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Comment j’ai créé intégré la dimension handicap dans mon organisme de formation ?

I Rappels réglementaires

A Ce que dit la loi

La loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » instaure 2 principes :

  • la non-discrimination envers les personnes handicapées,
  • la reconnaissance d’un droit à compensation du handicap.

La loi impose ainsi l’obligation de rendre la formation accessible à tous, sous peine de sanctions pénales et financières, seule une contre-indication médicale étant considérée comme une cause de refus acceptable

Sont concernés les organismes de formations professionnelles et les institutions délivrant des diplômes, titres professionnels ou certificats de qualification professionnelle (notamment par l’évolution de leur propre réglementation).

Le décret d’application de l’article L.323-11-1, concernant « la formation professionnelle des personnes handicapées ou présentant un trouble de santé invalidant » précise par ailleurs qu’après avoir pris en compte les informations fournies par la personne handicapée, des aménagements peuvent porter sur :

  • Un accueil à temps partiel ou discontinu,
  • Une durée adaptée de formation,
  • Des adaptations individuelles ou collectives,
  • Des adaptations des méthodes et des supports pédagogiques avec la possibilité de recourir aux technologies de l’information et de la communication,
  • L’aménagement des règles générales d’évaluation des connaissances et des compétences acquises au cours de la formation.

Dans la loi Avenir professionnel du 5 septembre 2018, les pouvoirs publics ont décliné leur volonté de faciliter l’accès aux formations pour les personnes en situation de handicap (PSH) au cœur de la démarche qualité des opérateurs de formation. Ainsi, sur les 32 indicateurs du référentiel national de qualité, 7 concernent directement le handicap. Le référentiel compte un indicateur spécifique au handicap : l’indicateur 26 du critère 6. Le non-respect, même partiel, de cet indicateur entraîne une non-conformité majeure.

La dernière version mise à jour du guide de lecture apporte des nouveautés sur les éléments de preuve des indicateurs 1, 9, 10, 18, 23, 25 et 26 pour les personnes en situation de handicap en citant des exemples d‘actions à mettre en place. Il ne s’agit pas de modifications des indicateurs recensés dans le décret du 6 juin 2019, mais de « précisions apportées afin de faciliter l’accueil des publics en situation de handicap (PSH) et la gradation des non-conformités mineures ».

France compétences s’est saisie de la problématique du handicap et a publié une note de doctrine destinée aux organismes certificateurs précisant les attendus en matière de prise en compte du handicap.

Ainsi, le décret n°2021-389 du 2 avril 2021, relatif aux conditions d’enregistrement des certifications dans les répertoires nationaux, intègre concrètement la prise en compte des situations de handicap, de l’accessibilité et de la conception universelle pour l’appréciation de la qualité du référentiel de compétences d’un projet de certification professionnelle dans l’un des deux répertoires nationaux. Cette disposition s’applique à l’ensemble des nouveaux diplômes, titres à finalités professionnelles, certificats de qualification professionnelles et autres certifications des répertoires nationaux depuis le 1er septembre 2021.

B Rappels sur le statut de travailleur handicapé

Pour rappel, sont notamment  reconnus comme travailleurs handicapés bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE) :

  • les travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées
  • les titulaires d’une pension militaire d’invalidité
  • les titulaires d’une pension d’invalidité attribuée au titre du régime général de sécurité sociale, ou de tout autre régime de protection sociale obligatoire
  • les victimes d’accident du travail ou de maladie professionnelle titulaires d’une rente attribuée au titre du régime général de la sécurité sociale ou de tout autre régime de protection sociale obligatoire.
  • les sapeurs-pompiers volontaires victimes d’un accident ou atteints d’une maladie contractée
  • en service ou à l’occasion du service
  • les victimes d’un acte de terrorisme
  • les victimes civiles de la guerre
  • les personnes qui ont contribué à une mission d’assistance à personne en danger et ont subi une atteinte à leur intégrité physique ou ont contracté ou ont vu s’aggraver une maladie lors de cette mission, se trouvent de ce fait dans l’incapacité permanente de poursuivre leur activité professionnelle
  • les titulaires d’une allocation ou d’une rente d’invalidité relative à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires en cas d’accident survenu ou de maladie contractée en service
  • les titulaires de la carte d’invalidité
  • les titulaires de l’allocation aux adultes handicapés.

