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Devenir certificateur au RNCP ou au RS : responsabilités, obligations et engagements pour garantir la valeur des compétences

Dans le tumulte des réformes, circulaires et exigences croissantes, une fonction s’est imposée comme pilier de la qualité des parcours de formation : celle de certificateur. Être organisme certificateur aujourd’hui, ce n’est pas simplement apposer un tampon sur un parchemin. C’est garantir, dans la durée, la valeur d’une certification, sa pertinence sur le marché de l’emploi, la rigueur de ses évaluations, et l’équité d’accès pour tous les publics, y compris les plus éloignés.

En France, cette responsabilité prend tout son sens à travers les deux répertoires nationaux gérés par France Compétences : le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) et le RS (Répertoire spécifique). Chacun répond à des logiques différentes – métiers pour le RNCP, compétences transversales ou complémentaires pour le RS – mais tous deux reposent sur une même exigence : prouver que la certification est utile, bien pensée, équitable, et portée par un organisme responsable.

Ce guide approfondi, à destination des acteurs de la formation, des porteurs de projets de certification et des responsables qualité, se propose de dresser un panorama des obligations, responsabilités et bonnes pratiques à respecter pour devenir, rester et grandir en tant qu’organisme certificateur en 2025.

À travers les 10 parties qui suivent, nous verrons ensemble : ce que signifie être certificateur aujourd’hui, ce qu’attendent les autorités, comment construire un dossier solide, quels sont les pièges à éviter, comment structurer les référentiels, organiser les jurys, intégrer les exigences d’accessibilité, de VAE (uniquement pour le RNCP), de qualité, de transparence, et piloter une gouvernance cohérente et durable.

En un mot : comment transformer une intention de certification en un levier stratégique au service des compétences et de la reconnaissance professionnelle.

1. Devenir certificateur : un engagement stratégique et systémique

1.1. Une fonction qui dépasse la délivrance d’un diplôme

À l’heure où la qualité des certifications professionnelles devient un enjeu national, devenir organisme certificateur ne consiste pas simplement à obtenir un label. C’est accepter une responsabilité à plusieurs dimensions : pédagogique, économique, réglementaire, éthique et sociétale.

Le certificateur joue un rôle central dans l’écosystème de la formation professionnelle. Il est l’entité (publique ou privée) qui conçoit, porte, gère et garantit la valeur d’une certification inscrite au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) ou au RS (Répertoire spécifique). Il est responsable à ce titre de l’ensemble du cycle de vie de la certification, depuis la conception des référentiels jusqu’à la délivrance des titres, en passant par l’évaluation, l’habilitation des organismes partenaires, la régulation des jurys, l’accessibilité des modalités d’évaluation, la qualité des preuves et le suivi post-certification.

Il s’agit donc d’un acte d’engagement professionnel et politique, engageant la structure sur le long terme et dans une logique de service public. Car au fond, une certification professionnelle est un outil de reconnaissance officielle de compétences utiles à la société, que ce soit par l’insertion, la montée en qualification, la reconversion, ou la sécurisation des parcours. Être certificateur, c’est contribuer à cet objectif commun.

1.2. Pourquoi devenir certificateur en 2025 ?

Les motivations peuvent être nombreuses, souvent convergentes :

  • Reconnaître officiellement un savoir-faire, une expertise ou une compétence acquise sur le terrain, que les diplômes traditionnels ne prennent pas toujours en compte.
  • Structurer une offre de formation ou de services autour d’une logique de certification, en y associant des partenaires, des labels, des obligations qualité.
  • Accéder à de nouveaux leviers de financement : CPF, alternance, marchés publics, appels à projets.
  • Valoriser une compétence complémentaire ou un référentiel de métier développé en interne ou en réseau.
  • Constituer un pôle d’excellence sectoriel, reconnu par les branches, les OPCO ou les pouvoirs publics.

Mais attention : cette ambition légitime ne peut s’improviser. Depuis 2019, avec la création de France Compétences, l’enregistrement au RNCP ou au RS répond à des critères beaucoup plus stricts qu’auparavant. Les exigences de lisibilité, de fiabilité, de robustesse du système qualité, de neutralité du jury, de capacité financière et de plus-value sur le marché de l’emploi sont désormais impératives.

1.3. RNCP ou RS : deux répertoires, deux finalités

La première grande distinction à comprendre est celle qui existe entre les deux répertoires nationaux gérés par France Compétences.

Le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) est réservé aux certifications professionnelles structurées par blocs de compétences, dont la finalité est l’accès à un métier identifié. L’enregistrement est valable au niveau national, avec une équivalence dans le cadre européen (CEC). Le RNCP implique une possibilité de validation par la VAE (validation des acquis de l’expérience), y compris dans sa forme inversée (contrat pro expérimental).

Le RS (Répertoire spécifique) recense les certifications de compétences complémentaires à un métier, les habilitations et les micro-certifications jugées d’intérêt par le marché. Il ne permet ni VAE, ni VAE inversée, n’est pas structurée en blocs, et vise avant tout à attester une compétence transversale, une aptitude ou une technique spécifique. Il peut concerner aussi bien des compétences comportementales que des compétences techniques très ciblées.

Attention : le référentiel d’activités (RA) est obligatoire pour toute certification RNCP.

1.4. Certification ≠ Action de formation

Un point fondamental souvent mal compris est que le certificateur n’est pas nécessairement un organisme de formation. Il peut l’être – et c’est fréquent – mais ce n’est pas une obligation. La mission de certification consiste à garantir la qualité du processus de reconnaissance des compétences, quel que soit le parcours suivi par la personne (formation, autoformation, expérience, etc.).

Cela a plusieurs conséquences :

  • Un certificateur peut habiliter d’autres organismes pour réaliser les formations et/ou les évaluations.
  • Il doit organiser des jurys, même pour les candidats libres.
  • Il est redevable d’un système de veille, de contrôle qualité et de suivi documentaire.
  • Il est responsable des preuves de certification, conservées pendant 5 ans.
  • Il doit rendre des comptes à France Compétences à travers un bilan quinquennal ou triennal.

L’erreur serait donc de penser que créer une certification, c’est créer un simple diplôme-maison. Ce n’est ni un diplôme, ni un label privé, ni une fiche produit. C’est une inscription réglementée dans un répertoire public, soumise à contrôle.

