Spoiler alert : on ne naît pas formateur efficace, on le devient… souvent en se plantant un peu, en doutant beaucoup, mais surtout, en analysant ce qu’on fait. Pas pour se juger, mais pour progresser.
Alors si vous avez déjà eu cette petite voix intérieure qui dit “je ne sais pas trop ce qui a cloché dans cette séance…”, c’est que vous êtes mûr·e pour entrer dans le monde fabuleux de l’analyse de la pratique.
Pourquoi analyser sa pratique de formateur ?
Parce que non, ce n’est pas juste pour les psys ou les enseignants en lycée pro.
L’analyse de pratique permet de :
- Prendre du recul sur ses interventions (et arrêter de foncer tête baissée)
- Mieux comprendre les dynamiques de groupe
- S’ajuster en continu pour rester pertinent·e
- Valoriser ses compétences pédagogiques
- Cultiver un vrai réflexe d’amélioration continue
En bref, c’est le GPS du formateur : sans lui, on avance… mais pas toujours dans la bonne direction.
Étape 1 – Choisir ce qu’on veut analyser
Soyons clair·e : on ne va pas tout passer au crible à chaque séance. L’idée est de focaliser sur un moment, une situation ou un ressenti marquant.
Par exemple :
- Une activité qui a super bien marché (youpi !)
- Un moment où le groupe a décroché (ouille…)
- Un conflit, un bug technique, une consigne mal comprise
- Un silence gênant, une question restée sans réponse
L’analyse commence quand on se dit : “tiens, il s’est passé un truc là…”
Étape 2 – Utiliser un outil simple et efficace
Voici une grille d’analyse en 5 questions clés, que vous pouvez utiliser après chaque séance.
| Étape | Question |
| 1. Décrire | Que s’est-il passé objectivement ? |
| 2. Ressentir | Qu’ai-je ressenti pendant la séance ? |
| 3. Analyser | Pourquoi cela s’est-il passé ainsi ? |
| 4. Retenir | Qu’est-ce que j’en retire ? |
| 5. Agir | Que ferai-je autrement la prochaine fois ? |
Pas besoin d’y passer une heure. En 10 à 15 minutes, vous pouvez déjà faire émerger des perles de compréhension.
Étape 3 – Être bienveillant avec soi-même (mais pas trop non plus)
Analyser ne veut pas dire s’auto-flageller. On n’est pas dans Koh-Lanta : ce n’est pas l’épreuve du jugement, mais celle de la lucidité.
Règle d’or :
“Je ne cherche pas à être parfait·e. Je cherche à être pertinent·e.”
Autorisez-vous à célébrer ce qui a bien marché, à regarder en face ce qui a dérapé, et à en tirer des idées concrètes pour avancer.
Étape 4 – S’appuyer sur des traces et des retours
Pour enrichir votre analyse, pensez à :
- Vous filmer (avec autorisation bien sûr)
- Tenir un carnet de bord rapide après chaque séance
- Recueillir les feedbacks des stagiaires (même en 2 questions)
- Échanger avec d’autres formateurs (analyse croisée, codéveloppement, supervision)
Ce sont autant de miroirs qui vous aideront à mieux vous observer… sans avoir besoin d’un psychanalyste.
Étape 5 – Rendre l’analyse régulière
L’analyse de pratique, ce n’est pas un one-shot post-bug. C’est une habitude à cultiver.
Par exemple :
- Une mini-analyse chaque semaine
- Une séance complète décryptée chaque mois
- Un échange entre pairs tous les trimestres
Avec un peu de rigueur, cela devient aussi naturel que d’ouvrir sa salle Zoom ou de préparer ses feutres Velleda.
Bonus : la fiche d’auto-analyse prête à l’emploi
Parce que je vous vois venir (“oui c’est bien tout ça, mais j’ai pas le temps de créer un support…”), voici une fiche que vos formateurs peuvent utiliser dès demain :
FICHE D’AUTO-ANALYSE DE SA PRATIQUE – FORMATEUR.TRICE
Date :
Thématique :
Durée :
Public :
- Description de la situation
- Mon ressenti
- Réactions des apprenants
- Analyse (causes, contexte)
- Points positifs
- Points à améliorer
- Pistes d’expérimentation
- Plan d’action (objectif – action – échéance)
Et maintenant ? On s’y met ?
L’analyse de pratique, c’est un outil puissant, accessible, et révélateur. Elle vous permettra d’affûter vos compétences, de rester connecté·e à votre posture pédagogique, et surtout… de gagner en confiance.
Alors, on prend son carnet, son café (ou son thé), et on se bloque 15 minutes.
C’est peut-être le meilleur investissement pro de votre semaine.