Cette liste n’est pas exhaustive.

II Ma démarche

A Le parcours du stagiaire

Je suis partie du parcours stagiaire et des différents points de contact.

S’il s’agit d’un stagiaire “particulier” ‘(financement CPF ou Pôle Emploi ou Agefiph, FAF…), dès le premier entretien la question du handicap est évoquée.

S’il s’agit d’un stagiaire “entreprise” lorsque l’entreprise est commanditaire (financement sur fonds propres, OPCO, FNE….), la question est posée à l’interlocuteur dans l’entreprise (Dirigeant, DRH, Manager), et elle est reposée aussi à chaque stagiaire au moment du test de positionnement.

Lorsque les stagiaires sont PSH (personne en situation de handicap), deux questions sont posées :

  • le stagiaire dispose-t-il d’une reconnaissance de son handicap ?
  • le stagiaire a-t-il besoin de moyens de compensations ou d’aménagements spécifiques ?

Si la réponse à l’une de ces deux questions est oui, alors le stagiaire est orienté vers le référent handicap de la structure.

Lorsqu’un stagiaire en situation de handicap est intégré, le formateur est averti et surtout reçoit les préconisations et une aide du référent handicap en matière d’aménagement ou de mise en place des compensations.

Lorsque le formateur a un premier contact avec le stagiaire, s’il n’a pas été averti par le référent handicap, il lui repose la question afin de s’assurer qu’il n’y a pas besoin d’aménagements particuliers ou de besoin de compensation.

Si le stagiaire est en situation de handicap, qu’il ait une reconnaissance ou pas, il est orienté vers le référent handicap.

Pendant tout le temps que dure la formation, le formateur restera vigilant sur tous signaux faibles pouvant indiquer que le stagiaire est en situation de handicap. Dans ce cas, le formateur pourra prendre contact avec le référent pour décider de la meilleure solution à adopter.

Si le stagiaire est en situation de handicap et qu’il nécessite un aménagement ou un dispositif de compensation de son handicap pour passer un examen, le référent handicap prévient l’examinateur (lorsque le passage de la certification ou de la qualification se passe en interne) ou le centre d’examen afin que les mesures soient mise en place.

B Les 5 types d’adaptations pédagogiques

1 Adaptations des rythmes et des temps de formation

La nature du handicap peut entraîner en effet :

  • Une capacité d’apprentissage diminuée, des difficultés de concentration (déficiences intellectuelles, déficiences sensorielles même compensées, effets d’un traitement, suite d’un traumatisme crânien…),
  • Une lenteur dans la prise de note (paralysie des membres supérieurs, déficiences sensorielles…),
  • Une fatigabilité (maladie invalidante, handicap visuel qui malgré une compensation technique exige un effort plus important en formation, troubles Dys…),
  • Un besoin de temps d’intégration cognitive plus long (déficience auditive,déficience intellectuelle, déficience psychique…),
  • Des absences fréquentes (maladies invalidantes qui nécessitent des soins réguliers et des rendez-vous médicaux fréquents, ex : dialyse) ou des périodes plus ou moins longues d’incapacité de travail et donc d’arrêts (ex : migraines aiguës),
  • Une difficulté dans le respect d’horaires réguliers engendrée par certains troubles psychiques (ex : agoraphobie).