1.5. Les profils de certificateurs en 2025

En 2025, les certificateurs peuvent être :

  • des ministères certificateurs,
  • des branches professionnelles (via leurs CPNE ou CPNEFP),
  • des chambres consulaires,
  • des réseaux associatifs ou ONG sectorielles,
  • des établissements publics ou collectivités,
  • des universités ou grandes écoles,
  • des organismes de formation privés (sous conditions),
  • des entreprises souhaitant valoriser des compétences clés,
  • des consortiums ou groupements, si une structure juridique unique porte la certification.

France Compétences ne discrimine pas en fonction du statut, mais elle exige une capacité démontrée à exercer cette mission avec rigueur, impartialité et transparence. La labellisation Qualiopi est obligatoire pour tous les certificateurs.

2. Monter un dossier d’enregistrement solide : référentiels, note d’opportunité, pièces à fournir

2.1. Une logique de dossier, pas de simple formulaire

Trop souvent, les porteurs de projet abordent le dépôt de dossier d’enregistrement au RNCP ou au RS comme un acte administratif : remplir des champs, joindre des pièces, cliquer sur « envoyer ». C’est une erreur majeure.

France Compétences n’attend pas une déclaration de bonnes intentions, mais un dossier structuré, argumenté, cohérent, soutenu par des données et preuves tangibles. Chaque partie du dossier doit démontrer que :

  • le besoin est réel et documenté,
  • la réponse est pertinente, spécifique et complémentaire de l’existant,
  • le certificateur est en capacité de porter la certification dans la durée.

En somme, il s’agit d’un acte de stratégie et d’ingénierie documentaire, comparable à la conception d’un diplôme d’État ou à la structuration d’un parcours certifiant dans l’enseignement supérieur.

2.2. Le cœur du dossier : la note d’opportunité

2.2.1. Définition et rôle central

La note d’opportunité est la pièce stratégique maîtresse du dossier, que ce soit pour une certification RNCP ou RS. Elle permet à France Compétences de répondre à une seule question : « Est-ce que cette certification a une véritable utilité socio-économique ? »

Elle doit répondre à trois enjeux clés :

  • Pertinence : le besoin est réel, identifié, étayé par des données d’emploi, d’insertion, de tension sur le marché du travail.
  • Spécificité : la certification ne fait pas doublon avec l’existant. Elle apporte une plus-value.
  • Adéquation : les compétences visées sont bien celles attendues par les employeurs ou les institutions du secteur.

Attention : une certification innovante mais redondante avec une fiche déjà existante sera rejetée. À l’inverse, une certification originale mais non adossée à un besoin du marché ou sans débouché réel sera tout autant écartée.

2.2.2. Contenu attendu de la note d’opportunité

Un contenu efficace comprendra :

  • une analyse des offres d’emploi,
  • des indicateurs de tension sur les métiers,
  • des entretiens avec des employeurs, OPCO, branches,
  • des lettres de soutien (ou de co-construction),
  • une cartographie des certifications existantes et des passerelles avec la nouvelle certification.
  • des éléments prospectifs (transformations numériques, mutations écologiques, évolutions réglementaires, etc.),
  • une analyse territoriale ou nationale selon l’objet de la certification.

Elle représente entre 30 % et 50 % du travail de montage du dossier. Une note d’opportunité solide est souvent l’élément déterminant dans la décision finale de France Compétences.

2.3. Les 4 référentiels : colonne vertébrale du dispositif

Le dossier doit comprendre, de manière structurée et cohérente, quatre référentiels essentiels :

2.3.1. Référentiel d’activités (RA)

Le RA décrit les activités exercées dans le cadre professionnel visé. Il s’agit ici des situations de travail significatives, pas d’une fiche de poste générique. Chaque activité doit être :

  • contextualisée,
  • observable,
  • représentative d’une activité.

Il s’agit de donner à voir la réalité du travail dans laquelle les compétences seront mobilisées. Pour le RNCP, le RA est obligatoire. Pour le RS, il est recommandé mais peut être omis si les compétences sont transversales.

2.3.2. Référentiel de compétences (RC)

Le RC définit ce que la personne certifiée doit savoir faire dans les situations décrites. Il ne s’agit pas d’objectifs pédagogiques, mais de compétences professionnelles démontrables. Chaque compétence doit :

  • être exprimée comme un savoir-faire observable,
  • être déclinée en plusieurs comportements attendus ou « sous-compétences »,
  • pouvoir être évaluée.

Pour le RNCP, les compétences doivent être regroupées en blocs de compétences autonomes, pouvant faire l’objet de validation partielle.

2.3.3. Référentiel d’évaluation (RE)

Il répond à une seule question : comment sait-on qu’une personne est compétente ?

On y décrit :

  • les situations d’évaluation (cas pratiques, mises en situation, études de cas, QCM, dossiers…),
  • les critères d’évaluation (alignés sur les compétences),
  • les seuils de réussite,
  • les modalités de traçabilité (preuves, grilles d’évaluation, comptes-rendus),
  • la répartition entre évaluation en situation et hors situation.

Le RE est le garant de l’objectivité du processus. Il permet aux jurys d’être rigoureux, équitables, reproductibles.

2.3.4. Référentiel de certification (RCe)

Le RCe est le référentiel de synthèse. Il formalise :

  • l’organisation des blocs (RNCP uniquement),
  • les modalités d’évaluation,
  • les règles de validation (notes, compensations, seuils),
  • la composition des jurys,
  • les règles d’accès (pré-requis, dispenses, passerelles, VAE dans le cadre d’un titre RNCP),
  • les modalités d’accessibilité pour les publics en situation de handicap,
  • la durée de validité de la certification.

C’est un document à visée réglementaire, qui engage le certificateur dans l’application des règles définies.

2.4. Autres pièces et documents exigés

Outre la note d’opportunité et les quatre référentiels, le dossier doit comporter :

  • une présentation du certificateur (statuts, numéro NDA, etc.),
  • un organigramme du dispositif,
  • les pièces attestant de la capacité financière et juridique,
  • les conventions de partenariat (en cas de co-portage ou d’habilitation),
  • une fiche synthèse normalisée,
  • un engagement à transmettre les données d’insertion.

En cas de renouvellement, le certificateur doit en outre fournir :

  • un bilan d’activité (nombre de certifiés, jurys, insertion),
  • les preuves de mise en œuvre effective,
  • les ajustements réalisés depuis l’enregistrement initial.

