Dans un monde où les métiers évoluent plus vite qu’une application iOS, la GEP-P devient une boussole stratégique. Plus qu’un outil RH, elle permet d’aligner dynamiquement les besoins de l’organisation avec les trajectoires professionnelles de ses collaborateurs. Découvrons ensemble cette démarche incontournable.
1. Définition de la GEP-P : une GPEC augmentée des parcours
La GEP-P, ou Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Parcours Professionnels, est une démarche RH anticipatrice, systémique et participative. Elle vise à :
- Adapter les ressources humaines aux évolutions internes et externes (marché, technologies, organisation, réglementation).
- Accompagner les trajectoires individuelles (montée en compétences, reconversion, mobilité…).
- Sécuriser l’emploi et renforcer l’employabilité des salariés.
- Concilier performance économique et développement humain.
La GEP-P constitue une évolution naturelle de la GPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences), en y intégrant la dimension des parcours professionnels, c’est-à-dire les trajectoires individuelles dans et en dehors de l’entreprise.
2. Les fondements de la démarche GEP-P
La GEP-P repose sur plusieurs principes structurants :
- L’anticipation des évolutions des emplois, métiers et compétences à court, moyen et long terme.
- L’individualisation des parcours : chaque salarié est un acteur de son projet professionnel.
- La co-construction entre direction, managers, RH et salariés.
- L’articulation avec les dispositifs RH existants (formation, VAE, CPF, AFEST, entretien pro, CEP…).
- L’adaptation continue : la GEP-P n’est pas un plan figé, mais un levier agile d’évolution permanente.
3. Objectifs stratégiques de la GEP-P
Côté entreprise :
- Identifier et anticiper les compétences stratégiques.
- Réduire les risques de pénurie de compétences ou de départs non préparés.
- Optimiser les mobilités internes plutôt que de recruter systématiquement.
- Structurer des parcours internes motivants pour fidéliser.
Côté salarié :
- Gagner en visibilité sur les perspectives d’évolution.
- Renforcer son employabilité et sécuriser son avenir professionnel.
- Accéder à des dispositifs de formation ou de reconversion.
- Valoriser ses acquis et construire un projet aligné avec ses aspirations.
4. Modèle opérationnel de déploiement de la GEP-P
Voici un modèle de mise en œuvre structuré en 6 phases, à adapter selon la taille, la maturité RH et les enjeux spécifiques de la structure.
Phase 1 : Cadrage stratégique
- Objectif : Lancer une dynamique d’ensemble, partagée et visible.
- Actions :
- Obtenir l’engagement de la direction.
- Constituer un comité de pilotage GEP-P (RH, managers, IRP…).
- Communiquer sur les enjeux de la démarche.
- Obtenir l’engagement de la direction.
- Livrables : Feuille de route, plan de communication interne, calendrier.
Phase 2 : Diagnostic interne et externe
- Objectif : Évaluer les ressources existantes et les tendances futures.
- Actions :
- Analyser les mutations sectorielles et métiers.
- Cartographier les emplois et les compétences actuelles.
- Étudier les flux RH (mobilités, entrées/sorties, pyramide des âges…).
- Analyser les mutations sectorielles et métiers.
- Livrables : Référentiel métiers/compétences, analyse GAP, matrice SWOT RH.
Phase 3 : Prospective RH
- Objectif : Définir les besoins en emplois et compétences à 3-5 ans.
- Actions :
- Élaborer des scénarios d’évolution RH.
- Identifier les écarts entre l’existant et les besoins à venir.
- Prioriser les métiers sensibles (en tension, en mutation, en voie d’extinction…).
- Élaborer des scénarios d’évolution RH.
- Livrables : Tableau de bord prévisionnel, cartographie des risques RH.
Phase 4 : Construction des parcours
- Objectif : Créer des trajectoires professionnelles internes réalistes et motivantes.
- Actions :
- Concevoir des parcours types (promotion, reconversion, mobilité…).
- Mobiliser les dispositifs existants (CPF, VAE, AFEST, tutorat…).
- Outiller les managers et les collaborateurs.
- Concevoir des parcours types (promotion, reconversion, mobilité…).
- Livrables : Fiches parcours, référentiel de dispositifs, guide managérial.
Phase 5 : Déploiement opérationnel
- Objectif : Passer à l’action concrète et accompagnée.
- Actions :
- Lancer les premières vagues de parcours individualisés.