2 Adaptations des modalités pédagogiques, contenus, supports outils

En fonction de la nature du handicap, les difficultés d’apprentissage que rencontrent les stagiaires handicapés ainsi que les besoins d’adapter la formation sont différents :

  • Des difficultés dans la réception et l’émission des contenus (entendre, lire, écrire les contenus formatifs, exprimer ou s’exprimer face à ces contenus…),
  • Difficultés à acquérir les savoirs et compétences (fatigabilité, problème de concentration, …),
  • Difficultés dans la relation à l’autre (problèmes de communication et / ou de comportements…), face au groupe, au formateur, aux accompagnants…

3 Aménagement des règles générales d’évaluation des connaissances et des compétences acquises au cours de la formation

Afin de garantir l’égalité des chances des candidats présentant un handicap aux examens ou concours, les autorités administratives compétentes doivent procéder aux adaptations légales pour ouvrir, organiser et sanctionner ces examens et concours.

Pour les cas non prévus, ces autorités peuvent mettre en place tout aménagement nécessaire en respectant le principe de l’égalité entre les candidats.

Les aménagements peuvent concerner toutes les formes d’épreuves, quel que soit le mode d’acquisition du diplôme et le mode d’évaluation des épreuves (épreuves ponctuelles, partielles, contrôle continu, contrôle en cours de formation, entretien).

4 Aménagement de l’environnement

Rendre la formation accessible à tous nécessite également une réflexion technique sur :

  • l’accessibilité des locaux : salles de formation et environnement (salle de pause, salle de repos équipée, restauration, WC…), parking ;
  • l’adaptation du matériel pédagogique.

5 Aménagement de la structuration de l’équipe pédagogique

L’intégration d’un public handicapé au sein d’un organisme de formation de droit commun peut réinterroger sur les pratiques de l’équipe pédagogique aussi bien en matière de réflexion pédagogique qu’en matière d’organisation.

III Mon rôle de référente handicap

A Mes activités au quotidien

Je suis en contact avec l’ensemble du personnel et des formateurs de l’organisme de formation.

Mon but : faire en sorte que le stagiaire ait la meilleure expérience de formation possible malgré son handicap.

Cela passe, notamment, par :

  • la mise en place de sessions de sensibilisation du personnel et des formateurs sur le handicap et à l’impact des contraintes médicales sur la formation, avec une vigilance médicale en cas de prise de médicaments ou de pathologies pouvant entrainer des crises ou malaises (épilepsie problèmes cardiaques, diabètes …) ;
  • l’accompagnement de l’équipe pédagogique et instauration de temps de communication (groupe de travail, groupe de parole) afin de permettre un temps de réflexion, de prise de recul sur les situation, de faire tomber certains préjugés et rassurer sur certaines peurs ;
  • la communication avec l’interlocuteur dans l’entreprise (Dirigeant, DRH, Manager) lorsque l’entreprise est commanditaire et qu’elle est informée du handicap de son salarié à former (le salarié a-t-il une RQTH ? bénéficie t-il actuellement de compensations ? Sait-il gérer sa maladie (diabète, épilepsie, problèmes cardiaques…) pour prévenir la survenance de crise ou anticiper la réaction en cas de crise)… ? ;
  • l’accueil des personnes en situation de handicap pour examiner le projet sans à priori, et ses besoins, identifier les limitations fonctionnelles, évaluer les implications sur le projet, (Comment la personne envisage-t-elle la formation ? Quels sont ses besoins ? Sait-elle gérer sa maladie (diabète, épilepsie, problèmes cardiaques…) pour prévenir la survenance de crise ou anticiper la réaction en cas de crise) ?), chercher les aménagements et compensations possibles, prendre une décision partagée avec la personne concernée, mais aussi réfléchir avec elles sur la façon dont elles veulent qu’on communique (avec l’équipe, avec les formateurs, avec les autres stagiaires, avec l’examinateur ou le centre d’examen) sur leur handicap ;
  • le suivi régulier du stagiaire handicapé afin d’évaluer son intégration, sa motivation, ses réussites, ses difficultés, prise en compte problèmes périphériques qui peuvent interférer sur les apprentissages ;
  • l’aide au montage des dossier MDPH de demande de RQTH lorsque la personne concernée ne dispose pas de reconnaissance de son handicap et souhaite engager la démarche ;
  • le montage des dossiers de demande de financement pour les compensations ;
  • communiquer avec l’équipe et les formateurs sur les aménagements et les compensations qui sont mis en oeuvre ;
  • communiquer avec les autres stagiaires de la session de formation sur l’intégration d’une PSH ;
  • communiquer avec l’examinateur ou le centre d’examen sur les modalités de passage de l’examen (aménagements, compensations) ;
  • etc.