2.5. Particularités selon le répertoire visé

ÉlémentRNCPRS
VAE obligatoire
Structuration en blocs
RA obligatoire
Note d’opportunité requise
Certification reconnue CEC
Accès CPF automatique
Candidats libres obligatoires
Dossier plus exigeant✅✅

3. Assumer ses responsabilités de certificateur au quotidien : éthique, gouvernance, qualité, traçabilité

3.1. La certification, un acte d’intérêt général

Dès lors qu’une certification est enregistrée au RNCP ou au RS, elle devient un outil de reconnaissance des compétences professionnelles au niveau national, accessible à toutes et tous via le CPF ou la VAE (pour le RNCP). Elle s’inscrit dans une politique publique : celle de la montée en compétence, de l’insertion, de la reconversion.

Ce n’est pas un simple produit commercial.
C’est une mission d’intérêt général.

Cela implique pour le certificateur :

  • une rigueur irréprochable dans le respect des règles déclarées,
  • une capacité à suivre et à tracer les parcours des certifiés,
  • un souci d’équité, d’accessibilité et de transparence,
  • une vigilance constante sur la qualité de l’évaluation et des résultats produits.

3.2. Gouvernance du dispositif : rôles, organes, responsabilités

Un certificateur ne peut fonctionner seul dans son bureau, un tampon à la main. Il doit mettre en place une gouvernance structurée, comprenant notamment :

  • Un responsable de la certification, garant de la conformité,
  • Un comité technique ou pédagogique, chargé de la mise à jour des référentiels et de la veille sectorielle,
  • Des jurys de certification, indépendants dans leurs décisions,
  • Un circuit d’habilitation et de suivi des partenaires (en cas de délégation).

France Compétences exige que les responsabilités soient clairement identifiées et documentées. Les circuits de décision, de validation et de contrôle doivent être traçables.

Exigence clé : pouvoir fournir un rapport d’audit interne ou de contrôle qualité à tout moment.

3.3. Jurys de certification : indépendance et professionnalisme

Les jurys de certification ne sont pas des formalités. Ce sont des actes officiels de reconnaissance de la compétence. À ce titre :

  • Ils doivent être composés d’au moins 50 % de professionnels extérieurs (hors formateurs, sauf exception pour le RS).
  • Leur fonctionnement doit être indépendant de l’organisme évaluateur.
  • Leurs décisions doivent s’appuyer sur des preuves d’évaluation objectives et traçables.
  • Des comptes-rendus de jury doivent être établis et conservés.

Un certificateur qui n’a pas d’archives de jurys, ou qui ne justifie pas leur composition, sera sanctionné lors d’un renouvellement.

3.4. Qualité des processus : traçabilité, preuves et dispositifs internes

France Compétences n’attend pas une simple déclaration d’intention, mais la démonstration concrète que :

  • les évaluations ont eu lieu dans des conditions équitables,
  • les grilles ont été renseignées,
  • les preuves sont archivées,
  • les jurys ont statué de manière motivée,
  • les données d’insertion sont collectées et transmises.

Le certificateur doit donc déployer un système qualité interne équivalent à celui exigé par le référentiel Qualiopi (sans être forcément certifié lui-même).

Exemple de documents à produire :

  • grilles d’évaluation anonymisées,
  • procès-verbaux de jury,
  • rapports d’activité,
  • plans d’amélioration continue.

3.5. Accessibilité et équité d’accès

Les certifications professionnelles doivent être accessibles à toutes les personnes, quel que soit leur parcours. Cela implique notamment :

  • des aménagements raisonnables pour les personnes en situation de handicap (temps majoré, supports adaptés, etc.),
  • des voies d’accès diversifiées : formation, autoformation, VAE (pour le RNCP), candidats libres,
  • une transparence sur les prérequis, les modalités et les résultats.

Le certificateur est tenu de démontrer qu’il met en œuvre une politique d’accessibilité active, conformément à l’article L. 5211-2 du code du travail et aux exigences transversales du RNCP/RS.

3.6. Transmission des données à France Compétences et contrôle qualité

Depuis 2022, les certificateurs sont tenus de transmettre chaque année à France Compétences les données suivantes :

  • nombre de personnes certifiées,
  • voies d’accès utilisées (formation, VAE, libre),
  • taux d’obtention par voie,
  • taux d’insertion à 6 mois (pour le RNCP),
  • partenaires habilités actifs.

Ces données conditionnent :

  • le maintien de l’enregistrement,
  • l’analyse du bilan à mi-parcours,
  • le renouvellement,
  • la fiabilité de l’écosystème CPF.

En cas de non-transmission ou de données incohérentes, France Compétences peut suspendre la certification ou refuser son renouvellement.

4. RNCP ou RS : comment choisir ? Comparaison stratégique et erreurs à éviter

Le monde des certifications professionnelles en France repose sur deux piliers bien distincts : le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) et le RS (Répertoire spécifique). Derrière ces sigles, deux logiques, deux finalités… et des obligations différentes. Le choix entre l’un ou l’autre n’est pas anodin : il engage l’organisme certificateur sur plusieurs années et conditionne les voies d’accès à la certification, la nature des compétences évaluées, les publics visés, les modalités de financement, et la possibilité ou non de recourir à la VAE.

Alors, comment choisir ? Voici une cartographie claire, sans jargon, mais avec la rigueur attendue d’un professionnel responsable.

4.1. Le RNCP : reconnaissance métier, VAE et blocs de compétences

Le RNCP s’adresse aux certifications à visée professionnelle directe, liées à des métiers clairement identifiés dans les nomenclatures (ROME, PCS, codes NSF).

Il est encadré par des règles précises :

  • Il doit obligatoirement être structuré en blocs de compétences (articles L. 6113-1 et suivants du Code du travail).
  • Il doit être accessible par la VAE, ainsi que par la voie de l’expérience dite « inversée » (contrat de professionnalisation expérimental désormais pérennisé).
  • Il doit démontrer l’insertion professionnelle effective des certifiés à 6 mois, par des données consolidées (via enquête ou partenariats entreprises).
  • Il doit intégrer une analyse fine du marché du travail : offre existante, besoins émergents, utilité socio-économique.
  • Il permet un enregistrement au niveau européen (via le CEC, Cadre Européen de Certification).
  • Il ouvre droit au financement CPF automatique, sous conditions de lisibilité dans EDOF.

Le RNCP est donc l’outil de référence pour les certifications longues, qualifiantes, conduisant à un emploi identifié.

Public cible : demandeurs d’emploi, personnes en reconversion, jeunes en alternance, salariés en évolution professionnelle.
Exemples : diplôme d’État, titre professionnel, diplômes de l’Education Nationale ou de l’Enseignement supérieur, CQP des branche.

