1. Définition juridique de la sous-traitance
La sous-traitance est définie par la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance :
Article 1er :
« La sous-traitance est l’opération par laquelle un entrepreneur confie par un sous-traité, et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant, l’exécution de tout ou partie du contrat d’entreprise ou du marché public conclu avec le maître de l’ouvrage. »
Transposition à la formation professionnelle :
Dans ce secteur, la sous-traitance désigne l’opération par laquelle un organisme de formation ou CFA (preneur d’ordre) confie, sous sa responsabilité et dans un cadre contractuel, à un prestataire externe (le sous-traitant), l’exécution partielle ou totale :
- d’une action de formation,
- d’un bilan de compétences,
- d’un accompagnement à la VAE,
- ou de tout accompagnement pédagogique individualisé prévu dans un contrat ou une convention,
prévue dans une convention ou un contrat conclu avec un commanditaire (entreprise, OPCO, financeur public…).
2. Encadrement de la relation contractuelle
a. Responsabilités du donneur d’ordre
- Il reste juridiquement et pédagogiquement responsable de la prestation vis-à-vis du commanditaire ou financeur.
- Il est tenu de vérifier la compétence du sous-traitant, de s’assurer de la qualité du service rendu, et de contractualiser la relation de façon détaillée.
b. Contenu minimal du contrat de sous-traitance
- Objet et périmètre de la mission
- Durée et conditions de réalisation
- Engagements qualité (voir Qualiopi ci-dessous)
- Engagements de confidentialité
- Clauses RGPD
- Conditions de rémunération
- Modalités de restitution et traçabilité
3. Risque de salariat déguisé : ce que dit le Code du travail
Lorsque la prestation est confiée à un indépendant (auto-entrepreneur, freelance), il est impératif de veiller à ne pas tomber dans une situation de salariat déguisé, c’est-à-dire une relation de travail dissimulée sous une apparence d’indépendance.
Le Code du travail, à l’article L8221-6, précise à ce sujet :
« Est présumé ne pas être lié avec le donneur d’ordre par un contrat de travail celui qui s’est inscrit au registre du commerce et des sociétés […] sauf si l’intéressé fournit directement ou par personne interposée des prestations dans des conditions qui le placent dans un lien de subordination juridique permanent à l’égard du donneur d’ordre. »
Et la jurisprudence constante (notamment Cass. Soc., 13 nov. 1996) rappelle que le lien de subordination est caractérisé par :
« L’exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné. »
Comment éviter la requalification ?
- Le sous-traitant doit rester autonome dans l’organisation de sa prestation.
- L’OF ne doit pas imposer d’horaires stricts, ni fournir systématiquement le matériel ou les locaux.
- Aucun lien hiérarchique ne doit exister : pas de sanctions, pas d’évaluations personnelles, pas d’exclusivité.
- L’OF évalue la prestation, pas la personne.
4. Indicateur 27 de Qualiopi : sous-traitance et qualité
Le Référentiel national qualité impose, via l’indicateur 27, que :
« Lorsque le prestataire sous-traite tout ou partie de la prestation, il s’assure du respect des exigences du référentiel par le ou les sous-traitants. »
Ce que cela implique concrètement pour le donneur d’ordre :
- Évaluer et sélectionner les sous-traitants selon des critères objectifs (CV, références, expérience, etc.).
- Formaliser les exigences qualité dans le contrat.
- Préciser que le sous-traitant doit respecter les engagements Qualiopi, notamment en matière :
- de recueil des besoins,
- d’adaptation pédagogique,
- d’évaluation,
- de satisfaction.
- de recueil des besoins,
- Intégrer des annexes pédagogiques type fiche-action, grilles d’évaluation, modèle de bilan.
- Préciser que le sous-traitant doit respecter les engagements Qualiopi, notamment en matière :
- Demander des preuves documentaires
- Fiches de présence, supports utilisés, évaluations remplies, résultats des questionnaires de satisfaction.
- Organiser des temps d’échanges contractuels
- Réunions de calage avant la mission (non imposées sur des créneaux fixes),
- Debrief en fin de prestation.
- Réunions de calage avant la mission (non imposées sur des créneaux fixes),
- Contrôler la conformité a posteriori
- Lecture des productions,
- Vérification des évaluations remplies,
- Analyse des retours stagiaires.
- Lecture des productions,
- Auditer ponctuellement un sous-traitant
- À condition que ce soit prévu au contrat et que ce soit justifié par la démarche qualité.