Je suis tenue à la confidentialité des informations qui me sont données par mes interlocuteurs.

B Ma démarche avec le personnel

  • M’assurer que les pages web et les systèmes de gestion des cours soient utilisables par tous les utilisateurs (et je pense qu’il va nous falloir un peu de temps pour y arriver)
  • M’assurer que les documents administratifs soient utilisables par toutes les personnes concernées (même problématique que ci-dessus)

Cela passe, notamment, par :

  • Utiliser le Facile à lire et à comprendre (Falc) ;
  • Utilisez des couleurs contrastantes pour le texte et l’arrière-plan ;
  • Les textes sont plus lisibles lorsqu’ils sont en noir et blanc. L’utilisation de caractères en couleur devrait se limiter aux titres ou aux éléments surlignés ;
  • Utilisez une grande taille de caractères, préférablement entre 12 et 18 points selon la police de caractères choisie (la taille des caractères varie selon la police de caractères) pour l’impression et entre 16 et 25 pour le site web ;
  • Prévoir systématiquement un interlignage de 1,5 à 2 ;
  • Évitez l’emploi de polices de caractères compliques ou décoratives, et utiliser une police de caractère sans sérif (Century Gothic, Arial, Open Dys, Calibri, Trebuchet MS) avec des caractères espacés ;
  • Éviter l’italique, la présentation en colonnes ;
  • Choisir des polices de caractères comportant des traits d’épaisseur moyenne ;
  • Privilégiez un type de caractères à espacement fixe plutôt qu’un type de caractères à espacement proportionnel ;
  • Les textes arrangés spécial dyslexiques comportent des titres en minuscules sauf la première lettre ;
  • Pour mettre en relief, écrire  en gras plutôt que souligné ou italique ;
  • Ne pas justifier les textes pour éviter qu’il ne forme un bloc illisible ;
  • Pour les documents imprimés, NUMÉROTER les pages pour aider à s’organiser ;
  • Ne jamais imprimer les document en recto-verso ;
  • Utiliser un fini mat ou non glacé pour réduire les reflets ;
  • Diminuer les distractions en n’utilisant ni filigranes ni dessins compliqués en arrière-plan ;
  • Donner un sens de lecture évident : pour les plaquettes, catalogues…, un bloc-texte par page, et non une accumulation de paragraphes non alignés sur la même page ;
  • Décrire les images et plus globalement remplir l’attribut -Alt de la balise image sur le site web ;
  • Rendre les documents téléchargeables accessibles aux lecteurs braille ;
  • etc.

C Ma démarche avec l’équipe pédagogique

Ma démarche est de sensibiliser aux différents handicaps, mais aussi de préconiser des solutions permettant à chacun d’adapter ses contenus, ses supports, sa posture et ses modalités pédagogiques.

C’est aussi discuter quant aux solutions mises en place pour la gestion des absences ou encore sur les rythmes d’apprentissage.

1 Sur les rythmes d’apprentissage

  • Quelle doit être la durée globale de la formation ? (Y a-t-il une obligation réglementaire ?)
  • Peut-elle s’effectuer à temps plein ? Sur ½ journée par jour ? Sur 1h30 par jour?
  • Quelle doit être la durée des séquences pédagogiques ?
  • Doit-on augmenter les temps de pause en nombre et/ou en durée ?
  • Doit-on aménager les rythmes d’acquisition des connaissances ?
  • Comment s’assurer que les stagiaires les ont bien intégrées en temps réel ?