4.2. Le RS : reconnaissance transversale ou complémentaire, sans blocs ni VAE

Le RS (Répertoire spécifique) accueille des certifications plus ciblées, souvent transversales (langues, bureautique, management), complémentaires à un métier existant (Conseiller et promouvoir des vins, Tailler et entretenir la barbe, Accompagnement au déploiement de la santé-qualité de vie dans les organisations) ou mobilisant une compétence particulière (Manager un service hospitalier ou une entité du secteur de la santé, CQP Délégué à l’information et à la promotion du médicament vétérinaire).

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Ce qu’il faut retenir :

  • Il n’est pas structuré en blocs de compétences (article L. 6113-6 du Code du travail).
  • Il ne permet pas l’accès par la VAE, ni par le contrat pro expérimental.
  • Il vise une seule compétence, ou un ensemble homogène, mais sans logique métier.
  • Il peut concerner des compétences numériques, comportementales, linguistiques, managériales, etc.
  • Il nécessite de démontrer la valeur ajoutée de la compétence visée sur le marché du travail, et son absence dans les autres certifications existantes.
  • Il peut être inscrit au CPF, mais sous validation manuelle, et ne donne pas accès à certains financements publics.

Le RS est une solution souple, mais plus sélective à l’enregistrement.

Public cible : salariés en poste, indépendants, managers, formateurs, profils en quête d’un complément professionnel.
Exemples : “Certifier sa maîtrise des techniques de storytelling”, “Utiliser une méthode d’analyse de données en RH”, “Animer une réunion interculturelle”.

4.3. Erreurs fréquentes à éviter (et qui entraînent le rejet du dossier)

Voici un petit florilège des pièges les plus communs que France Compétences ne pardonne pas :

  • Confondre RNCP et RS : proposer une certification métier dans un dossier RS ou inversement.
  • Créer un dossier RNCP sans blocs de compétences.
  • Proposer une certification RS avec une entrée en VAE (inapproprié).
  • Reprendre un référentiel déjà existant ou faire un copier-coller d’un titre existant (qu’il soit actif ou inactif)
  • Justifier le besoin uniquement par des déclarations d’intention ou de la veille générique (type « les soft skills sont à la mode »)
  • Utiliser des appellations floues : “expert en excellence”, “certification en bienveillance”, “accompagnement de transformation”, etc.

Ces erreurs peuvent bloquer définitivement le dossier, avec obligation d’attendre 12 mois avant un nouveau dépôt.

4.4. Comment choisir objectivement entre RNCP et RS ?

Posez-vous les bonnes questions :

  • Votre certification correspond-elle à un métier ou à une activité complémentaire ?
  • Avez-vous besoin de blocs de compétences, de VAE, de reconnaissance européenne ? → Allez vers le RNCP.
  • Visez-vous une compétence unique, transférable, contextualisée ? → Orientez-vous vers le RS.
  • Avez-vous une vraie note d’opportunité construite, ou un argumentaire flou ?
  • Vos données d’insertion sont-elles objectives, vérifiables, consolidées sur au moins une promotion (deux promotions à partir du 1er octobre 2025) ?
  • Savez-vous répondre à la question : “À quel moment la compétence certifiée crée-t-elle de la valeur pour l’organisation ?”

En cas de doute, il vaut mieux renforcer votre dossier pendant 6 mois que de risquer un rejet.

5. Du dépôt à la publication : démarches, calendrier, points de vigilance

Déposer une demande d’enregistrement d’une certification au RNCP ou au RS ne se résume pas à envoyer quelques fichiers via un formulaire en ligne. C’est un processus rigoureux, normé, parfois long, qui exige méthode, anticipation… et une bonne dose de patience. Cette partie détaille les étapes du dépôt, les modalités de traitement par France Compétences, les délais à prévoir, ainsi que les points de vigilance pour éviter le naufrage du dossier.

5.1. Le parcours de dépôt : une procédure encadrée par France Compétences

Le dépôt s’effectue exclusivement en ligne via l’espace certificateur de France Compétences. Depuis 2023, le portail a été renforcé et sécurisé, avec :

  • un espace personnel pour chaque certificateur ;
  • une traçabilité des échanges ;
  • des notifications automatisées ;
  • un contrôle de complétude initial avant passage en instruction.

Le dossier de dépôt comprend obligatoirement :

  • les 4 référentiels (RA, RC, RE, RCe) en format Word ou PDF éditable,
  • la note d’opportunité,
  • une présentation du porteur de projet,
  • les éléments de preuve demandés (données d’insertion, lettres de soutien, bilans économiques…),
  • une déclaration d’engagement sur l’honneur,
  • le modèle de livret de certification,
  • les pièces juridiques (statuts, RIB, etc.).

L’interface permet de suivre l’avancement du dossier, de répondre aux demandes de compléments, et de récupérer les décisions (notification de recevabilité, avis d’enregistrement, ajournement ou rejet motivé, etc.).

5.2. Les délais d’instruction et d’analyse

Contrairement à une idée reçue, les délais ne sont pas figés. France Compétences annonce un délai moyen de 4 mois entre la recevabilité d’un dossier et son passage en commission. Mais en pratique, ce délai peut varier selon :

  • la qualité initiale du dossier ;
  • la période de dépôt (les mois d’été ralentissent fortement le traitement) ;
  • la complexité de la certification ;
  • la nécessité de solliciter un comité d’experts externes.

Certaines décisions sont rendues en 4 mois, d’autres après 6 mois. L’absence de réponse à après 4 mois n’est pas nécessairement négative : cela signifie souvent que le dossier suit son cours ou fait l’objet d’échanges internes.

France Compétences ne délivre aucune attestation provisoire d’enregistrement. Tant que la certification n’est pas publiée au Journal officiel, elle n’est ni mobilisable ni financée.

5.3. Réponses possibles : acceptation, refus, ou irrecevabilité

Trois issues sont possibles :

  1. Enregistrement : la certification est validée et publiée, pour une durée allant de 1 à 5 ans (rarement 5 ans en première demande).
  2. Rejet motivé : la certification est refusée, avec des arguments détaillés. Une nouvelle demande est possible après 12 mois minimum, avec obligation de justifier des évolutions apportées.
  3. Irrecevabilité : le dossier est jugé non conforme en l’état (par exemple, RA absent ou dossier hors périmètre RS). Le délai de redépôt peut être réduit à 6 mois, selon les cas.

