des outils de reconnaissance dynamique des acquis (open badges, portfolios de compétences, micro-certifications).
Les Régions peuvent soutenir l’innovation via des appels à projets spécifiques ou des lots dédiés dans leurs marchés PRF.
7.4 – Mieux articuler PRF et orientation
Trop de bénéficiaires du PRF sont mal orientés, ou ne connaissent pas les autres dispositifs qui pourraient mieux répondre à leur projet.
Cela appelle un renforcement du travail des prescripteurs, une amélioration des outils de positionnement (bilan, auto-évaluation, diagnostic de niveau), et une interopérabilité entre les plateformes régionales, France Travail et les systèmes des OF.
L’objectif : un parcours intégré, lisible, sans rupture, du projet professionnel jusqu’à l’emploi durable.
7.5 – Évaluer l’impact pour piloter l’avenir
Enfin, il devient indispensable de ne plus se limiter aux indicateurs de réalisation (heures, entrées, taux de certification), mais de mesurer :
- les effets durables du PRF sur les parcours (retour à l’emploi, évolution, sécurisation) ;
- l’adéquation entre compétences formées et emplois réellement disponibles ;
- la satisfaction et l’appropriation du parcours par les bénéficiaires eux-mêmes.
Des dispositifs d’évaluation à froid, d’enquêtes longitudinales et de remontées qualitatives (REX) doivent compléter l’outillage des Régions et des partenaires.
8. Recommandations stratégiques pour les OPAC souhaitant se positionner sur le PRF
Le PRF représente une opportunité stratégique majeure pour les OPAC, à condition de maîtriser les exigences spécifiques des marchés régionaux, de développer une ingénierie adaptée et de bâtir une offre différenciante. Voici les clés pour se positionner durablement et efficacement.
8.1 – Comprendre les attendus du PRF
Avant toute chose, un OPAC doit analyser en profondeur les marchés publics ou appels à projets publiés par la Région (et parfois ses satellites, comme des GIP, SPL ou agences régionales). Ces documents précisent :
- les filières et métiers ciblés ;
- les publics à accompagner ;
- les volumes à atteindre ;
- les modalités pédagogiques exigées (modularité, individualisation, hybridation, AFEST…) ;
- les indicateurs de performance attendus ;
- les modalités de financement (au parcours, à l’heure, à l’objectif atteint).
Astuce : consulter les rapports d’exécution des PRF précédents peut révéler les marges de progression recherchées par la Région (qualité, insertion, taux de sortie positive…).
8.2 – Développer une ingénierie pédagogique adaptée
Un PRF bien conçu, du point de vue d’un OPAC, doit combiner :
- des blocs de compétences articulables (notamment pour les publics avec faible persévérance) ;
- des parcours personnalisés à partir d’un diagnostic initial (positionnement pédagogique, tests, entretiens) ;
- des formats mixtes (présentiel, FOAD, AFEST, accompagnement renforcé) ;
- des outils de suivi compatibles avec les exigences régionales et France Travail (notamment pour le reporting).
Astuce : Intégrer des outils comme Digiforma, Moodle, GoToTraining ou Elucidat, tout en respectant les normes d’accessibilité numérique (RGAA, WCAG), devient un atout différenciateur.
8.3 – Investir dans la prescription et le maillage territorial
Un OPAC bien positionné sur le PRF n’attend pas que les bénéficiaires arrivent. Il travaille main dans la main avec les prescripteurs locaux :
- France Travail,
- Missions locales,
- Cap emploi,
- acteurs de l’économie sociale et solidaire,
- centres sociaux, CCAS, régies de quartier…
Cela suppose de nourrir des relations institutionnelles actives, de participer aux réunions territoriales, et parfois d’animer des permanences ou des actions de sensibilisation.
Astuce : Proposer des « matinales prescripteurs » ou des modules de découverte en immersion peut renforcer la visibilité locale.
8.4 – Démontrer sa capacité d’impact
Pour se démarquer, un OPAC doit pouvoir justifier :
- d’un taux de satisfaction élevé (certification Qualiopi, avis des bénéficiaires) ;
- de résultats d’insertion ou de certification robustes (enquêtes à froid, suivi à 6 mois) ;
- d’une capacité d’adaptation (réponses à la crise COVID, solutions de continuité pédagogique, inclusion du numérique…).
Les Régions sont de plus en plus vigilantes à l’impact social et territorial, pas seulement à la conformité documentaire.