- Mettre en œuvre les formations ciblées.
- Organiser les entretiens de projection et bilans intermédiaires.
- Lancer les premières vagues de parcours individualisés.
- Livrables : Plan de formation triennal, trames d’entretien, dossier salarié GEP-P.
Phase 6 : Suivi, évaluation, ajustements
- Objectif : Pérenniser, piloter et améliorer la démarche.
- Actions :
- Mettre en place des indicateurs de suivi (mobilité, satisfaction, accès à la formation…).
- Organiser des bilans réguliers (comité de pilotage).
- Capitaliser sur les retours d’expérience pour ajuster les actions.
- Mettre en place des indicateurs de suivi (mobilité, satisfaction, accès à la formation…).
- Livrables : Tableau de bord RH, compte rendu d’étapes, plan d’ajustement annuel.
5. Outils mobilisables dans la GEP-P
| Dispositif | Utilité dans la GEP-P |
| Entretien professionnel | Point de départ de l’individualisation des parcours |
| Bilan de compétences | Clarification du projet professionnel |
| VAE | Reconnaissance des compétences acquises |
| AFEST | Acquisition de compétences en situation réelle |
| CPF | Accès à la formation personnalisée |
| CEP | Conseil externe pour sécuriser les transitions |
| Cartographie métiers | Support à la mobilité et à la projection |
| SI RH | Centralisation des données et suivi personnalisé |
6. Indicateurs de réussite d’une démarche GEP-P
Quelques indicateurs de pilotage utiles :
- Taux de salariés engagés dans un parcours GEP-P.
- Pourcentage de mobilité interne vs recrutement externe.
- Taux de couverture des besoins en compétences critiques.
- Taux de satisfaction collaborateurs/managers.
- Réduction des postes vacants ou doublés.
- Évolution des compétences critiques maîtrisées.
7. Exemples d’actions concrètes issues de la GEP-P
- Mettre en place une AFEST pour faire évoluer des agents de maintenance vers des postes de techniciens supérieurs.
- Créer un “sas” de reconversion interne pour les métiers en mutation (ex : opérateurs de production vers métiers du numérique).
- Accompagner les transitions de fin de carrière via mentorat, tutorat, VAE.
- Lancer une campagne de VAE collective pour valoriser les acquis de 10 salariés expérimentés.
- Déployer un programme de repérage des talents internes avec des parcours accélérés vers des fonctions d’encadrement.
8. Conditions de succès et vigilance
Facteurs clés de succès :
- Engagement fort et visible de la direction.
- Communication continue et transparente.
- Formation des managers à l’accompagnement des parcours.
- Implication réelle des salariés (co-responsabilité).
- Articulation avec les dispositifs de dialogue social.
Points de vigilance :
- Éviter une approche trop descendante.
- Ne pas réduire la GEP-P à un simple plan de formation.
- Adapter les outils aux publics (langage, supports, modalités…).
- Assurer une veille continue sur les évolutions métiers.
Conclusion : La GEP-P, levier de résilience et d’attractivité durable
La GEP-P n’est pas une tendance RH parmi d’autres, c’est un virage stratégique à ne pas rater. Dans un monde du travail en recomposition permanente, anticiper les besoins, sécuriser les parcours et valoriser les compétences devient un avantage concurrentiel autant qu’un devoir social.
En embarquant l’ensemble des acteurs, la GEP-P permet de transformer les mutations en opportunités. Et ça, c’est une très bonne nouvelle.
FAQ – Tout comprendre sur la GEP-P
La GEP-P est-elle obligatoire ?
Non, la GEP-P n’est pas une obligation légale en tant que telle, mais certaines de ses composantes sont encadrées par la loi :
– L’entretien professionnel tous les deux ans est obligatoire (loi du 5 mars 2014).
– Les entreprises de plus de 300 salarié·es ont l’obligation de négocier sur la gestion des emplois et des parcours professionnels (article L.2242-20 du Code du travail).
– Pour les entreprises engagées dans une démarche RSE, de transition ou de certification (ISO, Qualiopi, etc.), la GEP-P est un atout stratégique attendu.
Quelle est la différence entre GPEC et GEP-P ?
La GPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences) se concentrait sur l’ajustement des effectifs et des compétences aux besoins futurs de l’entreprise.