Chaque décision est accompagnée d’un rapport qui peut servir de base pour retravailler le projet.

5.4. Points de vigilance à chaque étape

Voici les erreurs les plus fréquentes observées par les instructeurs de France Compétences :

  • Dossier incomplet (fichier manquant, mauvaise version, RA ou RE absents).
  • Référentiels incohérents entre eux (descripteurs flous, absence d’articulation).
  • Absence d’éléments de preuve solides (aucun lien avec le marché du travail, aucune donnée d’insertion, aucune lettre de soutien).
  • Note d’opportunité vague ou redondante (copie de pages de site web, déclarations creuses).
  • RE ou RCe avec des épreuves sans critères d’évaluation explicites.
  • RA hors-sujet, flou, rédigé comme un syllabus de formation.
  • Aucun dispositif de suivi des organismes habilités.
  • Budget de fonctionnement sur 5 ans absent ou irréaliste.
  • Jurys composés uniquement de formateurs internes.

Le niveau d’exigence est élevé : tout document soumis doit être cohérent, vérifiable, rigoureux, et au service de la finalité de certification.

5.5. L’impact de la décision d’enregistrement

L’enregistrement ouvre des droits, mais aussi des obligations immédiates :

  • publier les éléments de la certification (RCe) dans les conditions fixées par France Compétences ;
  • mettre en œuvre le dispositif dans les 6 mois ;
  • organiser les jurys et remettre les premières certifications sous 12 mois ;
  • assurer une traçabilité des évaluations ;
  • entamer la veille métier.

Un registre de certification doit être tenu à jour, avec les informations obligatoires (identité des certifiés, modalités de passage, résultats, etc.).

Le non-respect de ces engagements peut entraîner une suspension, un retrait d’agrément, ou un non-renouvellement lors du prochain cycle.

6. Gouvernance, éthique, habilitations : tenir la promesse de qualité

S’engager comme organisme certificateur, c’est plus que publier un référentiel et réunir un jury de temps à autre. C’est porter une vision structurée et responsable de la reconnaissance des compétences. Cela implique de mettre en place une gouvernance claire, de garantir l’équité des évaluations, d’encadrer les habilitations et de respecter les principes d’éthique, de non-discrimination et d’accessibilité. En un mot : tenir la promesse de qualité.

6.1. Gouvernance et responsabilités : qui fait quoi, comment, et pourquoi ?

Le certificateur doit démontrer qu’il maîtrise l’ensemble du processus d’organisation de la certification, qu’il réalise lui-même les évaluations ou qu’il délègue à des organismes partenaires.

Cela suppose une organisation interne lisible, avec :

  • un responsable de la certification désigné,
  • des procédures formalisées pour la gestion des dossiers candidats, des jurys, des recours,
  • une répartition claire des responsabilités : instruction, habilitation, suivi qualité, mise à jour des référentiels, archivage, etc.

France Compétences s’attend à ce que la gouvernance ne soit pas opportuniste, mais structurelle, stable, et rattachée à la stratégie globale de l’organisme.

6.2. Jurys de certification : rigueur, transparence et impartialité

Les jurys jouent un rôle central : ils valident que le ou la candidat(e) a bien acquis l’ensemble des compétences du référentiel, conformément aux épreuves définies dans le RE.

Les règles à respecter sont strictes :

  • indépendance du jury vis-à-vis du formateur ou du concepteur du référentiel,
  • composition plurielle et qualifiée (professionnels du secteur, représentants d’organismes partenaires…),
  • existence d’un procès-verbal par candidat avec les critères évalués, les notes ou appréciations, et la décision motivée,
  • procédures de recours accessibles et documentées.

En cas de contrôle ou de demande de renouvellement, l’absence de procès-verbaux ou de traces d’évaluation est un motif fréquent de rejet.

6.3. Habiliter des partenaires : un engagement partagé

Lorsqu’un certificateur choisit d’habiliter des organismes (OF, CFA, réseaux…), il engage sa responsabilité pleine et entière. France Compétences est claire : le certificateur reste redevable de la qualité, de l’équité, et de la traçabilité des évaluations, même lorsqu’elles sont déléguées.

Cela implique de mettre en place :

  • une procédure d’habilitation formalisée (dossier de candidature, grille d’analyse, convention…),
  • un contrat d’engagement qualité,
  • des modalités de suivi (audits, accompagnement, contrôles),
  • un référentiel interne des organismes habilités, avec preuves et historiques.

En cas de dysfonctionnement ou de manquement grave, le certificateur doit pouvoir suspendre ou retirer une habilitation, dans le respect des candidats en cours de parcours.

6.4. Éthique, égalité, accessibilité : les piliers invisibles mais incontournables

Être certificateur en 2025, c’est aussi :

  • garantir l’égalité d’accès à la certification, sans discrimination liée à l’âge, au genre, à l’origine, à la situation de handicap ou à l’appartenance syndicale ;
  • prévoir des aménagements pour les personnes en situation de handicap, en lien avec un référent accessibilité désigné ;
  • appliquer les règles RGPD en matière de traitement des données candidats ;
  • assurer une traçabilité et une sécurisation des données de certification (registre, stockage des évaluations, pseudonymisation éventuelle).

France Compétences demande désormais que ces éléments figurent explicitement dans le RCe et dans les procédures internes.

7. Après l’enregistrement : piloter, actualiser, renouveler

Obtenir l’enregistrement d’une certification au RNCP ou au RS n’est pas un aboutissement. C’est le début d’un engagement contractuel de moyen terme, avec des responsabilités concrètes à assumer durant toute la durée de validité de l’enregistrement. Loin d’un label figé, la certification professionnelle est une dynamique vivante qui doit évoluer avec les métiers, les usages et les pratiques.

7.1. Durée de validité et clause de réversibilité

  • Une certification est enregistrée pour 5 ans maximum (période parfois plus courte pour un premier enregistrement).
  • Cette durée n’est pas automatique : elle est fonction de la qualité du dossier, de la maturité du certificateur, et du secteur visé.
  • Le certificateur s’engage à maintenir les évaluations pour les candidats inscrits même si la certification n’est pas renouvelée ou est retirée. On parle de clause de réversibilité, encadrée par France Compétences.

Cela implique d’anticiper les fins de validité et de garantir la continuité pour les candidats.

7.2. Veille métier et actualisation des référentiels

Pendant toute la durée d’enregistrement, le certificateur doit assurer une veille régulière :

  • sur les évolutions des métiers et des activités,
  • sur les réglementations sectorielles,
  • sur les besoins exprimés par les professionnels.