2 Sur la gestion des absences

  • Comment gérer les absences prévisibles pour raison de santé (suivi médical) et les absences non prévisibles (en relation avec la nature du handicap) ?
  • Comment gérer les absences courtes (ex : un diabétique insulinodépendant pour une injection) ?
  • Comment gérer l’impact des absences sur l’acquisition des compétences, sur la rémunération, etc. ?
  • Comment rattraper les modules manqués ?

3 Adaptations des modalités pédagogiques, contenus, supports outils

  • Lors de la réalisation des supports, utiliser le Facile à lire et à comprendre (Falc) ;
  • Rendre les documents accessibles au plus grand nombre (cf ma démarche avec le personnel) ;
  • Inclure une table de matières permettant aux stagiaires de s’y repérer facilement et opter pour une structure claire (ex. : divisions en chapitres et en sections) ;
  • Insérer un support visuel le plus souvent possible (image, schémas, cartes heuristiques…) ;
  • Remettre le support pédagogique au stagiaire en amont de la séance pour réduire l’appréhension de la situation d’apprentissage, limiter le travail en « double tâche » et éviter les surcharges cognitives induites par une prise de notes exhaustive ;
  • Transmettre les supports de formation sous forme numérique ;
  • Vérifier l’acquisition des repères temporels et spatiaux ;
  • Aider au repérage lors des déplacements : repères au sol, fléchage bien visible et explicite des lieux de formation ;
  • Placer les personnes sourdes,  déficientes visuelles, et autistes dos aux fenêtres (pour éviter toute gêne visuelle ou éblouissement) ;
  • Choisir le mode d’animation de la formation qui permette de conforter la confiance en soi de chaque participant et de gérer les émotions inhérentes à la vie du groupe, à la situation d’apprentissage ou au vécu extérieur ;
  • Permettre au stagiaire d’exprimer son choix, de contribuer à la mise en œuvre de son parcours de formation et de s’impliquer davantage dans ce qui lui est proposé (« rien pour moi sans moi ») ;
  • Utiliser un plan de formation très structuré, qui sera rappelé régulièrement ;
  • Annoncer le plan du cours ainsi que les différentes étapes au fur et à mesure pour permettre de se représenter mentalement l’évolution du cours et de se repérer dans la prise de notes ;
  • En début de séance, restituer le cours dans son contexte et rappeler l’objet traité précédemment ;
  • Avoir une écoute active et adapter le programme de formation pour permettre des temps d’expression ;
  • Annoncer les types de contenus projetés et leurs titres (Déficience visuelle) :
  • S’il s’agit d’une courbe par exemple, décrire brièvement sa forme, ses mouvements et son évolution en citant les abscisses et les ordonnées ainsi que les points les plus pertinents ;
  • S’il s’agit d’un tableau, veiller à annoncer les noms des colonnes et lignes en donnant les informations clés principales ;
  • S’il s’agit d’une carte géographique, veiller à annoncer les pays représentés et les légendes participant à la bonne compréhension de la carte ;
  • Alterner les séquences pédagogiques théoriques et les séquences pédagogiques pratiques, par exemple en se concentrant sur l’acquisition des connaissances nouvelles le matin puis en consolidant les savoirs, notamment par la répétition des tâches, l’après-midi ;
  • Privilégier l’acquisition des compétences techniques directement transférables en emploi par rapport aux connaissances théoriques ;
  • Passer systématiquement par le « faire » et faire appel à la créativité des stagiaires ;
  • Varier les modalités pédagogiques (PowerPoint, méta plan ; collectif / individuel ; statique / mobile) et privilégier autant que faire se peut la modalité ateliers à plusieurs niveaux et / ou thématiques ;
  • Privilégier les supports visuels pour mieux assimiler et maintenir l’attention ;
  • Favoriser l’utilisation des cartes heuristiques ;
  • Utiliser les techniques de remédiation cognitive ou méthodes psychopédagogiques ;
  • Éviter les situations de « double tâches » (quand les processus de la lecture, de l’écriture et/ou de l’orthographe n’ont pas été automatisés par un stagiaire, il est alors souvent en situation de « double tâche », c’est-à-dire contraint de partager son attention entre les tâches non automatisées nécessitant toujours de la concentration et les autres (analyser, comprendre, raisonner)) ;
  • Utiliser la communication dite « alternative » en remplacement d’une parole absente ou la communication dite « augmentée ou améliorée » en soutient l’expression de la personne. Elles s’appuient sur le langage corporel, le regard, les mimiques, les gestes, les signes, l’écriture, le braille, les objets, symboles et pictogrammes ;
  • Etre attentif à ne pas utiliser abondamment l’écrit, qui reste un outil plus difficile à appréhender, mais davantage privilégier l’image, notamment pour les troubles du langage (dyslexie) et les déficiences auditives, qui entraînent souvent certaines difficultés au niveau de la grammaire, de l’orthographe ou encore de la compréhension des textes, des concepts et des expressions ;