Astuce : Intégrer une démarche RSE, handicap, égalité femmes-hommes ou transition écologique est désormais un facteur de sélection.
8.5 – Élaborer une stratégie différenciante
Enfin, un OPAC performant sur le PRF est un OPAC positionné et lisible :
- sur un secteur ou une filière métier,
- sur un public cible (jeunes, femmes, seniors, réfugiés, personnes en situation de handicap, etc.),
- sur une modalité pédagogique innovante (AFEST, micro-learning, badges, etc.),
- sur un ancrage territorial affirmé (quartiers, zones rurales…).
Un bon positionnement se construit par l’analyse fine des besoins régionaux, le croisement des données (CARIF-OREF, observatoires, PRIC, CPER…), et la constitution de partenariats solides.
9. Modèle de canevas stratégique pour un OPAC souhaitant répondre à un marché PRF
Répondre efficacement à un marché PRF ne se résume pas à fournir une trame administrative conforme : il s’agit de proposer une offre structurée, pertinente, lisible et impactante, adossée à une stratégie pédagogique, territoriale et sociale robuste. Voici un canevas que chaque OPAC peut adapter à ses spécialités et aux exigences du cahier des charges régional.
9.1 – Positionnement stratégique de l’OPAC
- Nom, statut et localisation
- Spécialisation(s) : filières métiers, publics spécifiques, modalités pédagogiques
- Antériorité sur des marchés similaires (préciser les régions, volumes, résultats)
- Partenariats stratégiques : structures d’insertion, entreprises, OPCO, collectivités
Objectif : rassurer sur la solidité, la cohérence et la légitimité de l’offre.
9.2 – Analyse du besoin régional
- Analyse synthétique du diagnostic territorial (insertion, métiers en tension, caractéristiques du public)
- Croisement avec les données de l’OREF régional, de France Travail ou des OPCO
- Identification des freins à la formation sur le territoire : mobilité, numérique, langue, santé, garde d’enfants, etc.
Objectif : montrer la capacité d’ancrage territorial et d’appropriation des enjeux locaux.
9.3 – Ingénierie de parcours et modalités pédagogiques
- Description du parcours proposé (nombre d’heures, séquençage, modularité, rythme)
- Modalités pédagogiques : hybride, AFEST, ateliers en présentiel, FOAD, mentorat
- Outils numériques mobilisés (Moodle, Elucidat, Classe virtuelle…)
- Dispositifs d’individualisation et de positionnement initial
- Accessibilité : aménagements pour publics handicapés, conformités RGAA/WCAG
Objectif : valoriser une ingénierie adaptée, inclusive, innovante et orientée résultats.
9.4 – Accompagnement et suivi
- Dispositifs d’accompagnement social, professionnel et pédagogique
- Suivi individuel, coaching ou tutorat
- Liens avec les prescripteurs (France Travail, ML, Cap emploi…)
- Préparation à la certification (y compris VAE ou badges numériques le cas échéant)
Objectif : renforcer l’accompagnement de bout en bout du parcours.
9.5 – Indicateurs de résultats et impact
- Objectifs en matière de certification, insertion, satisfaction
- Méthodes de suivi à froid (enquête 6 mois, REX, outils d’évaluation d’impact)
- Engagements chiffrés réalistes et cohérents
Objectif : démontrer la capacité à produire des effets mesurables et durables.
9.6 – Modalités de coopération territoriale
- Conventionnements envisagés avec d’autres acteurs (insertion, ESS, entreprises)
- Participation aux comités territoriaux (CPRDFOP, animation PRIC, GPECT locales)
- Articulation avec les autres dispositifs : CPF, PRIC, SIEG, Pro-A, FSE+
Objectif : s’inscrire dans une logique écosystémique et partenariale.
9.7 – Dispositif qualité et amélioration continue
- Procédures internes d’évaluation, de traitement des réclamations, d’adaptation
- Retour d’expérience (REX) et actions correctives déjà mises en œuvre
- Intégration de la démarche RSE ou d’innovation inclusive
Objectif : montrer que l’OPAC est un acteur proactif et réflexif, pas uniquement exécutant.
Ce canevas peut être décliné en plan de réponse formalisé dans les appels d’offres PRF, ou intégré comme trame de projet dans une stratégie plus globale de développement territorial.