Cette veille doit pouvoir être documentée (comptes-rendus, questionnaires, analyse de référentiels de branche, etc.).

En cas d’évolution notable, le certificateur peut (et doit parfois) actualiser les référentiels, via un avenant transmis à France Compétences.

7.3. Données de suivi, indicateurs et bilans à mi-parcours

France Compétences exige que chaque certificateur soit en mesure de :

  • fournir un bilan à mi-parcours (à 2 ans pour un enregistrement initial de 5 ans),
  • analyser les données de passage, de réussite, d’insertion (pour le RNCP),
  • justifier du bon fonctionnement du dispositif, notamment si des OF habilités sont impliqués.

Les certificateurs qui ne remplissent pas cette obligation de bilan ou qui ne justifient pas d’une activité suffisante s’exposent à un retrait anticipé de la certification.

7.4. Renouvellement : anticiper, consolider, démontrer

Renouveler une certification ne consiste pas à envoyer un copier-coller du dossier initial. Il s’agit de démontrer que la certification a été utile, bien gérée, et qu’elle a produit des effets réels pour les bénéficiaires.

Le dossier de renouvellement doit contenir :

  • une note d’opportunité actualisée,
  • des indicateurs consolidés (nombre de candidats, taux de réussite, insertion, retours d’expérience),
  • des preuves de pilotage effectif (habilitations, jurys, bilans, améliorations…),
  • une éventuelle mise à jour des référentiels.

Le dépôt doit être fait au moins 6 mois avant l’échéance, faute de quoi la certification peut être désactivée.

8. VAE, co-certifications, articulation avec la formation

Le rôle du certificateur ne se limite pas à l’enregistrement d’une certification. Il est souvent amené à gérer des situations qui nécessitent une attention spécifique : intégration de la VAE, partenariats de co-certification, articulation avec des organismes de formation, etc. Bien que courantes, elles doivent être rigoureusement encadrées pour respecter les exigences de France Compétences.

8.1. La VAE et la VAE inversée (uniquement pour le RNCP)

L’accessibilité à la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) ne concerne que les certifications enregistrées au RNCP. Le RS, par nature, en est exclu. Cela implique que :

  • tout certificateur RNCP peut proposer une procédure VAE qui doit être complète et traçable, depuis la recevabilité jusqu’à la soutenance finale,
  • cette procédure doit être décrite dans le référentiel de certification (RCe),
  • les modalités d’évaluation doivent être adaptées au contexte VAE (pas de mise en situation standard si impossible, présence d’un accompagnement, possibilité d’un jury renforcé…).

La VAE inversée, qui consiste à contractualiser un parcours de montée en compétence débouchant sur la certification via une alternance, repose exclusivement sur un contrat de professionnalisation et ne concerne que les titres RNCP.

Le certificateur doit donc prévoir :

  • un circuit clair de traitement des candidatures VAE,
  • une communication accessible sur cette possibilité (dans les livrets et sites),
  • des modalités spécifiques d’accompagnement et d’évaluation,
  • une gestion des candidats libres ou via la plateforme France VAE.

8.2. Co-certifications et partenariats

Il est possible de co-certifier une même certification, c’est-à-dire de partager la responsabilité du titre avec un ou plusieurs autres organismes. Cette co-certification doit être :

  • contractualisée par écrit,
  • déclarée dans le dossier,
  • gouvernée de manière claire (répartition des rôles, mutualisation des jurys, traitement des recours…).

Attention : un seul organisme peut être désigné comme certificateur principal vis-à-vis de France Compétences.

Il est aussi possible d’habiliter des organismes évaluateurs, mais ceux-ci doivent répondre à des critères stricts en matière de qualité, de traçabilité et d’impartialité.

8.3. Articulation avec la formation : vigilance sur les OF habilités

Si le certificateur réalise lui-même la formation, ou s’il habilite des organismes de formation (OF) pour préparer à la certification, plusieurs précautions s’imposent :

  • ces OF doivent être certifiés Qualiopi si la formation est financée par des fonds publics ou mutualisés,
  • le certificateur doit mettre en place un dispositif de suivi des OF habilités (audits, bilans, évaluations croisées),
  • il doit garantir que la formation ne conditionne pas l’accès à la certification, en respectant le principe de libre accès pour tous les candidats.

France Compétences vérifie l’absence de conflit d’intérêt entre l’OF préparateur et le jury évaluateur.

9. Enjeux stratégiques, éthiques et juridiques du rôle de certificateur

Assumer le rôle de certificateur ne se limite pas à produire une ingénierie référentielle rigoureuse. C’est aussi porter une responsabilité systémique, à la croisée de la politique publique de reconnaissance des compétences, de l’exigence d’équité pour les individus, et des impératifs socio-économiques pour les entreprises. C’est un engagement stratégique, éthique et juridique, qui dépasse de loin l’acte technique d’enregistrement.

9.1. Un rôle structurant dans l’écosystème de la compétence

Le certificateur est à la fois un garant et un acteur actif du système de reconnaissance des compétences. Son action produit des effets à plusieurs niveaux :

  • Pour les individus : il garantit que la certification est fiable, lisible, accessible, équitable.
  • Pour les entreprises : il permet d’identifier et de recruter des professionnels compétents sur des bases objectives.
  • Pour les branches et les territoires : il contribue à structurer des parcours de montée en compétences adaptés aux réalités socio-économiques.
  • Pour le système public : il alimente les politiques de formation, d’insertion et d’évolution professionnelle.

La certification professionnelle devient un levier de politique publique, au même titre que l’accès à l’éducation ou à la santé. Le certificateur, dès lors, n’est pas un simple opérateur, mais un acteur stratégique de service public.

9.2. Une responsabilité éthique à assumer

Le certificateur est dépositaire d’une responsabilité éthique qui se décline à plusieurs niveaux :

  • Impartialité des évaluations : il doit garantir l’absence de favoritisme, de discrimination ou de conflit d’intérêts dans les processus d’évaluation.
  • Accessibilité : il doit veiller à ce que ses modalités soient réellement accessibles à tous les candidats, y compris en situation de handicap, d’illettrisme ou d’illectronisme.
  • Information loyale : il doit fournir une information claire, sincère et actualisée sur la certification, ses objectifs, ses modalités, ses débouchés.
  • Égalité des chances : il doit permettre à tout individu – qu’il vienne d’une formation longue, d’une reconversion, ou d’un parcours autodidacte – de démontrer ses compétences selon des critères objectifs.

