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Formation professionnelle : l’évolution des financements publics entre 2019 et 2025

Une montée en puissance continue des investissements publics

Entre 2019 et 2025, les dépenses totales consacrées à la formation professionnelle sont passées de 31,6 milliards d’euros à 57 milliards, soit une hausse de +80 %. Cette progression résulte de plusieurs facteurs : les plans d’urgence COVID (2020-2022), l’effet de levier du CPF, l’essor spectaculaire de l’apprentissage, les dispositifs d’accompagnement des transitions professionnelles, ainsi que la structuration du financement par les OPCO.

Tableau synthétique des dépenses publiques par dispositif (2019–2025)

Dispositif2019202020212022202320242025
État6,58,09,09,58,58,08,0
Régions4,44,24,03,83,93,83,7
France Travail / Pôle emploi1,52,02,52,82,22,02,0
OPCO7,07,58,08,59,09,09,0
FAF1,21,31,31,31,31,31,3
CPF1,21,52,02,51,81,61,5
Alternance5,06,58,010,010,410,010,0
FNE-Formation0,11,00,50,30,20,10,1
Transitions Pro0,50,60,70,80,80,80,8
AFPA0,70,80,91,01,01,01,0
FSE+0,50,60,70,80,80,80,8
Total28,633,036,640,338,737,437,2

Sources : Jaunes budgétaires 2019–2025 ; Cour des comptes ; PLF 2025.

Les enseignements clés de la Cour des comptes (2020–2025)

Les rapports de la Cour des comptes complètent ces données chiffrées en proposant un éclairage sur la gestion, l’efficience et la soutenabilité des politiques de formation.

2023 – Formation des salariés : entre dynamisme et risques

  • Complexité du système post-réforme.
  • Régulation insuffisante du CPF avec multiplication des fraudes.
  • Déficit structurel de France compétences.

2025 – Politique jeunesse et apprentissage : sortir des logiques d’urgence

  • Mise en garde contre la pérennité des aides à l’apprentissage.
  • Appel à recentrer les financements sur les formations qualifiantes.

2022 – Référé sur France compétences

  • Alerte sur le déséquilibre financier.
  • Recommandation de réviser le modèle de financement.

Mesures de régulation mises en œuvre depuis 2022

Sur le CPF :

  • Instauration d’un reste à charge de 100 € depuis mai 2024 (sauf pour les demandeurs d’emploi).
  • Contrôle renforcé des organismes et des offres sur la plateforme Mon Compte Formation.
  • Réduction du périmètre de certaines formations (ex : permis de conduire).

Sur l’apprentissage :

  • Mise en place d’un reste à charge de 750 € pour les CFA dès juillet 2025.
  • Minoration de 20 % des niveaux de prise en charge pour les formations à distance.
  • Proratisation journalière des prises en charge.
  • Plafonnement étendu à 12 000 € pour les niveaux 5 de qualification.

Sur la qualité et la gouvernance :

  • Renforcement des contrôles sur la certification Qualiopi.
  • Décrets encadrant plus strictement la sous-traitance.
  • France compétences filtre plus strictement les enregistrements au RNCP.
  • Recommandation de fusionner les Transitions Pro avec les OPCO pour une gouvernance plus efficace.

Analyse des principaux dispositifs de financement (2019–2025)

1. État

L’État reste un financeur central, avec une augmentation notable de son engagement durant la crise sanitaire. Après un pic à 9,5 Md€ en 2022, son budget se stabilise à 8,0 Md€ à partir de 2024.

2. Régions

Les régions voient leur participation progressivement réduite, passant de 4,4 Md€ en 2019 à 3,7 Md€ en 2025, dans un contexte de recentralisation de certaines compétences.

3. France Travail / Pôle emploi

Les crédits alloués augmentent jusqu’en 2022 (2,8 Md€), puis se stabilisent autour de 2,0 Md€. L’accent est mis sur les publics les plus éloignés de l’emploi.

4. OPCO (Opérateurs de compétences)

Leur rôle monte en puissance, notamment grâce au financement de l’alternance. Les budgets progressent de 7,0 à 9,0 Md€, pour ensuite se stabiliser.

5. FAF (Fonds d’assurance formation)

Les budgets des FAF, consacrés aux indépendants, se maintiennent autour de 1,3 Md€ sur toute la période.

6. CPF (Compte personnel de formation)

Dopé par sa monétisation, le CPF grimpe jusqu’à 2,5 Md€ en 2022, avant une forte régulation : baisse à 1,5 Md€ en 2025, instauration d’un reste à charge et contrôle renforcé.

7. Alternance

C’est le dispositif ayant connu la plus forte croissance, avec un doublement des financements entre 2019 et 2023. Il devient la première dépense en formation professionnelle, atteignant 10,4 Md€.

8. FNE-Formation

Dispositif exceptionnellement mobilisé en 2020 (1,0 Md€) pour les salariés en activité partielle. Réduit à 0,1 Md€ depuis 2024 pour revenir à son usage initial.

9. Transitions Pro

Ces associations régionales soutiennent les projets de reconversion des salariés. Leurs financements croissent légèrement (de 0,5 à 0,8 Md€), puis se stabilisent.

10. AFPA

L’Agence nationale pour la formation des adultes reste un acteur clé pour les publics en insertion. Son budget progresse jusqu’à 1,0 Md€, notamment dans le cadre du PIC.

11. FSE+

Le Fonds social européen plus (FSE+) cofinance les dispositifs nationaux et régionaux. Sa contribution reste constante autour de 0,8 Md€ à partir de 2022.

Conclusion

L’évolution des financements de la formation professionnelle entre 2019 et 2025 reflète une mobilisation budgétaire exceptionnelle, une transformation profonde des dispositifs, mais aussi une volonté croissante de régulation et de rationalisation. À la hausse continue des budgets jusqu’en 2022 ont succédé des arbitrages budgétaires et des mesures de recentrage, répondant aux alertes de la Cour des comptes et aux limites du modèle économique de France compétences.

L’intégration de nouveaux dispositifs comme le FNE-Formation, les Transitions Pro ou le FSE+, la consolidation du CPF, ainsi que la montée en puissance de l’alternance, ont diversifié les leviers d’action. Mais leur coexistence impose une gouvernance plus lisible, mieux coordonnée, et durablement financée.

Pour les acteurs de la formation (OF, CFA, OPCO, prescripteurs), cette période impose de mieux comprendre les flux financiers, de veiller à la qualité et à l’impact des actions, et de se positionner en cohérence avec les priorités stratégiques de la politique de l’emploi. La suite dépendra de la capacité collective à concilier ambition, équité, performance et soutenabilité.

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