- À condition que ce soit prévu au contrat et que ce soit justifié par la démarche qualité.
- S’assurer que le sous-traitant :
- connaît les objectifs de la formation,
- respecte les étapes pédagogiques,
- applique les modalités d’évaluation prévues,
- participe au recueil de la satisfaction.
- connaît les objectifs de la formation,
Ce qu’il faut éviter absolument (car trop proche du lien de subordination) :
- Imposer des horaires précis et fixes, comme une feuille de présence pour le formateur.
- Obliger à utiliser uniquement les supports fournis par l’OF, sans adaptation possible.
- Sanctionner ou « noter » le sous-traitant comme un salarié.
- Contrôler en temps réel ses faits et gestes (appels systématiques, présence exigée sur site).
- Lui interdire de travailler pour d’autres clients.
- Lui donner une adresse mail interne, un badge nominatif ou une place de bureau permanente dans les locaux.
L’astuce juridique et pédagogique : la clause d’engagement qualité
On peut intégrer dans le contrat une clause d’engagement qualité qui dit, en résumé :
« Le sous-traitant s’engage à respecter les exigences du Référentiel national qualité (Qualiopi) sur les éléments qui relèvent de sa mission. Il fournit les éléments de preuve utiles à la traçabilité de la qualité de la prestation, sans que cela remette en cause son autonomie d’intervention. »
Où est la limite ? Voici quelques exemples concrets :
| Ce que tu peux faire (OK) | Ce qu’il faut éviter (Subordination) |
| Exiger que la formation respecte les objectifs pédagogiques validés | Imposer un déroulé minute par minute sans droit d’adaptation |
| Fournir des modèles de fiches d’évaluation ou de supports types | Interdire au formateur de créer ou modifier ses propres supports |
| Organiser une réunion de cadrage contractuelle | Tenir une réunion hebdomadaire obligatoire comme avec un salarié |
| Demander la remontée des évaluations des acquis et de satisfaction | Contrôler en direct chaque séance comme un supérieur hiérarchique |
| Vérifier la qualité des livrables remis en fin de mission | Exiger une présence physique dans les locaux chaque jour à heure fixe |
| S’assurer que le formateur répond aux critères de Qualiopi | Lui interdire d’intervenir pour d’autres clients ou le présenter comme un salarié |
Conseil :
Faites porter vos exigences sur le produit fini (la prestation), pas sur la méthode ni la personne.
Utilisez le contrat comme levier qualité et non comme outil de gestion RH déguisée
En résumé : la posture gagnante
- Tu contrôles le résultat et la conformité, pas les moyens ni le mode opératoire.
- Tu fais du pilotage qualité, pas de la gestion managériale.
- Tu restes donneur d’ordre, pas employeur masqué.
5. Protection des données personnelles : application du RGPD
Dès qu’un sous-traitant traite des données à caractère personnel pour le compte de l’organisme de formation (noms, coordonnées, données pédagogiques, etc.), celui-ci devient un sous-traitant au sens du RGPD (article 4).
Le responsable de traitement (le donneur d’ordre) est tenu de contractualiser la relation selon l’article 28 du RGPD, avec un niveau de détail élevé.
Le contrat ou avenant RGPD doit prévoir :
- Les finalités du traitement
- Les catégories de données concernées
- Les obligations du sous-traitant :
- ne pas traiter les données pour son propre compte,
- assurer la confidentialité et la sécurité,
- notifier toute violation de données,
- supprimer ou restituer les données à la fin de la mission,
- obtenir une autorisation écrite avant toute sous-traitance secondaire.
- Un engagement de conformité aux articles 28 à 36 du RGPD
- Un plan de gestion des incidents de sécurité
- Une clause sur la coopération en cas de contrôle de la CNIL
- Une clause de traçabilité (journalisation, transmission de preuves à la demande)
- ne pas traiter les données pour son propre compte,
Le donneur d’ordre doit :
- Vérifier les garanties du sous-traitant
- A-t-il une politique RGPD formalisée ?
- A-t-il désigné un DPO ?
- A-t-il des outils sécurisés (hébergement en UE, chiffrement, mots de passe forts, etc.) ?
- A-t-il été formé à la protection des données ?
- A-t-il une politique RGPD formalisée ?
- inscrire ce traitement dans son registre des activités de traitement,
- vérifier les mesures techniques et organisationnelles du sous-traitant (hébergement, chiffrement, etc.),
- être capable de prouver sa conformité en cas de contrôle.