Conclusion
Le Plan Régional de Formation n’est pas un simple programme de financement : il incarne une politique publique de transformation en profondeur de l’accès à la qualification, à l’emploi et à l’inclusion. À travers le PRF, les Régions affirment leur rôle de pilote en matière de développement des compétences, dans un contexte de transitions multiples (écologique, numérique, sociale, productive).
Pour les OPAC, le PRF constitue une opportunité stratégique majeure, mais aussi un exercice d’adaptation permanente. Se positionner sur un PRF exige bien plus qu’une réponse technique : cela implique une vision territoriale, une capacité d’ingénierie pédagogique solide, un ancrage partenarial fort, et une exigence constante de qualité et d’impact.
Face aux défis à venir — raréfaction des financements, tensions sur les métiers, inclusion des publics les plus éloignés — le PRF doit évoluer vers un dispositif plus agile, plus inclusif, plus piloté par les résultats et plus ouvert à l’innovation.
L’OPAC qui saura conjuguer expertise métier, écoute des territoires et capacité d’action collective pourra non seulement répondre efficacement aux PRF, mais aussi contribuer activement à la construction d’un nouveau pacte de formation territoriale, au service des individus, des entreprises et des territoires.
FAQ – Le PRF en 10 questions
Quelle est la différence entre le PRF et les autres dispositifs de formation ?
Le PRF est un dispositif piloté par la Région, financé principalement sur fonds publics, à destination des personnes en recherche d’emploi. Il se distingue des dispositifs financés par les entreprises (Plan de développement des compétences, Pro-A), ou les individus (CPF), par sa logique territoriale, mutualisée, et souvent gratuite pour les bénéficiaires.
Qui peut répondre à un appel d’offres PRF ?
Tout OPAC (au sens du Code du travail) certifié Qualiopi, à jour de son NDA, pouvant démontrer une capacité à former, à accompagner, à insérer et à évaluer selon les critères du marché régional concerné. Cela inclut les OF, les structures d’insertion, les associations, les GIP, etc.
Comment sont sélectionnés les prestataires ?
La sélection se fait via des appels à projets ou des marchés publics. Les critères varient, mais intègrent généralement : qualité de l’ingénierie, résultats passés, inclusion des publics, moyens mobilisés, ancrage territorial, partenariats, capacité de reporting et conformité réglementaire.
Comment se finance le PRF ?
Les Régions financent le PRF sur leurs fonds propres et via des co-financements : France Travail, FSE+, État (via les CPER), parfois des Conseils départementaux. Le “jaune budgétaire” annexé au PLF donne une vue d’ensemble de l’effort national de formation, par financeur.
Quelle articulation entre PRF et PRIC ?
Le PRIC (Pacte Régional d’Investissement dans les Compétences) est un contrat signé entre l’État et la Région, définissant des objectifs partagés de formation. Le PRF en est l’un des instruments opérationnels, permettant de décliner ces objectifs en actions concrètes sur le territoire.
Un OPAC peut-il intervenir sur plusieurs Régions ?
Oui, à condition de répondre aux appels d’offres spécifiques à chaque région, de connaître les règles locales, et d’avoir une implantation ou des partenaires opérationnels sur place.
7. Quels sont les freins fréquents pour les OPAC débutants ?
Difficulté à décoder les marchés publics ;
Faible maîtrise de l’ingénierie territoriale ;
Manque de partenariats locaux ;
Déficit de reporting et de suivi des indicateurs ;
Méconnaissance des normes d’accessibilité ou de certification.
Comment un OPAC peut-il innover dans le cadre du PRF ?
En intégrant :
– des modalités pédagogiques hybrides (AFEST, micro-learning, mentorat) ;
– des outils numériques adaptés (accessibles, modulables) ;
– des formats adaptés à des publics éloignés (lenteur cognitive, troubles DYS, etc.) ;
– des démarches de reconnaissance alternatives (badges, portfolio, VAE hybride).
Un OPAC peut-il être chef de file ou groupé avec d’autres ?
Oui. De nombreux marchés acceptent (voire encouragent) les groupements d’OPAC. Cela permet de mutualiser des compétences, d’élargir les territoires d’action, et de répondre de manière plus systémique aux besoins régionaux.
Existe-t-il un lien entre PRF et CPF ?
Oui, de manière indirecte. Certaines Régions expérimentent des complémentarités : articulation entre PRF et CPF co-construit, mobilisation du CPF pour les suites de parcours, ou insertion de certifications RS dans des blocs PRF. Mais le PRF reste piloté par la Région, et non par l’individu.