  • Intégrer des cours « individuels » pour les personnes qui ont plus de difficulté à acquérir certaines notions ou certaines tâches ;
  • Répéter autant que de besoins lors de la formation, afin de soutenir la concentration et la mémorisation, ce qui suppose l’adaptation constante du rythme de formation pour permettre le temps de la répétition et l’assimilation ;
  • Réduire le niveau d’exigences quant au travail à fournir (ex : 2 exercices au lieu de 5, demander de rédiger des textes moins longs) pour les personnes en situation de handicap ;
  • Mettre en place des fiches spécifiques, des fiches de procédures sur certaines tâches pour pallier aux troubles de la mémoire (ex : trauma-crânien) ;
  • Passer plus de temps sur la méthodologie, le « comment on apprend » (déficience intellectuelles, psychique, déficience auditive…) ;
  • Prévoir un accompagnement méthodologique afin d’aider certains stagiaires ayant des difficultés à appréhender ce qui est conceptuel (public sourd, déficients intellectuels…), mais aussi pour un public souvent de niveau V à infra V et/ou avec une longue période d’inactivité et qui a des difficultés à se projeter ;
  • Proposer des énoncés clairs, concrets, explicites et sans ambiguïté pour éviter fatigue et découragement ;
  • Décomposer les consignes, fixer les différents temps de production, et s’assurer qu’elles aient été comprises de tous (faire reformuler la consigne) ;
  • Privilégier une double transmission des consignes de travail : oralement et par écrit pour éviter la prise de notes ;
  • Laisser le temps de réfléchir ;
  • Récapituler régulièrement ;
  • Éviter les situations stressantes (imposer des délais trop serrés, des échéances trop rapprochées,..) ;
  • Demeurer attentif aux signes manifestes de comportements inopportuns (agitation, familiarité, etc.) ou de « mal-être » (agitation, propos incohérents, absences, etc.) et/ou de « fatigue » ;
  • Demeurer attentif aux signes manifestes de « tristesse » et de « mise en retrait »
  • Demeurer attentif aux signes manifestes de dégradation physique (amaigrissement, visage marqué) ;
  • Demeurer attentif à certaines demandes ou remarques pouvant laisser penser que la personne est en proie à une forte anxiété ;
  • Étaler la charge de travail pour éviter des pics de grande activité, facteur de stress intense et de fatigue supplémentaire qui sont épuisants et démobilisateurs ;
  • Gérer les pauses (plus fréquentes et/ou plus longues) ;
  • Apporter des signes de réassurance, des encouragements ;
  • Permettre à la personne de bouger ou de sortir pour favoriser la remobilisation de l’attention ;
  • Permettre à la personne de s’isoler après un effort attentionnel ou lorsqu’elle est dans un environnement très sollicitant ;
  • Aménager des lieux de repos ou de travail (pour échapper au stress généré par les grands groupes, l’affluence ou un environnement sonore important) ;
  • Limiter les sources de distraction : éviter les stimuli parasites (bruit, interférences, ruptures du déroulé d’une séquence, etc.) ;
  • Autoriser le port d’un casque filtrant pour leur permettre de s’isoler des bruits parasites ;
  • Éteindre ou réduire les sources de lumière qui occasionnent une gêne inutile ;
  • Limiter le bruit, les environnements et supports pédagogiques visuellement surchargés ;
  • Autoriser l’enregistrement du cours pour reprendre les passages incompris ou non pris en notes ;
  • Lors de l’utilisation de paperboard, vidéoprojecteur… : penser à énoncer ce qui est écrit et à décrire les dessins (Déficience visuelle), laisser le temps au stagiaire de visionner les contenus (Déficience auditive) ;
  • L’utilisation de matériel audiovisuel peut poser certaines difficultés si les vidéos ne sont pas sous-titrées. Idéalement il faudrait remettre une transcription au stagiaire (Déficience visuelle ou auditive) ;
  • Présenter les nouveaux mots de vocabulaire ou des termes conceptuels de deux façons : oralement et par écrit, demander au stagiaire de répéter s’il y a un doute sur la compréhension ;
  • Autoriser les logiciels spécifiques (correcteurs orthographiques en français et en langues étrangères, logiciels de synthèse vocale (text-to-speech) et de reconnaissance vocale (speech-to-text), etc.) et l’utilisation d’un ordinateur pour revenir sur les notes prises ;
  • Télécharger le ruban Word Studys qui s’installe dans le logiciel Word pour offrir des outils de traitement de texte adaptés aux dys ;
  • Afin de faciliter les échanges, indiquer verbalement au stagiaire qui lève la main qu’on l’a vu et le nommer lorsqu’on s’adresse à lui ;
  • Donner des repères bibliographiques précis qui pourront être utiles pour rattraper des parties de cours mal comprises ou non prises en notes ;
  • Favoriser les activités et les évaluations individuelles plutôt que collectives ou le cas échéant laisser libre le choix de l’équipe de travail ;
  • Lors des évaluations en cours de formation, s’assurer que la formulation de la consigne n’apporte aucune ambigüité, prévoir des pauses, la présence d’un soignant ou tiers « rassurant » pour les personnes en situation de handicap, une salle individuelle ou une place particulière, allonger le temps de l’évaluation.