6. Synthèse des obligations croisées
| Domaine | Obligation du donneur d’ordre | Point de vigilance |
| Loi de 1975 | Formaliser un contrat clair de sous-traitance | Conserver la responsabilité de la prestation |
| Code du travail | Éviter tout lien de subordination | Autonomie du sous-traitant garantie |
| Qualiopi – Ind. 27 | S’assurer que le sous-traitant respecte les exigences qualité | Ne pas contrôler la personne, mais la prestation |
| RGPD – Art. 28 | Encadrer le traitement de données personnelles par contrat | Clause obligatoire, preuves de conformité |
7. Bonnes pratiques contractuelles
Clauses à insérer dans un contrat de sous-traitance :
- Objet de la mission et périmètre d’intervention
- Autonomie dans la mise en œuvre pédagogique
- Engagement qualité Qualiopi
- Clause RGPD complète (finalités, sécurité, restitution des données)
- Clause de non-exclusivité
- Clause d’éthique et confidentialité
- Clauses de non-subordination
- Modalités de contrôle et de restitution de livrables (fiches présence, évaluations, etc.)
Exemples de clauses contractuelles pour sécuriser la sous-traitance
Voici plusieurs clauses types, que tu peux adapter selon le contexte (mission, durée, statut du sous-traitant…).
1. Clause d’objet et d’autonomie pédagogique
« Le sous-traitant est chargé de réaliser [intitulé de la prestation] dans le respect des objectifs pédagogiques et des livrables attendus tels que définis en annexe. Il reste libre dans le choix de ses méthodes pédagogiques, des outils utilisés et de l’organisation de son intervention, sous réserve du respect des contraintes logistiques précisées. »
2. Clause Qualiopi / Engagement qualité
« Le sous-traitant s’engage à mettre en œuvre les exigences du Référentiel national qualité (Qualiopi) sur les éléments qui relèvent de sa mission : adaptation au public, atteinte des objectifs, évaluation des acquis, prise en compte des appréciations des stagiaires. Il transmet les preuves nécessaires à la traçabilité de la qualité (ex. : feuilles d’émargement, bilans, évaluations). »
3. Clause RGPD simplifiée
« Dans le cadre de l’exécution de la présente mission, le sous-traitant peut être amené à traiter des données personnelles pour le compte du donneur d’ordre. À ce titre, il s’engage à respecter les obligations prévues à l’article 28 du Règlement général sur la protection des données (UE) 2016/679, et à ne traiter les données que sur instruction écrite du donneur d’ordre, à garantir leur confidentialité, leur sécurité, et à les supprimer ou restituer à la fin de la mission. »
4. Clause de non-subordination
« Le présent contrat ne crée aucun lien de subordination entre les parties. Le sous-traitant conserve une totale autonomie dans l’organisation de son travail et n’est soumis à aucune obligation d’horaires, de présence physique dans les locaux du donneur d’ordre ou d’exclusivité. Il réalise sa prestation en tant qu’indépendant et en assume seul les obligations fiscales, sociales et administratives afférentes à son statut. »
5. Clause de confidentialité
« Le sous-traitant s’engage à ne divulguer aucune information confidentielle relative aux activités, documents ou données du donneur d’ordre ou des bénéficiaires de la formation, pendant la durée du contrat et après son expiration. »
6. Clause de responsabilité et restitution
« Le sous-traitant s’engage à restituer l’ensemble des éléments liés à la mission (supports, évaluations, bilans) dans les délais prévus. Il garantit la qualité de sa prestation et en assume la responsabilité, sans préjudice de celle portée par le donneur d’ordre vis-à-vis du commanditaire. »
Conclusion : sécuriser la sous-traitance sans glisser vers le salariat
Le recours à la sous-traitance en formation est autorisé, encadré, et compatible avec Qualiopi et le RGPD, à condition de respecter quelques grands principes :
- Une relation contractuelle claire, équilibrée et traçable
- Un contrôle des résultats, pas des moyens
- Une vigilance sur la gestion des données
- Une posture de partenariat, pas de hiérarchie
Un bon contrat de sous-traitance, c’est un peu comme une recette réussie :
- Des ingrédients solides (obligations légales),
- Une cuisson équilibrée (exigence qualité vs liberté d’action),
- Un dressage soigné (clarté, traçabilité, respect du RGPD).