En cas de manquement éthique, c’est la crédibilité de la certification tout entière qui est fragilisée, avec des répercussions sur les parcours des certifiés, la réputation du certificateur, et la confiance des partenaires publics.

9.3. Un cadre juridique exigeant et en évolution

Le rôle du certificateur s’exerce dans un environnement juridique dense, codifié par le Code du travail, la doctrine de France Compétences, et les règlements européens :

  • Il est responsable juridiquement des certifications qu’il porte, y compris des actes posés par les OF habilités et les jurys.
  • Il doit pouvoir justifier à tout moment de ses choix d’enregistrement, d’organisation, de sélection, d’évaluation.
  • Il est soumis à des contrôles de France Compétences, de la Cour des comptes, des financeurs, voire de la CNIL (s’il traite des données sensibles dans le cadre de la VAE).
  • Il engage sa responsabilité civile et potentiellement pénale en cas de fraude, de discrimination ou de défaillance grave.

Depuis la loi contre la fraude aux aides publiques (juin 2025), les certifications non conformes peuvent entraîner la suspension du numéro de déclaration d’activité (NDA), voire la radiation du RNCP ou du RS.

10. Bilan, contrôle et renouvellement : les obligations dans la durée

Devenir certificateur ne s’arrête pas à l’obtention d’un enregistrement au RNCP ou au RS. Ce n’est que le début d’un cycle de responsabilités continues, qui engage le certificateur sur la durée : au quotidien dans le pilotage du dispositif, mais aussi à échéance lors du renouvellement. France Compétences ne veut plus de certifications dormantes ni d’acteurs fantômes : la transparence, la mise à jour et le contrôle sont désormais au cœur du pilotage des certifications.

10.1. Réaliser un bilan d’activité régulier et structuré

Tous les certificateurs doivent produire un bilan d’activité de leur certification. Celui-ci est requis :

  • à la mi-parcours (2 ans ½ maximum pour une certification de 5 ans),
  • à la demande de France Compétences,
  • obligatoirement en cas de renouvellement.

Ce bilan doit inclure :

  • le nombre de candidats présentés, admis, ajournés, par bloc ou globalement,
  • la ventilation par voie d’accès (formation, VAE, candidats libres),
  • les taux d’insertion professionnelle à 6 mois (voire à 3 mois dans certains cas),
  • la liste des organismes habilités (et leur conformité Qualiopi si applicable),
  • les difficultés rencontrées et les pistes d’amélioration identifiées.

Ce bilan n’est pas un simple exercice administratif : il sert à vérifier la vitalité de la certification, sa pertinence et son utilité réelle sur le marché du travail. Il alimente aussi la politique d’amélioration continue du certificateur.

10.2. Anticiper et réussir le renouvellement

Les certifications sont enregistrées pour une durée maximale de 5 ans, parfois moins lors d’une première demande. Pour être renouvelée, la certification doit démontrer :

  • qu’elle a été effectivement mise en œuvre,
  • qu’elle a produit des résultats mesurables (quantitatifs et qualitatifs),
  • qu’elle répond toujours aux besoins du marché,
  • que ses modalités d’évaluation restent pertinentes,
  • que ses référentiels sont actualisés et en lien avec les évolutions du métier ou de l’activité.

Le renouvellement suppose donc :

  • une veille métier et réglementaire active,
  • une mise à jour du dossier (note d’opportunité, RA, RC, RE, RCe),
  • un modèle économique stabilisé,
  • des retours d’expérience intégrés (des OF, des jurys, des certifiés, etc.).

La non-demande ou le rejet du renouvellement entraîne la désactivation de la certification, mais le certificateur reste tenu d’organiser les évaluations pour les candidats en cours.

10.3. Se préparer aux contrôles et audits

France Compétences, l’IGAS, la DGEFP ou les financeurs publics peuvent diligenter des contrôles ciblés ou aléatoires. Ces audits portent sur :

  • la réalité des jurys et des épreuves,
  • la traçabilité des décisions,
  • l’impartialité des évaluateurs,
  • la conformité des référentiels,
  • l’accessibilité effective des modalités,
  • la gestion des voies VAE et des candidats libres.

Certains certificateurs ont vu leur certification suspendue ou retirée après audit, notamment pour absence de preuves, ou pour délégation illégale du pouvoir de certification. Mieux vaut donc anticiper avec une documentation rigoureuse et à jour.

Conclusion

Devenir organisme certificateur en 2025 n’est plus un simple projet parmi d’autres : c’est un engagement structurant, qui engage une responsabilité à la fois éthique, économique, pédagogique, et politique. Dans un paysage en perpétuelle évolution — réforme de la VAE, durcissement des critères d’enregistrement, nouvelles exigences en matière de qualité et de résultats — le certificateur devient un acteur de confiance entre les individus, les organismes de formation, les financeurs et les branches professionnelles.

La construction d’une certification ne peut plus être improvisée. Elle suppose :

  • une note d’opportunité rigoureuse, appuyée par des données objectives et des soutiens concrets,
  • une ingénierie des référentiels maîtrisée, articulée et lisible,
  • une gouvernance solide, fondée sur l’indépendance, la transparence et la qualité des évaluations,
  • une accessibilité réelle des modalités proposées, notamment pour les publics en situation de handicap,
  • une traçabilité documentaire irréprochable,
  • une stratégie de long terme, intégrant bilans, renouvellements et mise à jour continue.

Mais c’est aussi une formidable opportunité : celle de façonner les compétences de demain, de valoriser les savoir-faire, de soutenir les mobilités professionnelles, et de contribuer à une société plus inclusive et plus juste.Dans cette aventure, les organismes qui sauront conjuguer rigueur, transparence, utilité sociale et qualité pédagogique seront ceux qui pérenniseront leur impact et leur légitimité. Car à l’heure où la compétence devient la nouvelle monnaie de l’employabilité, certifier, c’est gouverner.

Foire Aux Questions (FAQ) – Être certificateur RS ou RNCP

1. Qui peut devenir organisme certificateur ?

Toute personne morale de droit public ou privé (association, entreprise, université, organisme de formation, fédération professionnelle, etc.) peut déposer une demande d’enregistrement d’une certification au RNCP ou au RS.
La condition première est de disposer d’une personnalité juridique et de prouver une capacité organisationnelle et financière suffisante pour assumer les obligations d’un certificateur.