Afin de faciliter les échanges en présence d’une personne sourde :

  • Identifier pendant les échanges la personne qui parle, afin de permettre au stagiaire sourd de suivre ;
  • Mettre en place une boucle magnétique individuelle (micro HF) ou collective (installation dans la salle de formation), enregistreur dans la salle de formation ;
  • Autoriser les codeurs LPC, cours de soutien, interfaces de communication, interprètes en LSF, transcription en simultanée par des professionnels via internet sur ordinateurs ou moniteurs vidéos, tutorat ;
  • Parler directement au stagiaire sourd et non pas parler de lui à l’interprète (s’il y en a une) ;
  • Éliminer les bruits environnants (radio, téléviseur, conversations…), ils sont amplifiés par une prothèse auditive ;
  • S’assurer que l’éclairage est adéquat et éviter de tourner la tête lorsque l’on parle ;
  • Parler clairement et normalement, pas trop rapidement, sans exagérer le mouvement des lèvres ni le volume de la voix, se rappeler que la pantomime et le langage corporel sont des moyens de communication, s’arrêter fréquemment ;
  • Se placer face au stagiaire de manière à être vu (ne pas tourner le dos). Lorsqu’il est nécessaire d’inscrire quelque chose au paperboard, cesser de parler ;
  • Eviter de porter un crayon ou de placer les mains devant le visage, cela masque les lèvres ;
  • Toujours attirer l’attention du stagiaire avant de lui parler et maintenir le contact visuel pendant la conversation.