La GEP-P y ajoute une dimension essentielle : celle des parcours professionnels des salarié·es. On ne pense plus seulement postes et compétences, mais mobilités, aspirations, transitions, reconversions, diversité des trajectoires.
À partir de quelle taille d’entreprise est-il pertinent de mettre en place une GEP-P ?
Dès 50 salarié·es, une démarche GEP-P est non seulement pertinente, mais aussi rentable à moyen terme.
Dans les plus petites structures, des outils plus souples (cartographie métiers, plan de développement des compétences, entretiens de projection) peuvent amorcer une GEP-P simplifiée, centrée sur les compétences critiques et les projets d’évolution.
Qui pilote une démarche GEP-P ?
Le pilotage est généralement confié au service RH, mais la réussite dépend d’une gouvernance partagée :
Direction générale : donne l’impulsion stratégique.
RH : structure et coordonne la démarche.
Managers : accompagnent les parcours et identifient les besoins terrain.
Salarié·es : co-construisent leur trajectoire.
Quels outils sont indispensables pour réussir une GEP-P ?
Voici les « must-have » pour toute démarche sérieuse :
Référentiel métiers/compétences à jour.
Cartographie des parcours internes possibles.
Plan de formation aligné sur les écarts identifiés.
Entretien professionnel enrichi.
Tableau de bord RH avec indicateurs de suivi.
Accès aux dispositifs tels que VAE, AFEST, CPF, CEP…
Un bon SIRH est un vrai plus, mais pas obligatoire si l’organisation est structurée.
Quels sont les premiers pas concrets pour lancer une GEP-P ?
1 – Poser une intention stratégique claire.
2 – Constituer un comité de pilotage.
3 – Réaliser un diagnostic RH (emplois, compétences, aspirations).
4 – Lancer la première vague de parcours types sur une famille métier ciblée.
5 – Former les managers à l’accompagnement des parcours.
Pas besoin d’attendre que tout soit parfait pour commencer. L’important, c’est d’engager la dynamique.
Comment impliquer les salarié·es dans une démarche GEP-P ?
Il ne s’agit pas de leur imposer un plan RH sorti d’un tableur Excel. Pour que les collaborateur·ices s’impliquent, il faut :
– Les informer (communication transparente, accessible).
– Les associer (ateliers, entretiens, consultations).
– Leur proposer des parcours réalistes et motivants, pas des utopies RH.
– Mettre en place des référents ou mentors pour guider la mise en œuvre.
Comment articuler GEP-P et entretien professionnel ?
L’entretien professionnel est le moment clé pour faire vivre la GEP-P au plus près du terrain. Il devient un levier d’individualisation, non un simple rituel administratif. On peut y :
– Identifier les compétences mobilisées et à renforcer.
– Repérer les aspirations.
– Co-construire une trajectoire réaliste.
– Proposer des actions concrètes (formation, tutorat, mobilité…).
L’entretien pro devient ainsi l’interface entre stratégie RH et projet individuel.
La GEP-P peut-elle intégrer les enjeux RSE, QVCT, handicap, égalité pro ?
Absolument, et c’est même recommandé. Une démarche GEP-P moderne s’articule avec :
– Les engagements RSE (emploi local, transition écologique, etc.).
– Les objectifs de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT).
– Les politiques handicap et inclusion (référents handicap, aménagements de parcours).
– Les plans égalité femmes-hommes (accès aux mobilités, mixité des filières…).
La GEP-P devient alors un levier de transformation culturelle, pas juste un outil RH.
Combien coûte une démarche GEP-P ?
Le coût dépend de la taille de la structure et du niveau d’ambition :
– Temps RH et managérial à mobiliser.
– Éventuels accompagnements externes (consultants, cabinets spécialisés).
– Outils, diagnostics, ateliers, formations…
Mais attention : ne rien faire coûte plus cher à moyen terme (turnover, inadaptation des compétences, perte d’attractivité…).
Existe-t-il des aides financières ou des dispositifs de soutien ?
Oui ! Selon votre statut, vous pouvez mobiliser :
– Les OPCO (plan de développement des compétences, ingénierie de parcours).
– Le FNE Formation (en cas de transformation majeure).
– France Travail (appui aux mobilités et reconversions).
– Le Compte Personnel de Formation des salarié·es.
– Les appels à projets régionaux (PRIC, pactes emploi…).
Et pourquoi pas une action de formation AFEST ou un parcours VAE dans la stratégie GEP-P ?