2. Faut-il être certifié Qualiopi pour être certificateur ?

Oui. Depuis 2022, France Compétences exige que tout organisme souhaitant déposer une certification au RNCP ou au RS soit certifié Qualiopi.
Cette obligation s’applique que l’organisme réalise lui-même des actions de formation, ou qu’il confie ces actions à des partenaires habilités. Dans ce dernier cas, il doit aussi vérifier que ses partenaires sont Qualiopi.

3. Quelle est la différence entre une certification au RS et une certification au RNCP ?

Le Répertoire Spécifique (RS) recense les certifications qui attestent de compétences professionnelles complémentaires (transversales, techniques ou comportementales). Elles ne qualifient pas un métier mais une aptitude spécifique.

Le Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) recense les titres et diplômes qui préparent à un métier. Ils sont découpés en blocs de compétences, sont souvent plus longs à construire et à évaluer, et donnent lieu à un niveau reconnu dans le Cadre National des Certifications (niveau 1 à 7).

4. Puis-je déposer une certification sans former ?

Oui. Vous pouvez être certificateur sans être organisme de formation. Mais :

Vous devez être certifié Qualiopi,

Vous devez maîtriser la démarche qualité,

Vous devez démontrer que vous êtes capable d’organiser les évaluations dans le respect du référentiel.

5. Combien de temps est valable une certification enregistrée ?

Une certification est enregistrée pour une durée maximum de 5 ans.
Toutefois, France Compétences peut réduire cette durée (par exemple à 3 ans) si elle estime que le dossier manque de maturité ou si certains éléments doivent être consolidés.
Dans ce cas, le certificateur devra présenter un dossier de renouvellement anticipé plus rigoureux avec des éléments renforcés (résultats de cohortes, preuve de mise en œuvre, mises à jour du référentiel…).

6. Une certification déjà enregistrée peut-elle être redéposée ?

Non. Il est strictement interdit de redéposer une certification qui existe déjà (active ou expirée) même en modifiant quelques mots.
Cela inclut :
– les tentatives de « copier-coller » partiel,
– les dépôts utilisant la même structure de blocs, mêmes compétences ou évaluations,
– les certifications redondantes sans plus-value.

France Compétences dispose de mécanismes automatiques pour détecter ces cas.

7. Puis-je déposer une certification pour un métier émergent ?

Oui. Un guide spécifique est prévu à cet effet : le Guide métiers émergents ou en particulière évolution (France Compétences, janvier 2025).

Vous devrez prouver :
– que ce métier n’est pas encore reconnu dans les nomenclatures classiques,
– qu’il existe déjà des emplois,
– qu’il y a un potentiel de développement,
– et que les compétences attendues sont stabilisées.

8. Quels sont les documents obligatoires à fournir ?

Pour le RNCP et le RS :
– Référentiel de certification,
– Référentiel de compétences,
– Référentiel d’évaluation.

Pour le RNCP uniquement :
– Référentiel d’activités (obligatoire),
– Blocs de compétences indépendants et éligibles au CPF.

Pour le RS :
– Référentiel d’activités recommandé.

Dans les deux cas :
– Grilles d’évaluation critériées,
– Trame de mise en situation,
– Convention type d’habilitation (si organismes partenaires),
– Engagements sur l’accessibilité, la lutte contre l’illettrisme et la transition écologique.

9. Combien coûte une demande d’enregistrement ?

Le dépôt auprès de France Compétences est gratuit.
Mais les coûts indirects sont importants :

– ingénierie et rédaction des référentiels (RA, RC, RE, RCe),

– élaboration de la note d’opportunité (enquête terrain, analyse sectorielle, courriers de soutien…),

– mise en place de la gouvernance des jurys,

– suivi administratif et traçabilité,

– constitution des bilans intermédiaires et finaux,

– organisation de la VAE pour le RNCP.

En pratique, il s’agit d’un investissement stratégique, qui nécessite un modèle économique robuste.

10. Qu’est-ce que la note d’opportunité et pourquoi est-elle obligatoire ?

La note d’opportunité est le document central du dossier d’enregistrement, obligatoire pour le RNCP comme pour le RS.
Elle représente 30 à 50 % du travail de constitution du dossier.

Elle doit démontrer :
– l’existence d’une demande socio-économique réelle,
– l’absence de doublon avec une certification déjà enregistrée,
– la valeur ajoutée de la certification en termes d’insertion, de mobilité ou de montée en compétences.

Sans une note d’opportunité solide, le dossier n’a quasiment aucune chance d’aboutir, même si les référentiels sont bien construits.

11. Peut-on dupliquer une certification déjà existante ?

Non. Il est strictement interdit de reprendre le contenu (activités, compétences, modalités) d’une certification déjà enregistrée, qu’elle soit encore active ou non.
France Compétences effectue des vérifications poussées. Tout dossier jugé redondant est rejeté.

12. Quelle preuve dois-je fournir concernant les résultats ?

Depuis 2024 :

– Vous devez transmettre chaque année le nombre de candidats, le taux de réussite et les taux d’insertion à 6 mois (obligatoire à partir de 2026),

– Pour renouveler la certification, vous devez avoir au moins 2 cohortes sur les 2 dernières années, avec les résultats documentés,

– Les preuves peuvent inclure : CV actualisés, enquêtes post-certification, retour des entreprises, etc.

13. Que risque-t-on en cas de non-respect des obligations ?

Depuis la loi antifraude de 2025, les sanctions peuvent inclure :

– un retrait immédiat de la certification,

– la suspension du numéro de déclaration d’activité (NDA),

– le blocage des financements publics,

– des poursuites pour fraude si les données sont falsifiées.

France Compétences procède désormais à des vérifications croisées, en lien avec les OPCO, la DGCCRF, la CNIL, l’IGAS, la Cour des comptes…

14. Quelles sont les obligations après l’enregistrement ?

Une fois la certification enregistrée, le certificateur doit :

– assurer la mise en œuvre effective de la certification,

– garantir le fonctionnement des jurys indépendants,

– habiliter et suivre les organismes partenaires,

– organiser l’accès à la VAE (RNCP),

– produire des bilans intermédiaires et finaux pour France Compétences,

– mettre à jour les référentiels en fonction de l’évolution des métiers/activités.

15. Que se passe-t-il si la certification n’est pas renouvelée ?

Le certificateur doit assurer la passation des épreuves pour les candidats déjà inscrits, même après la fin de validité de la certification.

Il ne peut pas abandonner ses obligations vis-à-vis des candidats en cours.

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