Lorsqu’on a un stagiaire présentant des troubles spécifiques du langage :

  • Parler doucement et clairement ;
  • Écrire au tableau les mots nouveaux ou les orthographes difficiles ;
  • Donner le maximum de supports écrits possibles : plans, fiches, contenus de cours, etc. ;
  • Accepter que l’oral soit prépondérant dans les apprentissages, la mémorisation et les restitutions d’informations.

Lorsqu’on a un stagiaire malvoyant ou aveugle :

  • Lors de l’arrivée en salle de formation, annoncer la configuration de la salle ;
  • Lors d’une prise de parole, veiller à ce que chacun se présente et répète son nom ;
  • Privilégier une police agrandie et une transcription de l’écriture ordinaire en braille et inversement, agrandissements, audiodescription, réalisation de dessins, schémas, cartes, en relief ou agrandis, renforcement des contrastes, verbalisation.

Au final, on peut dire que mon activité est variée et touche autant à l’ingénierie pédagogique, qu’à l’aspect administratif (gestion des dossiers) et technique (typographie, mise en page…) print et web, ou qu’au relationnel avec la personne handicapée, mon équipe administrative et pédagogique, les prestataires externes (formateurs sous-traitants, examinateurs, centres d’examen). Je suis un peu le « couteau suisse » de l’accessibilité.

IV La rédaction d’une charte handicap

La première marche a été la rédaction de l’objectif de cette charte : favoriser l’accueil des personnes handicapées en milieu ordinaire de formation, afin d‘élever leur niveau de qualification et d’adapter leurs compétences en vue d’une insertion professionnelle durable.

Puis les engagements pris :

  • Accueillir dans ses formations le public défini comme éligible, sans discrimination ;
  • Mettre en œuvre, en fonction des besoins des personnes handicapées, toutes les adaptations, pédagogiques, matérielles et organisationnelles, nécessaires à la prise en compte du handicap, dans une logique d’aménagement raisonnable ;
  • Mobiliser une personne référente en matière de handicap, dont la mission est déclinée en quatre axes (procédure d’accueil individualisé, proposition du parcours de formation, mise en œuvre de la formation et suivi individualisé) et permettre à ce référent handicap de participer aux formations qui lui seront proposées ;
  • Mobiliser l’ensemble de son équipe pédagogique, technique ou administrative sur les questions relatives à l’accueil des personnes handicapées ;
  • Afficher cette charte dans un lieu accessible à tous, afin d’informer stagiaires et personnels des engagements pris.

Puis les conditions de mise en œuvre de la procédure d’accueil individualisé par le Référent Handicap;

Enfin, les conditions d’admission en formation, de la mise en œuvre de la formation et du suivi du stagiaire pendant sa formation et à l’issue de celle-ci.

V Mais quel est l’intérêt d’intégrer le handicap dans la formation professionnelle, en dehors de répondre à la réglementation ?

Comme vous avez pu le lire dans ma démarche auprès du personnel et des formateurs, je suis force de proposition et j’essaie d’apporter des solutions activables qui peuvent bénéficier au plus grand nombre.

En effet, mettre en place des solutions permettant au stagiaire de rattraper ses absences, d’avoir des documents et supports de cours plus agréables, faciles à lire et à comprendre, d’être au centre du système de formation (horaires, rythmes, modalités pédagogiques, et au formateur de ne plus être dans une relation exclusivement verticale en s’adaptant aux besoins des apprenants, améliore autant l’expérience apprenante que celle des formateurs.

Par ailleurs, ce changement de paradigme permet la mise en place d’innovations pédagogiques qui profitent au plus grand nombre (donc aux valides aussi).

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